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Une bonne nuit de sommeil ? Le cauchemar de nombreux Israéliens depuis le 7 octobre

Des recherches menées par des psychologues montrent que les rêves ont changé en raison d'une anxiété accrue, mais il existe des moyens de contrôler ces scénarios effrayants

Illustration : Un jeune Israélien dort dans son lit, le 1er décembre 2014. (Crédit : Maxim Dinshtein/Flash90)
Illustration : Un jeune Israélien dort dans son lit, le 1er décembre 2014. (Crédit : Maxim Dinshtein/Flash90)

Ces derniers mois ont été un cauchemar pour de nombreux Israéliens, et ce n’est pas qu’une façon de parler. Des études très récentes montrent qu’un quart d’entre nous font des rêves tellement effrayants et réalistes qu’ils nous réveillent en pleine nuit.

Le Dr Udi Bonshtein, psychologue en chef au centre hospitalier de Galilée à Nahariya, s’est plongé dans les rêves que nous inspire la guerre et a découvert que, s’ils nous perturbent, ils sont aussi un moyen de surmonter nos peurs et notre anxiété.

Il y a près de dix ans, Bonshtein a étudié les rêves de 700 Israéliens dont il a tiré un livre, paru en 2020 : « ‘Holem Maleh » (Rêveur complet). Cet ouvrage parle de la façon dont le cerveau est conscient de lui, même lors du sommeil et des rêves. Bonshtein a découvert un lien entre cet état de conscience, qualifié de rêve lucide, et l’intérêt ou la tendance d’une personne à être consciente de sa constitution et de son état psychologique.

« J’ai fait des recherches et écrit ce livre en ‘temps normal’, avant le COVID et le 7 octobre », explique Bonshtein au Times of Israel.

« Je voulais faire des comparaisons avec les rêves en temps de guerre, en utilisant les mêmes outils », poursuit-il.

Ces derniers mois, Bonshtein, en collaboration avec sa fille Or, étudiante de premier cycle en psychologie, a interrogé 160 personnes âgées de 16 à 70 ans. Ils ont utilisé les trois questionnaires sur les rêves et autres sujets psychologiques déjà utilisés lors de l’étude initiale.

Les personnes interrogées sont des personnes « représentatives des Israéliens moyen », touchées par ce que le pays endure depuis le 7 octobre dernier.

« Ce ne sont pas des personnes diagnostiquées avec des troubles post-traumatiques, qui par définition font des cauchemars », explique Bonshtein.

« Les 160 personnes que nous avons interrogées sont des personnes qui font partie de la population générale, confrontées à la peur, à l’incertitude et à l’impuissance. Ils ont le sentiment de ne pouvoir compter sur personne, gouvernement comme armée ».

Il a terminé la collecte et l’évaluation de ces nouvelles données et est en train de rédiger des articles. Son éditeur aimerait qu’il écrive un nouveau livre, plutôt que d’ajouter de nouveaux chapitres à une réédition de son livre de 2020.

Le Dr. Udi Bonshtein, psychologue en chef du Centre hospitalier de Galilée. (Avec l’aimable autorisation du Centre hospitalier de Galilée)

Bonshtein se dit moins intéressé par le contenu des rêves des personnes interrogées – qu’il examine avec ses patients dans le cadre de sa pratique de thérapeute – que par le processus à l’origine des rêves. Il a voulu voir si des chose avaient changé.

« Nous avions une question ouverte, par laquelle les gens pouvaient parler de leurs rêves. Nous avons reçu une soixantaine de réponses à cette question et certains rêves renvoyaient à la guerre. Mais ce n’était que l’épice, pas le sujet principal, pour ainsi dire », confie Bonshtein.

Comme on pouvait s’y attendre, la fréquence des cauchemars a augmenté à au moins une fois par mois. Bonshtein estime que 30% des personnes interrogées font des cauchemars, soit 15% de plus que dans son étude d’avant la guerre.

« Je m’y attendais : nous voyons que les gens dorment moins bien et sont plus affectés que d’habitude par ce qui se passe », analyse-t-il.

Les données ont également montré que la mémoire sensorielle était davantage présente dans les cauchemars en temps de guerre. Les gens se rappellent avoir entendu des sirènes fortes, des explosions et des cris pendant leurs rêves.

« Il semble y avoir davantage de flou dans la frontière entre le rêve et la réalité. Habituellement, il y a une nette différence et les gens en sont conscients. Les rêves sont généralement plus mélangés, mystérieux et pleins de symboles », précise Bonshtein.

Des personnes participant à une manifestation appelant à la libération des otages détenus par le Hamas à Gaza depuis l’attaque du 7 octobre se mettent à l’abri alors que les sirènes d’alerte retentissent, annonciatrices de tirs de roquettes à Tel Aviv, le 28 octobre 2023 (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

« Nous appelons cette incapacité à faire la distinction entre ce qui est de l’ordre du réel et ce qui est de l’ordre du rêve – que ce soit en rêvant ou en étant éveillé – la paramnésie. Ce mélange de réalité et de rêve se produit de plus en plus en ce moment, en particulier chez les personnes qui disent faire des cauchemars », explique-t-il.

En dépit du grand nombre de réponses faisant état de cauchemars traumatisants, Bonshtein se dit encouragé par le fait qu’un nombre important de personnes, à commencer par celles qui font des cauchemars, se sont dites capables de faire face grâce à l’autosuggestion.

Par exemple, une personne réveillée par un cauchemar réussira à se rendormir et fera peut-être ensuite un rêve plus agréable ou alors elle décidera de quoi rêver avant de s’endormir et de rêver.

« Il s’agit de reprendre le contrôle. La première étape est de pouvoir se réveiller d’un cauchemar. La seconde est de faire un rêve lucide, où l’on est en capacité de peser sur la tournure du rêve tout en dormant », ajoute Bonshtein.

La technologie 2breathe combine un appareil de surveillance portable et une application basée sur le cloud pour déclencher et surveiller le sommeil (Crédit : autorisation)

« Par exemple, si vous rêvez d’une attaque terroriste, vous pouvez imaginer que vous êtes comme Superman et que vous pouvez voler au-dessus des terroristes.
Ou que vous avez une arme et pouvez donc vous défendre. Ou que vous pouvez vous cacher, vous enfuir, sauver les autres », explique-t-il.

Selon Bonshtein, il est important de pouvoir faire des rêves lucides le plus tôt possible car cela aide, sur le plan psychologique, à faire face aux difficultés, dans les rêves mais aussi à l’état de veille.

Y parvenir n’est pas aussi difficile qu’il n’y paraît. Bonshtein précise que de nombreuses personnes sont tout-à-fait capables de faire des rêves lucides grâce à l’auto-encouragement ou l’autosuggestion.

Si cela ne fonctionne pas, il existe des ressources telles que le livre de 2020 de Bonshtein (en hébreu uniquement), ainsi que d’autres guides et vidéos sur YouTube.

« En ce moment, il y a beaucoup de personnes traumatisées mais aussi des professionnels prêts à vous aider », conclut Bonshtein.

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