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Une bénéficiaire de fonds liés à Epstein fait un don au National Survivor Network

La rabbin Danya Ruttenberg tente de faire amende honorable en soutenant un groupe de défense dirigé par des rescapées de la traite des femmes

La rabbin Danya Ruttenberg a déclaré avoir effectué un don aux victimes de trafic sexuel pour se racheter d’avoir bénéficié de la Wexner Foundation, dont le bienfaiteur avait des liens étroits avec Jeffrey Epstein. (Collage Instagram via la JTA)
La rabbin Danya Ruttenberg a déclaré avoir effectué un don aux victimes de trafic sexuel pour se racheter d’avoir bénéficié de la Wexner Foundation, dont le bienfaiteur avait des liens étroits avec Jeffrey Epstein. (Collage Instagram via la JTA)

JTA – Les liens étroits entre le milliardaire et philanthrope juif Leslie Wexner et le Jeffrey Epstein, financier et délinquant sexuel qui s’est suicidé en 2019 avant son procès pour trafic sexuel, embarrassent depuis longtemps les bénéficiaires des bourses financées par Wexner, magnat de l’habillement de l’Ohio.

En dépit de discussions à huis clos entre récipiendaires de ces prestigieuses bourses destinées aux étudiants diplômés et professionnels juifs, peu nombreux sont ceux à s’être exprimés publiquement, même après que des informations ont suggéré que Wexner lui-même avait encouragé une culture de harcèlement sexuel et d’intimidation au sein de Victoria’s Secret, la marque de lingerie qui lui appartient.

Mais aujourd’hui, une éminente femme rabbin dont le travail a profité de la bourse Wexner s’exprime – et elle joint l’acte à la parole.

La rabbin Danya Ruttenberg a annoncé vendredi, dans un message publié sur Facebook, avoir effectué un don au National Survivor Network, groupe de défense dirigé par des rescapées de la traite des femmes, du montant que lui a alloué la fondation Wexner Field entre 2018 et 2021 plus 20 %.

Cette bourse lui a permis de bénéficier d’un soutien professionnel et d’un mentorat alors qu’elle travaillait sur son livre, On Repentance and Repair: Making Amends in an Unapologetic World.

« Je traine mon malaise depuis un certain temps, et ce n’est pas uniquement lié au thème de mon livre, même si cela joue, à l’évidence », confie Ruttenberg.

Ruttenberg, qui est rabbin résidente au Conseil national des femmes juives, a refusé de commenter ou donner plus de détails sur le montant exact de son don au National Survivor Network. Mais elle a indiqué dans sa publication sur Facebook qu’il s’agissait « du même montant » que l’avance reçue pour On Repentance and Repair, qui devrait sortir le mois prochain.

Le livre de Ruttenberg évoque des concepts juifs traditionnels exposés par Maïmonide, le philosophe juif du 12e siècle, pour aborder les problèmes contemporains de résistance à la violence, allant du racisme systémique à la violence sexuelle en passant par le déni des droits fonciers des Amérindiens. Il établit également un cadre pour faire amende honorable, avec des mesures de nature à responsabiliser les auteurs de violences.

« J’ai écrit un livre sur la réparation des dommages et je me sens, à titre personnel, en porte-à-faux. Je me devais de régler la question », explique Ruttenberg. « Je continuerai à défendre les rescapées des violences sexuelles et travailler pour qu’adviennent les changements nécessaires à l’avènement d’un monde exempt de violence et d’exploitation sexuelles. »

L’annonce de Ruttenberg intervient alors que l’attention des médias se porte de nouveau sur Wexner et son rôle dans plusieurs scandales. Les liens entre Wexner et Epstein ont fait l’objet cet été d’un documentaire Hulu en trois parties, « Victoria’s Secret: Angels and Demons », ainsi que de la chanson virale de TikTok « Victoria’s Secret » qui présente Wexner comme « un vieux mec de l’Ohio » responsable de l’établissement de normes destructrices pour l’apparence des femmes.

Le magnat du commerce de détail Leslie Wexner au Wexner Center for the Arts à Columbus, Ohio, le 19 septembre 2014. (AP Photo/Jay LaPrete, File)

Epstein, célèbre financier, s’est suicidé en 2019, avant son procès pour abus sexuels sur mineurs – plusieurs centaines en l’espace de dix ans -.

Wexner, fondateur de Victoria’s Secret, a été, à un certain moment, le seul client connu d’Epstein, à qui il avait confié la gestion de ses fonds et sa représentation légale.

Wexner a déclaré avoir rompu ses liens avec Epstein en 2007, un an avant qu’Epstein ne soit reconnu coupable par un tribunal de l’État de Floride d’avoir livré une mineure à la prostitution et sollicité une prostituée, et plus tard, détourné une partie des fonds de la famille. Un examen par une tierce partie de la fondation elle-même a révélé qu’Epstein n’y avait joué « aucun rôle significatif ».

En 2020, le New York Times indiquait que Wexner avait ignoré les plaintes concernant des faits et une culture de harcèlement sexuel au sein de Victoria’s Secret, qu’il dirigeait alors.

Ruttenberg n’a pas publié son annonce sur Twitter, où elle alimente l’un des comptes les plus importants sur le judaïsme et la vie contemporaine, suivi par 162 000 abonnés. Elle a choisi de le faire sur sa page Facebook personnelle, là où ses amis et abonnés sont, pour la plupart, des relations personnelles actives dans le monde juif. Nombreux sont ceux qui l’ont félicitée.

« Merci Danya, je ne comprends pas pourquoi il n’y a pas eu davantage de réactions comme celle-ci ces dernières années », a écrit Ilana Zietman, rabbin de Washington, DC. « Merci d’incarner l’intégrité et la transparence et de faire en sorte de réparer ce qui s’est passé. »

Des manifestants avec des portraits géants de Jeffrey Epstein, devant le tribunal fédéral, le 8 juillet 2019 à New York. (Stephanie Keith/Getty Images/AFP)

Ruttenberg n’est pas la première bénéficiaire des largesses passées de Wexner à prendre position suite aux révélations sur Wexner et Epstein.

En 2019 déjà, la rabbin Raysh Weiss, qui bénéficiait d’une bourse Wexner à l’école rabbinique, déclarait publiquement son intention de faire des dons à des organisations impliquées dans l’aide aux victimes d’abus sexuels et fonder un programme pour encadrer les jeunes femmes de la communauté de Pennsylvanie où elle travaillait alors. Weiss a également appelé les nombreuses organisations juives qui avaient reçu le soutien d’Epstein, dont Harvard Hillel et la Ramaz School de New York, à « redistribuer cet argent sale ».

Ruttenberg a écrit qu’elle ne pas s’attendre à ce que d’autres bénéficiaires de bourses Wexner prennent la même décision qu’elle.

« Il m’a fallu un certain temps pour agir, pour les mêmes raisons qui font que beaucoup de gens mettent du temps pour agir – l’envie de pratiquer la politique de l’autruche, l’incertitude quant aux conséquences, le confort que procurent ces fonds », conclut-elle. « Mais il est temps pour moi de passer à autre chose. Je regrette que cela m’ait pris autant de temps. »

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