Un vote anti-Israël pousse le président d’un club étudiant d’Oxford à démissionner
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Un vote anti-Israël pousse le président d’un club étudiant d’Oxford à démissionner

« Une grande partie des étudiants de gauche d'Oxford a un problème avec les Juifs », a accusé Alex Chalmers

Alex Chalmers était jusqu'à récemment le co-président de l'Oxford University Labour Club avant de démissionner pour protester contre l'antisémitisme répandu au sein de celui-ci. (Crédit : Facebook)
Alex Chalmers était jusqu'à récemment le co-président de l'Oxford University Labour Club avant de démissionner pour protester contre l'antisémitisme répandu au sein de celui-ci. (Crédit : Facebook)

Un co-président de l’Oxford University Labour Club (OULC), [le club des travaillistes de l’université d’Oxford], a démissionné lundi soir pour protester contre l’approbation du club de la semaine de l’Apartheid d’Israël. Dans une déclaration acerbe, Alex Chalmers a affirmé qu’ « une grande partie du OULC et des étudiants de gauche à Oxford ont, plus généralement, une sorte de problème avec les Juifs ».

Chalmers, un étudiant en deuxième année en d’histoire à la faculté d’Oriel à Oxford, a démissionné après que le club étudiant travailliste d’Oxford ait voté à 18 voix contre 16 pour soutenir la Semaine pour l’apartheid d’Israël. Chalmers a décrit la semaine comme « un mouvement qui a l’habitude de viser et de harceler les étudiants juifs et d’inviter des conférenciers antisémites sur le campus ».

Le festival international annuel des manifestations anti-Israël sera de retour sur les campus universitaires britanniques la semaine prochaine. Cette année, il suggère l’un de ses thèmes controversés : « de la solidarité avec la résistance populaire palestinienne ». Depuis le mois d’octobre, Israël a été le théâtre de centaines d’attentats terroristes, surtout d’attaque au couteau, contre les Juifs.

Dans sa déclaration de démission sur Facebook, Chalmers a accusé des membres de la direction du club travailliste d’ « utiliser la notion de ‘Zio’ [un terme utilisé pour désigner les Juifs habituellement confinés à des sites Web gérés par le Ku Klux Klan] avec abandon ». a-t-il écrit des » membres plus anciens du club pour exprimer leur « solidarité » avec le Hamas et pour défendre explicitement leurs tactiques des meurtres des civils sans discrimination.

Il a également cité un ancien co-président, qu’il n’a pas identifié, du club qui aurait affirmé que « la plupart des accusations d’antisémitisme ne sont que les sionistes en train de crier au loup ».

Le syndicat des étudiants juifs de Grande-Bretagne [UJS] a appelé le Parti travailliste à enquêter sur la question « d’urgence » et de prendre « les mesures appropriées », et a exprimé son inquiétude que de telles attitudes pourraient être répandues dans un club dont les anciens élèves montent souvent les échelons de la politique nationale.

L’organisation a souligné qu’Oxford « semble être une exception à la règle » des relations positives entre autre l’UJS et les sociétés d’étudiants travaillistes.

Pour sa part, l’organisation nationale des étudiants travailliste a déclaré qu’elle était « profondément troublée » par le litige et fera « tout ce qui est nécessaire pour assurer que chaque Club travailliste soit un espace sûr pour les étudiants juifs ». Elle a choisi de ne pas faire des commentaires sur l’approbation de la semaine de l’apartheid d’Israël de la société.

Le chef du Parti travailliste britannique Jeremy Corbyn parlant à la conférence annuelle du Parti travailliste à Brighton, en Angleterre, le 29 septembre 2015 (Crédit photo: Leon Neal / AFP)
Le chef du Parti travailliste britannique Jeremy Corbyn parlant à la conférence annuelle du Parti travailliste à Brighton, en Angleterre, le 29 septembre 2015 (Crédit photo: Leon Neal / AFP)

Ce litige survient suite au récent revirement vers la gauche du parti travailliste, avec l’élection de Jeremy Corbyn à la tête du parti en septembre 2015. Bien que le nouveau chef de l’opposition a récemment rencontré le Conseil des représentants des Juifs britanniques, il est considéré comme étant hostile à Israël. Il est célèbre pour avoir qualifié le Hamas et le Hezbollah d’ « amis ».

S’adressant au Times of Israel, Chalmers a expliqué qu’une partie du problème de la gauche était que « les gens qui sont critiques d’Israël s’expriment mal » les conduisant à « ressasser involontairement des rhétoriques sinistres et séculaires sur le sinistre contrôle juif ». D’après son expérience, ces personnes « semblent rarement le voir comme un problème » quand on les rappelle à l’ordre.

