Une personne sur 1 000 réinfectée par la COVID, peut-être à cause des variants
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Une personne sur 1 000 réinfectée par la COVID, peut-être à cause des variants

La plus grande étude au monde, qui a suivi 20 % des Israéliens positifs à la COVID après leur guérison, révèle que 154 ont été réinfectés, soit une immunité élevée mais pas absolue

Le personnel médical de United Hatzalah teste un patient pour la COVID-19 à Jérusalem le 10 février 2021. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)
Le personnel médical de United Hatzalah teste un patient pour la COVID-19 à Jérusalem le 10 février 2021. (Crédit : Yonatan Sindel / Flash90)

Environ un Israélien sur 1 000 ayant attrapé la COVID a été réinfecté, selon une étude à grande échelle, suggérant que la réinfection est plus courante qu’on ne le pense généralement.

La caisse d’assurance maladie Maccabi a constaté que sur 149 735 de ses membres qui ont été testés positifs au coronavirus entre mars 2020 et janvier 2021, 154 ont été réinfectés, selon un nouveau document de recherche qui offre « des données du monde réel quant à la réinfection du SRAS-CoV-2 évalué à grande échelle sur une part importante de la population. »

Pendant ce laps de temps, Israël ne vaccinait pas les individus qui avaient guéri de la COVID, de ce fait ces résultats sont un indicateur de l’efficacité de l’immunité naturelle résultant de l’infection.

L’étude, considérée comme la plus vaste du genre, couvre près d’un cinquième des Israéliens qui ont été infectés, et si on considère ce groupe comme une représentation fidèle du pays dans son ensemble, cela suggère qu’il y aurait eu environ 800 réinfections en Israël.

Les chercheurs, de Maccabi et de l’Université Ben Gourion, n’ont compté que les patients présentant au moins 100 jours entre le premier diagnostic de coronavirus et le nouveau test positif, afin d’éliminer la possibilité que ce soit l’infection initiale qui ait persisté. Pour une personne réinfectée sur cinq, plus de 200 jours se sont écoulés entre la première et la deuxième infection.

Personnel médical du service de coronavirus du centre médical Sheba à Ramat Gan, le 20 juillet 2020. (Crédit : Yossi Zeliger / Flash90)

« La proportion de réinfection, bien que faible, n’est pas négligeable », ont-ils écrit dans leur article, qui a été mis en ligne mais pas encore soumis à un comité de lecture. « Avec le temps, le potentiel de réinfection augmente. »

Le professeur Cyril Cohen, chef du laboratoire d’immunothérapie de l’Université Bar Ilan, qui n’a pas participé à l’étude, a déclaré que celle-ci avait généré une « découverte importante ». Il a déclaré : « Le ‘100 %’ n’existe pas en biologie, il y a donc des réinfections, et ces données révèlent la fréquence de ces occurrences. »

Les nouvelles données indiquent une tendance inquiétante, qui suggère que la réinfection peut être un problème croissant pour une grande partie du monde qui n’est pas encore vaccinée.

Quelque 99 des 154 réinfections ont été détectées en janvier, le mois où le variant britanniqu s’est répandu en Israël. Les chercheurs ont déclaré que la multiplication des variants pourrait expliquer le pic de réinfection. Étant donné que d’autres variants sont redoutés, on pourrait observer une augmentation des réinfections.

Cyrille Cohen, chef du laboratoire d’immunothérapie de l’Université Bar Ilan. (Autorisation : Cyrille Cohen)

Cohen pense que le problème est réel et souligne qu’un variant qui a émergé au Brésil, appelée P.1, s’avère plus susceptible de réinfecter les patients guéris que les versions antérieures du coronavirus.

Il y a eu de nombreux cas de réinfection dans le monde, mais peu de cas ont été documentés ou les détails n’ont pas été publiés. Un traçage en ligne ne répertorie actuellement que 66 cas de ce type dans le monde, ce qui est considéré comme une sous-estimation, car les scientifiques affirment que la plupart des personnes réinfectées ne sont jamais testées car elles sont asymptomatiques ou présentent des symptômes très légers, grâce à leur système immunitaire qui inhibe largement le virus.

Les dossiers médicaux largement numérisés et centralisés en Israël permettent aux caisses d’assurance maladie d’analyser facilement les informations procurées par les dossiers médicaux, notamment les cas de réinfection, d’où les nouvelles données Maccabi.

Prof. Galia Rahav, Tel Aviv, le 22 juin 2020. (Yossi Aloni / Flash90)

Certains chercheurs suggèrent cependant de traiter ces données avec prudence. La professeure Galia Rahav, responsable des maladies infectieuses au centre médical Sheba, a déclaré que malgré le long intervalle de temps entre les tests pris en compte par l’étude, elle soupçonne que certains prélèvements aient détecté des infections persistantes.

« J’ai quelques réticences à affirmer qu’il s’agit d’un cas sur 1 000, je ne pense pas que ce soit vrai – je pense que certains d’entre eux présentent des résidus », a déclaré Rahav, qui a traité deux patients avec des réinfections confirmées par séquençage, et pense que de telles occurrences sont plus rares que ne le suggèrent les nouvelles recherches. Selon Rahav, l’étude aurait toute sa crédibilité seulement si elle avait séquencé chaque cas et découvert sans le moindre doute qu’il s’agit bien d’une nouvelle infection.

La nouvelle étude place le risque d’infection des personnes précédemment infectées à un niveau similaire à celui des personnes vaccinées. Ceci est plus courant qu’on ne le croie généralement – mais moins fréquent que ne le suggère une étude danoise récente.

Publiée dans la revue Lancet au début du mois, cette étude a examiné les résultats de 11 068 personnes qui ont été testées positives au cours de la première vague au Danemark et a constaté que 72 d’entre elles – soit 0,65 % – ont été testées à nouveau positives lors de la deuxième vague.

Des travailleurs du Magen David Adom portant des vêtements de protection évacuent un patient vers l’unité de coronavirus de l’hôpital Hadassah Ein Kerem à Jérusalem le 19 octobre 2020. (Olivier Fitoussi / Flash90)

L’étude danoise a déployé un groupe témoin et a conclu que la protection résultant d’une infection réduisait le risque d’une nouvelle infection de 80 %. L’étude israélienne n’incluait pas de groupe témoin et n’a donc pas de statistiques parallèles.

Les données israéliennes étaient également plus rassurantes pour les personnes âgées que les données danoises. Au Danemark, la protection de 80 % tombe à 47 % chez les 65 ans et plus. En Israël, la tranche d’âge des 10-19 ans présente le plus grand nombre de réinfections, suivi des 20-29 ans et des 30-39 ans. Les tranches plus âgées connaissent un nombre plus limité de réinfections. L’étude ne fournit pas d’explication claire pour ces différences, et d’autres travaux sont prévus.

Alors que les auteurs israéliens reconnaissent que la réinfection est rare, ils soulignent que leurs données montrent qu’elle est réelle et suggèrent que les autorités la prennent plus au sérieux, remettant en question l’hypothèse répandue selon laquelle les personnes guéries sont à l’abri d’une réinfection. Ils ont écrit : « Les responsables de la santé devraient reconnaître la possibilité de réinfection et reconsidérer la différence du message adressé à la population guérie. »

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