Une extrémiste juive dit à son voisin journaliste arabe vouloir « le voir partir »
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Une extrémiste juive dit à son voisin journaliste arabe vouloir « le voir partir »

Une Juive, lors d'une manifestation, dit ne pas vouloir d'attaques incendiaires contre les Arabes, se disant "gentille", mais demande : "Vous voulez vendre votre maison ?"

Une femme dit ne pas vouloir "faire brûler" les Arabes mais vouloir les expulser dans un entretien avec Kan, le 22 avril 2021. (Capture d'écran)
Une femme dit ne pas vouloir "faire brûler" les Arabes mais vouloir les expulser dans un entretien avec Kan, le 22 avril 2021. (Capture d'écran)

C’est un échange sortant de l’ordinaire qui a eu lieu jeudi soir – quand un journaliste a interviewé une résidente juive extrémiste de la Vieille Ville de Jérusalem. Au cours de l’entretien, les deux découvrent qu’ils sont voisins, un fait qui ne semble guère perturber la femme qui déclare vouloir simplement que les résidents arabes comme lui soient expulsés et disant qu’elle ne souhaite, en aucun cas, vouloir faire incendier leurs villages.

« Cette idée de mettre le feu aux villages arabes – est-ce que vous vous retrouvez vous-même dedans ? », demande Suleiman Maswadeh, journaliste de la chaîne Kan, à la femme dont l’identité n’a pas été révélée.

« On ne va pas dire ça comme ça. Je suis gentille et donc je parle gentiment – et je ne dis pas qu’on va incendier vos villages. Je vais plutôt vous dire qu’il faut que vous quittiez vos villages, comme ça, on pourra venir y habiter. C’est ce qu’on fait, au fait, dans la Vieille Ville », explique-t-elle, arborant sur son chandail un autocollant sur lequel est écrit « Kahane avait raison », une référence à un rabbin extrémiste aujourd’hui décédé, mais dont l’héritage est entré à la Knesset dernièrement avec l’élection d’Itamar Ben Gvir.

Ce reportage a été tourné alors que les tensions ont connu un nouveau pic à Jérusalem, ces derniers jours – avec des affrontements qui ont eu lieu tous les soirs entre la police et les Palestiniens depuis le début du mois sacré du ramadan, la semaine dernière, lorsque les autorités ont installé des barricades à la porte de Damas, qui est traditionnellement un point de rassemblement.

Mais la situation a empiré, jeudi soir, quand des extrémistes juifs ont organisé un défilé anti-arabe à proximité, certains scandant « le peuple veut faire brûler les Arabes » – un slogan auquel la question posée par le journaliste à la jeune femme faisait apparemment référence.

Ces slogans paraissent particulièrement terrifiants au vu des attaques incendiaires lancées, ces dernières années, par des terroristes juifs, avec notamment la mort de trois membres d’une famille palestinienne, la famille Dawabsha, et le meurtre, en 2014, de Muhammed Abu Khdeir qui était alors âgé de 16 ans.

Toutefois, l’échange entre la femme et Maswadeh prend un tour improbable lorsque tous deux se rendent compte qu’ils sont voisins – un fait qui ne semble pas dissuader l’extrémiste juive d’exprimer son espoir qu’il quitte son domicile.

« Parlons de manière plus personnelle. Cela fait 25 ans que je vis dans la Vieille Ville », dit Maswadeh à son interlocutrice.

« Vraiment ? Où ça ? », interroge cette dernière.

« Porte de Hérode », répond alors le journaliste.

« Oh, mais alors on est vraiment voisins ! J’habite tout près. Votre maison n’est pas à vendre ? », demande la femme.

« Non », répond Maswadeh avant de continuer la conversation en posant une question sur le niveau de violence actuel qui, selon lui, a atteint un niveau précédent par rapport aux années passées.

« Vous n’avez pas déménagé ? Vous vivez encore là-bas ? », demande la jeune femme à la fin de l’interview.

« Oui, malheureusement pour vous », rétorque Maswadeh.

Le journaliste Suleiman Maswadeh, à droite, dit à une Juive extrémiste que « malheureusement » pour elle, ils sont voisins, au cours d’un entretien avec la chaîne Kan, le 22 avril 2021. (Capture d’écran)

Selon la police, des dizaines de personnes ont été arrêtées et 20 agents ont été blessés au cours d’une nuit de chaos qui a eu lieu à Jérusalem, jeudi, lorsque les forces de sécurité ont affronté séparément les Palestiniens furieux au sujet des restrictions du Ramadan et des extrémistes juifs qui avaient organisé un défilé anti-arabe à proximité.

Le groupe juif d’extrême-droite connu sous le nom de Lehava a pris la tête d’une manifestation qui a compté des centaines de partisans scandant « Arabes, dehors ! » et « Mort aux Arabes ! », une marche qui s’est rendue à la porte de Damas.

La police face aux manifestants du groupe extrémiste juif Lehava à la porte de Damas, à Jérusalem, le 22 avril 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Cette démonstration de force aurait été une réponse à des vidéos qui ont circulé sur TikTok qui ont montré des Palestiniens giflant au hasard des Juifs. D’autres vidéos ont eu lieu en réponse, semblant montrer des Juifs agressant des Arabes.

La police a noté que les manifestants avaient jeté des pierres et des bouteilles. Des images qui ont circulé sur internet ont montré des centaines de manifestants courir dans les rues alors que la police faisait usage de feux d’artifices et de grenades incapacitantes pour disperser le rassemblement.

Le Croissant rouge palestinien a fait savoir que 32 Palestiniens avaient été blessés. 12 ont dû être hospitalisés.

Les tensions sont restées vives vendredi avec de nouveaux heurts entre les Palestiniens et les forces de sécurité.

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