USA: L’ex-chef de la CIA compare la politique d’immigration à l’Allemagne nazie
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USA: L’ex-chef de la CIA compare la politique d’immigration à l’Allemagne nazie

Michael Hayden dit que "d'autres gouvernements" ont séparé les mères de leurs enfants en accompagnant ce commentaire d'une photo d'Auschwitz

Michael Hayden pendant son mandat comme chef de la CIA. (CC BY-CIA / Wikipedia)
Michael Hayden pendant son mandat comme chef de la CIA. (CC BY-CIA / Wikipedia)

Un ancien chef de la CIA et de l’Agence de sécurité nationale, Michael Hayden, a comparé samedi les politiques d’immigration de l’administration Trump à l’Allemagne nazie.

Dans un tweet, Hayden écrit : « D’autres gouvernements ont séparé les mères et les enfants », accompagné d’une photo en noir et blanc de la façade du camp de la mort d’Auschwitz vu des voies ferrées de l’ancien camp nazi.

Le tweet est une réponse aux rapports vendredi sur la politique de tolérance zéro du gouvernement américain contre les migrants illégaux.

Près de 2 000 enfants ont été séparés de leurs parents ou tuteurs adultes après être entrés aux États-Unis sur une période de six semaines.

Les chiffres obtenus par le Département de la Sécurité intérieur et publiés par l’Associated Press montrent que 1 995 mineurs ont été séparés de 1 940 adultes entre le 19 et le 31 mai. Il s’agissait de séparations pour entrée illégale, violations de l’immigration ou comportement criminel éventuel de l’adulte.

Pour les officiels du département de la sécurité intérieure tous les cas d’entrée illégale sont sujets à des poursuites criminelles. Le protocole américain interdit de détenir des enfants avec leurs parents parce que les enfants ne sont pas accusés de délits contrairement aux parents.

Des histoires d’enfants en pleurs arrachés aux bras de leurs parents ont inondé les médias et cette politique a été largement critiquée par les groupes religieux, les politiciens et les défenseurs des enfants arguant qu’il s’agit de mesures inhumaines.

Une bataille, en partie sur ce sujet, se prépare au Congrès.

« Cette politique sape les valeurs de notre nation et compromet la sécurité et le bien-être de milliers de gens », a indiqué la lettre ouverte de l’organisation juive de l’Union orthodoxe (UO).

« En tant que Juifs, nous comprenons cette situation critique d’être un immigrant fuyant les violences et l’oppression. Nous pensons que les Etats-Unis sont une nation d’immigrants et que la manière dont nous traitons les étrangers reflète les valeurs morales et les idéaux de cette nation ».

Parmi les signataires de la lettre, les organisations qui dirigent les mouvements conservateur, réformé et reconstructionniste. L’addition de l’Union orthodoxe implique que ce sont les quatre dénominations majeures des Juifs américains qui se sont dorénavant positionnées contre cette politique. Il est rare que l’UO, qui adopte généralement des points de vue politiques conservateurs, s’accorde avec les trois autres mouvements s’agissant d’une affaire de politique gouvernementale nationale.

Les groupes religieux de tout le spectre politique – Juifs et non-Juifs – se sont opposés à ces directives d’immigration et l’Union orthodoxe fait partie des dernières organisations religieuses conservatrices à avoir fait part de son désaccord.

Elles ont été critiquées ces derniers jours par la Southern Baptist Convention, la US Conference of Catholic Bishops et par le révérend Franklin Graham, fils de feu Billy Graham.

Dans une rare incursion sur la scène politique, Melania Trump a dit « détester voir des enfants séparés de leur famille et espère que les deux camps du Congrès pourront enfin tomber d’accord pour faire aboutir une réforme réussie de l’immigration », a affirmé à CNN la directrice de la communication de la Première dame, Stephanie Grisham.

« Elle pense que nous devons être un pays qui respecte toutes les lois mais aussi un pays qui gouverne avec coeur », a-t-elle ajouté.

Face au tollé, le président Trump a accusé les démocrates d’être responsables de cette situation et a réclamé, pour y mettre fin, une vaste réforme sur l’immigration qui patine depuis des mois au Congrès.

« Les démocrates peuvent apporter une solution à la séparation forcée des familles à la frontière en travaillant avec les républicains à une nouvelle loi, pour une fois », a-t-il encore tweeté samedi.

La Maison Blanche revendique ouvertement cette politique, sans en nier l’aspect dérangeant.

« Personne n’aime voir des bébés arrachés des mains de leur mère », a dit dimanche une proche conseillère de Donald Trump, Kellyanne Conway, sur la chaîne NBC.

L’opposition démocrate s’est révoltée contre ce qu’elle estime être une manipulation et une politique qui provoque le malaise jusque dans les rangs républicains.

« Ils appellent cela ‘tolérance zéro’ mais un meilleur nom est ‘humanité zéro’ et il n’y a absolument aucune logique pour cette politique », a déclaré le sénateur Jeff Merkley (Oregon), à la tête d’un groupe d’élus démocrates qui a visité la frontière.

« Il est totalement inacceptable (…) de blesser des enfants et de les traumatiser afin d’envoyer un message politique à des adultes d’outre-mer », a-t-il ajouté.

Après avoir visité un supermarché transformé pour l’occasion en centre d’accueil pour 1 500 enfants de migrants, M. Merkley a affirmé que « blesser des enfants pour s’en servir de levier législatif est inacceptable ».

« C’est diabolique », a-t-il martelé.

Même ton chez l’ex-président démocrate Bill Clinton qui a tweeté : « Ces enfants ne doivent pas être utilisés comme un outil de négociation ».

L’élue Sheila Jackson-Lee a accusé le président Trump de mentir lorsqu’il affirme qu’il ne fait que suivre à la lettre les lois en vigueur.

« Le président ne dit pas la vérité. Il n’y a pas de loi, il n’y a pas de politique qui permet d’arracher des enfants à leurs familles », a-t-elle affirmé.

« Je vous assure que nous allons nous battre jusqu’au bout pour mettre un terme à ce programme hideux qui malmène des enfants et représente un énorme abus à l’encontre des enfants », a-t-elle poursuivi.

L’ex-Première dame Laura Bush a, elle, ouvertement critiqué l’approche républicaine. « J’habite un Etat frontalier. Je comprends le besoin de renforcer et protéger nos frontières internationales, mais cette politique de la tolérance zéro est cruelle. Et ça me brise le coeur », a écrit Mme Bush, qui vit au Texas, dans un éditorial publié par le Washington Post.

Le rythme des séparations s’est nettement accéléré depuis début mai, lorsque le ministre de la Justice Jeff Sessions a annoncé que tous les migrants passant illégalement la frontière seraient arrêtés, qu’ils soient accompagnés de mineurs ou pas. Or les enfants ne peuvent être envoyés dans la prison où sont détenus leurs proches, ce qui conduit aux séparations.

Divisés, les républicains semblent finalement prêts à présenter la semaine prochaine deux propositions de loi : l’une satisfaisant leur aile dure et l’autre tentant de réconcilier modérés et conservateurs mais incluant les demandes de Donald Trump, notamment une enveloppe de 25 milliards de dollars pour construire un mur à la frontière mexicaine.

Ce texte comprendra un amendement s’assurant « que les mineurs accompagnés appréhendés à la frontière ne soient pas séparés de leurs parents », selon une source républicaine.

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