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US : Un rabbin et un imam peinent à aider des étudiants juifs et musulmans à s’entendre

Une réunion au Queens College menée par le rabbin Marc Schneier et l'imam Shamsi Ali, expose les profondes divisions entre les 2 communautés au milieu de la guerre contre le Hamas

Luke Tress est le vidéojournaliste et spécialiste des technologies du Times of Israël

Le rabbin Marc Schneier, à droite, et l'imam Shamsi Ali. (Crédit : Richard Drew, via JTA/AP)
Le rabbin Marc Schneier, à droite, et l'imam Shamsi Ali. (Crédit : Richard Drew, via JTA/AP)

New York Jewish Week via JTA – Les étudiants se sont entassés dans une salle de réunion sur le campus verdoyant du Queens College, certains portant des keffiehs, d’autres des kippas. De la nourriture casher et halal était servie sur une table au fond de la salle, tandis que les retardataires se pressaient à la porte, pour écouter le rabbin et l’imam qui tenaient la conférence au centre de l’assemblée.

« Il n’y a pas deux communautés de foi qui ont plus en commun que l’islam et le judaïsme », a déclaré le rabbin Marc Schneier, assis à côté de son partenaire de longue date dans le travail inter-religieux, l’imam Shamsi Ali.

« Nous pouvons être d’accord de ne pas être d’accord, sans être désagréables. »

La rencontre entre les étudiants musulmans et juifs était censée créer des rapprochements entre les deux groupes au milieu des retombées de la guerre entre Israël et le groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza, qui a été déclenchée à cause du massacre par le Hamas de 1 200 personnes à travers le sud d’Israël le 7 octobre. Mais in fine, cette rencontre aura mis en évidence les profonds fossés qui séparent les deux communautés, qui ne sont pas d’accord – et qui sont souvent désagréables.

Alors que la conversation sombrait dans les vociférations, un étudiant juif a lancé de l’autre côté de la salle : « Le 7 octobre, est-ce que c’est la résistance ? »

La « résistance » est le nom que se donnent les groupes terroristes islamistes anti-Israël.

Un étudiant musulman lui a répondu.

« Oui, le 7 octobre c’est de la résistance, selon la Convention de Genève. »

« Au moins, quelqu’un l’a dit », a souligné l’étudiant juif.

L’imam Shamsi Ali, à gauche, et le rabbin Marc Schneier, à droite, au Queens College de New York, le 16 novembre 2023. (Crédit : Foundation for Ethnic Understanding via JTA)

Le conflit entre Israël et le Hamas a déchiré les campus de New York et d’ailleurs, provoquant de vifs affrontements entre les groupes d’étudiants, ainsi qu’entre les étudiants et les administrateurs. Un étudiant israélien a été agressé et une croix gammée a été dessinée sur un mur des sanitaires à l’Université de Columbia, qui a par la suite suspendu deux groupes pro-palestiniens importants. À la Cooper Union de Manhattan, des étudiants juifs se sont réfugiés dans une bibliothèque alors que des activistes pro-palestiniens frappaient aux portes et vociféraient des slogans anti-Israël. Les campus de la ville, notamment dans le système de la City University of New York (CUNY), ont vu les tensions monter en flèche entre les groupes pro-Israël et pro-palestiniens rivaux.

Le rassemblement du Queens College a été tout aussi tendu. Il a parfois dégénéré en cris et en récriminations mutuelles, bien que certains étudiants aient semblé nouer des liens avec des camarades de classe du camp adverse.

Le New York Jewish Week a été invité à couvrir la rencontre à la condition que ses étudiants participants ne soient pas identifiés par leur nom afin qu’ils puissent s’exprimer librement.

