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Analyse"La discussion a été constructive"

Un groupe juif suédois voit le côté positif de l’affaire de livres sacrés brûlés

Sur fond de discussions relatives au projet de brûler les livres sacrés, musulmans et juifs se sont montrés solidaires

Un militant musulman devant l'ambassade d'Israël en Suède, où il avait été autorisé à brûler une Torah. (Crédit : Capture d'écran ; utilisée conformément à l'article 27a de la loi sur le droit d'auteur)
Un militant musulman devant l'ambassade d'Israël en Suède, où il avait été autorisé à brûler une Torah. (Crédit : Capture d'écran ; utilisée conformément à l'article 27a de la loi sur le droit d'auteur)

Alors que de nombreux livres sacrés ont été brûlés en Suède ces derniers mois, les effets de l’immigration sur la religion dans ce pays scandinave, et plus largement en Europe, ont suscité de vives inquiétudes.

Le Congrès juif européen s’est dit « choqué et consterné » par le projet d’un musulman né en Syrie et résidant en Suède de brûler un exemplaire de la Torah et de la Bible chrétienne devant l’ambassade d’Israël à Stockholm, samedi. Ce projet était censé servir de protestation contre le fait de brûler le Coran comme l’avait fait un immigrant irakien devant une mosquée de la capitale suédoise le mois dernier.

Le manifestant syrien, identifié comme étant Ahmad Alush, 32 ans, n’est néanmoins pas allé jusqu’au bout de sa démarche et a déclaré qu’il n’en avait jamais eu l’intention. « C’est contre le Coran de brûler [un livre sacré] et je ne brûlerai pas. Personne ne devrait faire cela », a déclaré Ahmad Alush aux journalistes samedi.

« C’est une réponse aux personnes qui brûlent le coran. Je veux montrer que la liberté d’expression a des limites qu’on doit prendre en compte », a-t-il ajouté.

Selon Aron Verständig, président du Conseil des communautés juives de Suède, la large couverture médiatique de ces événements, et le fait qu’ils soient autorisés par la loi suédoise, ont « nui à l’image de la Suède à l’étranger ».

Et pourtant, malgré ce constat, pour Aron Verständig et de nombreux Juifs suédois, ces scandales témoignent de la solidité de la coexistence en Suède plutôt que de son effondrement.

« Malheureusement, nous discutons de livres sacrés brûlés en Suède, mais la discussion a eu des résultats positifs », a déclaré Verständig au Times of Israel dimanche dernier.

Selon ce dernier, ce sont les dirigeants des communautés religieuses musulmanes, opposés au projet d’Alush de brûler une copie des livres saints, juifs ou chrétiens, qui l’ont convaincu, en coulisses, d’abandonner ce projet.

Salwan Momika brandissant un Coran avant de mettre le feu à quelques pages lors d’une manifestation pendant la fête de l’Aïd al-Adha, à l’extérieur d’une mosquée à Stockholm, le 28 juin 2023. (Crédit : Jonathan Nackstrand/AFP)

« Le fait que pratiquement personne ne soutienne les actions d’une poignée d’extrémistes en dit long sur la société suédoise », a déclaré Verständig.

« À lire les nouvelles en Israël, on a l’impression que la Suède est un endroit où l’on brûle des rouleaux de la Torah et où les juifs suédois sont menacés et intimidés par cette situation. Ce n’est pas le cas. Nous avons condamné l’acte de brûler le Coran et les dirigeants des communautés musulmanes ont condamné le projet de brûler la Bible, tout comme l’ont fait les chrétiens. Il y a une solidarité et une reconnaissance du fait que même si un acte est légal, il n’en reste pas moins inapproprié et répréhensible ».

Salwan Momika, un immigré chrétien irakien vivant en Suède, a brûlé un exemplaire du Coran à Stockholm le mois dernier, suscitant condamnations et protestations dans plusieurs pays du Moyen-Orient. Mais les projets des militants d’extrême droite suédois de recréer la scène ne se sont pas concrétisés.