Chalmers a également souligné le problème d’ « antisémitisme traditionnel », à la fois de la gauche politique et de la droite, qui « trouve que les débats autour d’Israël et du sionisme sont un mécanisme pratique pour exprimer leurs préjugés ».

Noni Csogor, désormais la seule présidente du OULC, a défendu l’approbation de la Semaine de l’Apartheid d’Israël dans le cadre de l’opposition historique du club au « racisme et l’oppression sous toutes ses formes ».

Néanmoins, elle a ajouté que c’était « horrible que les étudiants juifs aient un sentiment d’insécurité dans les facultés » et a promis que le comité exécutif de la société examinerait « la façon de traiter avec le genre de déclarations qu’Alex mentionne et quelles mesures concrètes nous pouvons prendre à l’avenir pour préserver un club qui a été un refuge pour les étudiants juifs dans le passé ».

Répondre aux préoccupations que la Semaine contre l’Apartheid d’Israël a soulevé est précisément le genre d’activité qui intimide les étudiants juifs de la faculté. Csogor a déclaré au Times of Israel que la « proximité du vote » prouve que « la sécurité et le confort des étudiants juifs étaient des considérations irréfutables » – bien qu’évidemment, dans l’ensemble, ce n’est pas un facteur décisif.

Dans un post Facebook, Csogor a écrit : « Je comprends la position d’Alex mais je me réjouis également de mener à bien les événements que nous avons organisés pour le reste du semestre et de contribuer à la discussion actuelle à propos de l’interaction complexe de la justice pour la Palestine et la sécurité des étudiants juifs ».

Chalmers a exprimé sa « pleine confiance » dans les bonnes intentions de Csogor mais a ajouté qu’ « amener un changement de culture » sera « un combat difficile ».

« Ce n’est pas que tout les gens de la gauche sont des antisémites de la vieille école », a-t-il noté, « mais beaucoup de personnes sont prêtes à fermer les yeux. Il est très difficile d’obliger les gens à prêter réellement attention ».

Selon un participant au débat à Oxford, l’allégation d’antisémitisme est une accusation que les étudiants travaillistes d’Oxford ont tenu à nier. Les partisans qui étaient pour la proposition ont pris soin, a expliqué ce participant, de nier ou d’ignorer le lien entre le « mouvement international visant à délégitimer Israël et l’antisémitisme des élèves ».

En effet, a ajouté l’étudiant, « il y a une tentative écrasante des élèves de gauche à dissocier la vie juive au Royaume-Uni et d’Israël », permettant ainsi aux critiques d’attaquer Israël sans paraître hostile aux Juifs en tant que tels.

Néanmoins, dans le contexte d’une vision du monde qui voit le monde en des termes d’oppresseurs et d’opprimés, il y a « une insinuation que les étudiants juifs sont des blancs privilégiés », ce qui rend leurs préoccupations « hors de propos », a déclaré cet étudiant.

En outre, dans la mesure où Israël est considéré par beaucoup de la gauche étudiante comme un « État colonial qui est bâti sur des injustices qui ne peuvent être corrigées d’aucune autre manière qu’avec le démantèlement d’Israël en tant qu’Etat juif », a précisé l’étudiant. Les partisans d’Israël sont considérés comme des « colonialistes » – et de ce fait sont automatiquement du mauvais côté de l’Histoire.

En effet, la société juive de l’Université d’Oxford a expliqué dans un post Facebook qu’elle n’était « pas surprise » par les nouvelles du vote et du litige qui entoure ce vote. « Ce n’est pas la première fois que le Jsoc d’Oxford a dû faire face à des incidents antisémites au sein de la gauche estudiantine et cela ne sera pas le dernier ».

Dans une déclaration cinglante, le JSOC d’Oxford a déploré qu’ « à plusieurs reprises » des étudiants juifs ont eu le « sentiment qu’ils se battaient seuls » sur ce « problème important et inquiétant ». Il a en outre ajouté que cette atmosphère toxique a donné le sentiment aux Juifs progressistes d’Oxford qu’ils sont « exclus de l’espace politique de gauche », et que les inquiétudes à propos de l’antisémitisme étaient « tournées en ridicule » par l’OULC.

Le JSOC a félicité Chalmers pour sa démission et l’a remercié d’avoir amené la « question de l’antisémitisme en avant », en exprimant l’espoir que cela déclencherait « un réveil plus large parmi les mouvements politiques d’étudiants » alors que l’antisémitisme pourrait « enfin être pris au sérieux ».

Les accusations d’antisémitisme latent n’ont pas été une surprise pour Jonathan Hunter, un étudiant en master d’Oxford et un militant pro-Israël. Hunter a dit que le « geste audacieux et important » de Chalmers était un « puissant rappel de l’ensemble des alliés braves et loyaux que les étudiants juifs d’Oxford ont la chance d’avoir ».

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