« Les Israéliens font, à mon avis, ce que les nazis leur ont fait », a déclaré l’orateur d’ouverture, un musulman. « C’est ainsi que l’on crée le Hamas. Si vous voulez savoir comment créer le Hamas, il suffit de continuer à bombarder Gaza. »

« Selon moi, en tant que musulman, la vie des Palestiniens et des Israéliens – égale », a-t-il dit. « Nous devons être clairs l’un envers l’autre. »

Une étudiante juive a déclaré : « Beaucoup de nos douleurs et de nos souffrances ont été invalidées depuis le 7 octobre. Immédiatement, pas une seconde pour faire le deuil. Automatiquement, nous avons dû nous défendre. »

Citant des organisations étudiantes sur les réseaux sociaux qui avaient nié les atrocités, elle a ajouté : « Des gens ont été massacrés. Le monde s’en moque. » « Je veux que ma douleur soit reconnue. »

Des festivaliers fuyant la rave party attaquée par le Hamas, à proximité du kibboutz Reim, le 7 octobre 2023. (Crédit : Shye Weinstein)

Le Queens College fait partie du système tentaculaire de la CUNY, qui est aux prises avec des allégations d’antisémitisme depuis des années. Les étudiants et professeurs juifs ont déclaré que les critiques à l’égard d’Israël débordaient souvent en pur antisémitisme, tandis que les Palestiniens et leurs partisans ont décrié les attaques présumées contre la liberté d’expression.

Une cinquantaine d’étudiants ont assisté à cette réunion d’une heure, peut-être la première rencontre officielle entre étudiants juifs et musulmans sur un campus de la ville de New York depuis le 7 octobre, selon ses organisateurs. Schneier et Ali avaient déjà organisé deux réunions pour les étudiants de plusieurs écoles de la CUNY, l’une avec seulement des musulmans, et l’autre avec seulement des étudiants juifs. Ils prévoient d’organiser plusieurs autres rencontres.

« Nous ne sommes pas là pour vous convaincre, quoi que vous pensiez. Nous sommes là pour vous écouter avec l’espoir que nous pourrons faire naître un sentiment de sympathie ou d’empathie les uns envers les autres », a déclaré Ali.

Schneier est un important rabbin impliqué dans les relations entre les Juifs et les pays du Golfe ; sa Fondation pour la compréhension ethnique (Foundation for Ethnic Understanding) se concentre sur les relations judéo-musulmanes. Il est également membre du conseil consultatif juif de la CUNY. Ali est le chef du Jamaica Muslim Center dans le Queens, l’une des plus grandes mosquées de New York, qui compte 20 000 fidèles.

Parmi les étudiants présents se trouvaient des membres de l’Association Hillel du campus et de l’Association des étudiants musulmans. Les étudiants musulmans étaient plus nombreux que les étudiants juifs à la réunion et ont pris la parole pendant la plus grande partie de la discussion, utilisant le forum pour exprimer des griefs historiques et des plaintes contre l’administration du collège. Les étudiants juifs ont déclaré que leur douleur après l’attaque du Hamas avait été écartée, voire exacerbée, car certains groupes d’étudiants ont nié ou approuvé les atrocités.

Une étudiante juive a lu une menace postée en ligne à l’intention du groupe, les mains tremblantes, en disant : « Nous étions terrifiés. » Les deux groupes ont également eu l’impression que leurs voix avaient été étouffées.

Une étudiante juive a déclaré que des graffitis menaçant les Juifs avaient été tagués un peu partout sur le campus et qu’elle n’avait pas vu pareille haine dirigée contre les étudiants pro-palestiniens. Les étudiants musulmans présents ont vigoureusement exprimé leur désaccord. « Il est absolument consternant de ne pas tenir compte de toute la haine dont les musulmans de ce campus ont fait l’objet », a déclaré l’une d’entre eux.

Une croix gammée sur un panneau publicitaire de sensibilisation à l’antisémitisme, à New York, le 5 mai 2022. (Crédit: JewBelong)

L’intervenante juive a dit comprendre, mais n’avoir pas été au fait d’actes anti-musulmans.