Alush, qui avait prévu de brûler ce qu’il appelait une « Torah », terme qui désigne, selon Verständig et d’autres, un exemplaire imprimé de la Bible hébraïque ou du Nouveau Testament, plutôt qu’un rouleau de la Torah, a déclaré samedi qu’il n’avait jamais eu l’intention de mener à bien cette action, qu’il avait annoncée dans le but de sensibiliser l’opinion publique.

Un ruban de police délimite une zone à l’extérieur d’une maison où les services de sécurité suédois ont effectué une descente en 2022. (Crédit : Fredrik Sandberg/TT News Agency via AP)

« Il y a une différence entre la liberté d’expression et les actions qui constituent une incitation à la haine contre d’autres groupes de personnes », a déclaré Alush selon la chaîne suédoise TV4. « Je veux que cela conduise à l’interdiction de brûler n’importe quel livre saint. On peut critiquer et penser de manière différente, mais on ne doit pas brûler », a-t-il ajouté.

Certains membres de la minorité musulmane de Suède ont ciblé des lieux de culte juifs pour y commettre des attentats par le passé, parfois en lien avec Israël.

En 2017, peu après que l’ancien président américain Donald Trump a annoncé que son pays déplacerait son ambassade à Jérusalem, trois immigrants musulmans, dont un demandeur d’asile originaire de Gaza, ont lancé des cocktails Molotov sur une synagogue de Göteborg alors que des dizaines de fidèles se trouvaient dans les locaux. L’incendie criminel n’a causé que peu de dégâts, mais il reste l’une des attaques les plus violentes contre les Juifs en Suède ces dernières années.

Chaque année, la Suède enregistre un flux constant de crimes antisémites. 2020 a enregistré 170 crimes de ce type. Cette année-là, qui fait l’objet de la ventilation officielle la plus récente, les attaques antisémites ont représenté 5 % de tous les crimes de haine perpétrés en Suède, alors que les Juifs ne représentent que 0,2 % de la population. Les crimes de haine anti-musulmans représentaient 9 % du total, ce qui correspond à la part de la minorité musulmane dans la population.

La police arrive après qu’une synagogue a été attaquée dans un incendie criminel raté à Göteborg, en Suède, le 9 décembre 2017. (Crédit : Adam IHSE AFP/TT News Agency)

Les communautés juives suédoises ont réussi à prospérer en Suède malgré l’extrémisme, mais certaines congrégations ont connu des revers.

Des centaines de Juifs ont quitté Malmö, une ville du sud de la Suède où un tiers de la population serait musulmane. Selon certains, la communauté a été réduite de moitié ces 20 dernières années. Par ailleurs, dans la ville d’Umeå, au nord du pays, des actes de harcèlement commis par des néo-nazis en 2018 ont conduit une responsable de la communauté juive locale à dissoudre son association et à cesser ses activités – un événement rare en Europe.

Outre les islamistes radicaux, la Suède, pays théoriquement neutre pendant la Seconde Guerre mondiale, compte une scène néonazie active, et les communautés juives se voient parfois harcelées par ces militants.

La communauté juive de Suède est en contact avec les dirigeants de la communauté musulmane pour tenter de lutter contre le radicalisme et l’antisémitisme, a déclaré Verständig. « Cela n’a pas été facile car la communauté musulmane est très diverse et il est donc difficile de s’adresser aux principaux dirigeants, mais je pense que la situation s’est améliorée et que nous avons réussi à établir un dialogue constructif », a déclaré Verständig.

Momika, l’homme qui a brûlé le Coran, et Alush ont tous deux informé les autorités de leurs projets à l’avance et ont reçu l’assurance que les actions qu’ils avaient envisagées étaient légales.

En effet, la loi suédoise, comme celle de nombreux autres pays, n’interdit pas de brûler des livres.

Le gouvernement envisage de légiférer pour changer cette situation, mais le Conseil des communautés juives de Suède, un groupe de coordination qui est le plus grand organe représentatif de la minorité suédoise d’environ 20 000 Juifs, ne plaide pas en faveur d’un changement.

« L’incident récent de l’autodafé de livres et la rhétorique, bien qu’inquiétants, montrent que la société suédoise peut traiter ce problème sans législation, par le biais d’un débat. C’est la meilleure solution », a déclaré Verständig.

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