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Un visa fourni à un rabbin américain coupable d’agression sexuelle sur des étudiants

Baruch Lanner, emprisonné pour infractions sexuelles contre des enfants aux États-Unis, est arrivé en Israël en tant que touriste, en contournant l’Agence juive

Photo de Baruch Lanner et de la devanture du ministère de l’Intérieur à Jérusalem. (Crédit : Domaine public; Flash90)
Photo de Baruch Lanner et de la devanture du ministère de l’Intérieur à Jérusalem. (Crédit : Domaine public; Flash90)

Baruch Lanner, rabbin américain qui a purgé près de trois ans de prison pour avoir agressé sexuellement des élèves dans un lycée juif du New Jersey, a obtenu un visa de résidence temporaire qui lui permettra de demeurer en Israël le temps que le ministère de l’Intérieur examine sa demande de citoyenneté.

Les défenseurs des victimes d’abus sexuels sont consternés par la nouvelle, rapportée pour la première fois par Haaretz, jeudi. La loi du retour d’Israël offre à tout Juif la possibilité de demander la citoyenneté. Israël a refusé la citoyenneté, par le passé, à ceux qui ont un casier judiciaire ou qui sont considérés comme un danger pour la population.

Lanner et sa deuxième épouse, qui a elle obtenu la citoyenneté, sont apparus dans une vidéo du cabinet d’avocats en charge de l’affaire, qui a alerté les militants sur son projet d’immigration.

Dans la vidéo, où les visages de Lanner et de sa femme sont floutés, Lanner fait l’éloge de son avocat et déclare : « J’ai eu des problèmes judiciaires aux États-Unis et je n’ai jamais pensé que je pourrais faire mon alyah », a rapporté Haaretz. La vidéo a depuis été retirée.

En 2000, à la suite d’un reportage de New York Jewish Week, l’ex-employeur de Lanner, l’Union orthodoxe, avait lancé une enquête qui avait permis d’établir que Lanner était responsable d’une série d’abus sexuels, physiques et émotionnels impliquant des dizaines d’adolescents placés sous sa responsabilité.

Il a été reconnu coupable en 2002 d’avoir nui à deux jeunes filles alors qu’il était directeur de la Hillel Yeshiva High School à Deal, dans le New Jersey, dans les années 1990.

À la fin de l’année dernière, d’autres victimes ont intenté des poursuites civiles contre Lanner et ses anciens employeurs en vertu de la loi du New Jersey qui permet aux victimes d’abus sexuels de poursuivre leurs agresseurs et ceux qui les ont aidés, même deux ans après les faits.

Une affaire comme celle-ci devrait suffire pour reconsidérer la demande de résidence de Lanner, a déclaré Shana Aaronson, directrice de Magen, organisation israélienne de défense des victimes d’abus sexuels, en particulier dans la communauté orthodoxe haredi.

« C’est plus que décourageant, c’est exaspérant qu’en dépit de l’action d’organisations comme la mienne et d’agences publiques, le gouvernement prenne une décision aussi immorale », a déclaré Aaronson.

Magen a compilé et communiqué aux autorités la liste de 100 accusés et condamnés qui ont demandé et réussi à obtenir la citoyenneté israélienne ou des visas de résidence, a expliqué Aaronson. Elle a assuré être informée des intentions de Lanner de faire son alyah depuis 2019.

« Nous étions au courant de son histoire et avons fortement recommandé qu’on ne lui accorde pas la citoyenneté », a-t-elle déclaré. Lanner a purgé sa peine dans l’affaire de 2002 : lui accorder la citoyenneté remettrait en cause la pertinence de sa présence sur le registre américain des délinquants sexuels et permettrait à un agresseur comme lui de « se fondre dans la société », a regretté Aaronson.

S’il obtient la citoyenneté, « Baruch Lanner pourrait demain se présenter dans n’importe quelle école, postuler pour un emploi, obtenir un certificat de bonne moralité de la part des forces de l’ordre israéliennes et obtenir un emploi au contact des enfants », a-t-elle expliqué.

Selon Haaretz, Lanner et sa femme sont arrivés en Israël en tant que touristes et ont déposé leur demande de citoyenneté à l’atterrissage, contournant ainsi l’Agence juive, qui traite les demandes de citoyenneté aux États-Unis et a tendance à rejeter ceux qui ont un casier judiciaire. Lanner a auparavant vécu dans le New Jersey et en Floride.

« Les détails [de l’affaire Lanner] seront soigneusement examinés », a déclaré une porte-parole du ministère de l’Intérieur à Haaretz.

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