Le rabbin et l’imam ont fait des efforts répétés pour orienter la conversation vers les relations inter-confessionnelles et l’atmosphère sur le campus, et les étudiants ont tous condamné sans équivoque la discrimination à l’égard des musulmans et des Juifs, ainsi que les victimes civiles.

À un moment donné, Ali a déclaré : « Les deux communautés sont victimes, mais il semble que nous nous opposions l’une à l’autre. Et ce dont nous avons besoin c’est de trouver un moyen de faire en sorte de ne pas être l’ennemi l’un de l’autre. »

Pourtant, la discussion se réorientait sans cesse vers la guerre, les étudiants n’arrivant pas à se mettre d’accord sur les faits essentiels. Les élèves musulmans ont contesté le fait que le Hamas utilisait des civils comme boucliers humains, frustrant les Juifs présents, ou encore que le Hamas avait pris pour cible des civils israéliens le 7 octobre, citant une théorie du complot selon laquelle l’armée israélienne était responsable de la plupart des victimes civiles.

Les étudiants musulmans se sont opposés à maintes reprises à la position pro-Israël, évoquant le bilan palestinien de 13 000 morts, un chiffre fourni par le ministère de la Santé de Gaza, contrôlé par le Hamas. Les chiffres publiés par le groupe terroriste sont invérifiables, et incluraient ses propres terroristes et hommes armés, tués en Israël et à Gaza, et les civils tués par les centaines de roquettes tirées par les groupes terroristes qui retombent à l’intérieur de la bande de Gaza. Selon les estimations de l’armée israélienne, 5 000 membres du Hamas auraient été tués dans la bande de Gaza, auxquels s’ajoutent plus de 1 000 terroristes tués en Israël lors de l’assaut du 7 octobre.

Au cours d’un échange houleux, une étudiante musulmane a déclaré qu’elle avait demandé à des partisans d’Israël sur le campus s’ils condamnaient Israël.

« Je n’ai pas reçu un seul oui », a-t-elle noté. Les étudiants pro-Israël lui ont demandé si elle condamnait le Hamas. « Je condamne le meurtre de civils innocents, quel que soit le camp », a-t-elle répondu.

Les deux groupes ont affirmé ne pas être des « porte-parole » des belligérants du conflit.

« Ce qu’ils accusent le Hamas de faire aujourd’hui, ils l’ont fait – ils le font depuis 75 ans », a déclaré un étudiant musulman.

« La date de début pour vous, les gars, c’est le 7 octobre », a rétorqué un autre étudiant.

« Un peuple qui est occupé a le droit à la résistance armée. Je sais que vous n’aimez pas l’entendre, mais ce sont les faits », a estimé un étudiant musulman.

Un terroriste armé du Hamas marchant autour du festival de musique Supernova, à proximité du kibboutz Reim dans le désert du Néguev, dans le sud d’Israël, le 7 octobre. (Crédit : SOUTH FIRST RESPONDERS/AFP)

« Des gens comme vous pensent qu’ils devraient se tenir à l’écart et laisser Israël les massacrer. Non, nous ne voulons pas de deux États, nous voulons une seule solution dans les frontières d’avant 1948 », a-t-il affirmé sous les applaudissements, tandis qu’un étudiant brandissait une pancarte sur laquelle on pouvait lire : « Bombarder des hôpitaux n’est pas de l’autodéfense. »

« Nous essayons d’aller de l’avant en tant que communauté. Nous ne pouvons pas régler les problèmes qui ont lieu au Moyen-Orient », a déclaré un étudiant juif.

« Ça me déchire le cœur d’entendre sa douleur, celle de sa famille, c’est tout simplement horrible », a déclaré un étudiant juif à propos de l’orateur palestinien. « Je pense que ce serait bien que nous comprenions tous qu’il y a des gens mauvais des deux côtés et qu’il y a des gens formidables des deux côtés. »

Plus tard dans la discussion, plusieurs étudiants musulmans ont réprimandé Ali, semblant s’opposer à son partenariat avec Schneier.

« Qui vous a dit de venir ici ? Quel musulman ? Combien vous ont-ils payé ? », dit un étudiant. « Dites que vous êtes un sioniste. Vous n’êtes pas les bienvenus. Personne ne veut de vous ici. » Il a ensuite entraîné la salle avec plusieurs « Allahu akbar », une expression arabe signifiant « Dieu est le plus grand ».

Les étudiants musulmans ont également critiqué à maintes reprises l’administration du Queens College, affirmant que l’établissement avait trop soutenu Israël et qu’ils n’avaient pas eu la possibilité d’exprimer leurs griefs. Le président du collège, Frank Wu, a ouvert une enquête en début de semaine sur l’Association des étudiants musulmans après que le groupe a publié en ligne qu’il n’y avait aucune preuve que les Palestiniens avaient tué des femmes et des enfants, et justifié la prise d’otages de civils par le Hamas.

Lors de l’attentat du 7 octobre, 3 000 terroristes ont tué 1 200 Israéliens et autres ressortissants, pour la plupart des civils, massacrés au milieu d’horribles actes de brutalité, et ont fait prisonniers plus de 240 autres personnes, dont des nourrissons et des enfants. Cette attaque a été la pire de l’histoire d’Israël, et le plus grand massacre de peuple juif en une seule journée depuis la Shoah.

L’enquête de Wu a déclenché de furieuses protestations contre l’administration. Des slogans attaquant Wu et Israël ont été inscrits à la craie sur les trottoirs du campus.

« Nous ne sommes pas ici pour représenter la CUNY. Qu’attendez-vous de nous ? », a demandé Schneier.

À la fin de la réunion, les disputes se sont poursuivies à l’extérieur de la salle, bien que certains étudiants aient semblé tisser des liens lors de discussions individuelles.

Un étudiant musulman a discuté avec un étudiant juif, expliquant qu’il avait grandi dans un environnement peu accueillant pour les Juifs, mais que son ami le plus proche, qu’il avait rencontré à l’école, était Juif. Les deux étudiants ont tissé des liens autour des traditions communes à leurs religions, notamment le jeûne des jours de fête et l’interdiction de consommer du porc.

Des contre-manifestants pro-Israël discutent avec un activiste pro-palestinien lors d’un rassemblement, à New York, le 20 avril 2022. (Crédit : Luke Tress/Times of Israel)

« Cela se transforme en un truc très ‘Israël et Palestine’, ce qui n’aurait pas dû être le cas, parce que c’était un truc inter-confessionnel », a déclaré l’étudiant musulman. « Ça me fait vraiment mal d’entendre des choses terribles sur vous, parce que moi, je ne suis pas d’accord avec ça. »

« Je suis vraiment heureux que vous soyez venus ici », a déclaré l’élève juif. « Les Juifs, notre religion, nos valeurs, c’est un monde bon, de bonnes gens, ne pas faire de violence. Les droits de chacun sont importants. »

Non loin de là, deux élèves se sont lancés dans une discussion houleuse mais mesurée sur la guerre, tandis que deux autres se montraient des informations sur leurs téléphones.

« J’ai trouvé que c’était un bon début », a déclaré Schneier au New York Juif Week après la réunion, soulignant que les plaintes entourant la discrimination et les voix étouffées se reflétaient des deux côtés. Il a précisé qu’une salle de débordement avait été aménagée au cas où les deux groupes auraient besoin d’être séparés, ce qui ne s’est pas produit.

« Nous plantons une graine ici », a-t-il déclaré.

« Pour certains des élèves, ils gagnent en empathie pour l’autre côté. Il est important que les gens comprennent que la douleur est celle de tout le monde », a déclaré Schneier.

« Ce genre de discussions doit avoir lieu. »

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.

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