Vous avez quelques jours de vacances à prendre ? Pensez au Népal
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Vous avez quelques jours de vacances à prendre ? Pensez au Népal

Implorant les visiteurs à revenir, les experts affirment que le tourisme aidera le pays à se reconstruire

Un temple détruit sur le square Durbar, dans la vieille ville de Bhaktapur, en périphérie de Katmandou.(Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)
Un temple détruit sur le square Durbar, dans la vieille ville de Bhaktapur, en périphérie de Katmandou.(Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

KATMANDOU, Népal – Normalement le mois de mai est le mois le plus animé à Bhaktapur, la vieille ville colorée qui se situe en périphérie de Katmandou.

Les touristes se pressent à travers les ruelles étroites pour admirer les sculptures complexes en bois sur les temples, les stupas (lieux saints bouddhistes) et les maisons.

Sept sites du patrimoine mondial de l’UNESCO se tenaient dans la vallée de Katmandou, leurs beaux toits pyramidaux s’élevant vers le ciel.

Durbar Square, à Bhaktapur, fut l’un des sites les plus connus, situé à seulement 10 kilomètres du centre-ville de Katmandou. Chaque année, plus de 100 000 touristes se promenaient à travers Bhaktapur, qui signifie « la ville des dévots », pour admirer la Vieille Ville.

Une vue de la square Durbar à Bhaktapur avant le séisme du 25 avril (Crédit : Flickr Creative Commons)
Une vue dU square Durbar à Bhaktapur, avant le séisme du 25 avril (Crédit : Flickr Creative Commons)

Mais Bhaktapur a également été l’un des sites les plus touchés par les destructions provoquées par le tremblement de terre de magnitude 7,8 du 25 avril. De nombreux temples se sont écrasés au sol, détruisant plus d’un siècle du patrimoine népalais.

Quelque 10 000 personnes vivent dans ce quartier ancien adoré. Environ 300 d’entre eux sont morts, et les deux tiers des maisons ont été détruites, selon un responsable du centre d’information touristique local.

Tandis que la plupart des Népalais se concentrent sur la résolution des problèmes immédiats – trouver de la nourriture et des logements semi-permanents avant la saison de la mousson qui commence en juin -, les personnes impliquées dans l’industrie du tourisme commencent à penser à l’avenir.

Ils savent que le tourisme doit rebondir aussi rapidement que possible afin de minimiser les dommages économiques du tremblement de terre et d’aider les gens à recommencer à travailler à nouveau. Si le tourisme ne revient pas à ses niveaux précédents, l’impact du tremblement de terre continuera à se faire sentir lourdement dans les décennies à venir.

Au lendemain du séisme, la place principale de Bhaktapur, jusqu’à récemment remplie de touristes, était encore une ruche d’activité.

Les organisations chinoises ont mis en place un point de distribution d’eau potable. Les médecins norvégiens ont érigé une petite clinique mobile. La société Samsung a installé un « centre de communication », un endroit pour recharger les téléphones, utiliser Internet, et appeler la famille gratuitement.

Des centaines de Népalais erraient autour de la place en état de choc, debout et en regardant les trous dans le ciel aux endroits où s’élevaient les temples.

Une vidéo publiée sur YouTube montre le moment où le séisme secoue la place Durbar, dans le centre de Bhaktapur. Cela ressemble à un mauvais film, avec les tours s’écroulant à terre tandis que les gens en panique se pressent vers le centre de la place.

https://www.youtube.com/watch?v=NtzlMVwxNrk

« Ici, à Bhaktapur, quand nous avons vu que les temples étaient partis, c’était comme la perte d’un enfant », a déclaré un résident, Jagat Sherhosai, 58 ans.

« Je suis née quatre mois après le dernier tremblement de terre [qui datait du 15 janvier 1934] », explique la voisine de Sherhosai, Ratnamaya Suwal, 82 ans.

« Je pompais l’eau quand ce tremblement de terre a frappé, et c’est ce qui a sauvé ma vie [parce que j’étais à l’extérieur] », raconte-t-elle. « Mais mon coeur bat si vite maintenant. Bhaktapur a perdu notre fierté. Et j’ai tellement peur que cela se reproduise. »

Ratnamaya Suwal, 82, est né quatre mois après le dernier tremblement de terre massif à Katmandou. Sa maison a été démolie dans le séisme. (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)
Ratnamaya Suwal, 82 ans, est née quatre mois après le dernier tremblement de terre massif à Katmandou. Sa maison a été démolie dans le séisme. (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

« Le tourisme est l’un des secteurs les plus importants au Népal. En termes de PIB, il représente seulement environ 4 %, mais en termes d’emploi, cela représente au moins un million de personnes », a déclaré le directeur général du Département du Tourisme, Tulasi Prasad Guatam.

La population du Népal s’élève à environ 31 millions d’habitants, dont plus de 70 % de la population active travaille dans l’agriculture. Les millions d’employés du tourisme comprennent les travailleurs saisonniers, comme les porteurs, ainsi que les secteurs connexes comme l’artisanat, les restaurants et les transports.

Le directeur général Département du Tourisme Tulasi Prasad Guatam (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)
Le directeur général du département du Tourisme, Tulasi Prasad Guatam (Crédit : Melanie Lidman /Times of Israel)

L’effort de redressement économique initial portera sur Katmandou, afin d’assurer que les hôtels pour touristes internationaux (les trois étoiles et plus) soient structurellement solides, a expliqué Guatam.

Ensuite, les experts vont vérifier l’état des sites touristiques populaires au sein de la vallée de Katmandou, qui ont connu d’importants dégâts lors du tremblement de terre.

Enfin, ils vont commencer à examiner les sentiers des randonnées populaires et la région Lang Tang pour déterminer comment mieux réhabiliter ces zones.

« Pendant une certaine période de temps, il y aura un impact négatif, en particulier en dehors de Katmandou », a analysé Guatam. « Pour le moment, vous avez des équipes de soutien médical et les organismes d’aide qui séjournent dans des hôtels et qui dépensent de l’argent », a-t-il ajouté.

Le tourisme est une industrie en croissance rapide au Népal. En 2014, le pays himalayen a accueilli 800 000 touristes internationaux, et en 2015, il en attendait 900 000.

« Pour les cinq à six dernières années, nous avons connu une croissance de 11 à 12 % chaque année », a précisé Guatam. Ceci est largement dû à la stabilisation de la situation politique, après la guerre civile qui a duré dix ans et qui a pris fin en 2006.

Une vue de l'un des temples de Bhaktapur avant le séisme du 25 avril. La seule partie restante est maintenant les échelons inférieurs de briques avec les lions, photo ci-dessus (Crédit : Flickr Creative Commons)
L’un des temples de Bhaktapur, avant le séisme du 25 avril. La seule partie restante, ce sont les échelons inférieurs de briques avec les lions, photo ci-dessus. (Crédit : Flickr Creative Commons)

La beauté naturelle du Népal est un moteur important du tourisme. Selon les statistiques du tourisme du gouvernement, 46 % des visiteurs sont allés dans un parc national ou dans une réserve naturelle.

Alors que certains des treks les plus populaires, y compris les randonnées Lang Tang et Everest Base Camp, ont été dévastés par le tremblement de terre, Guatam veut rappeler aux touristes qu’il y a tout un pays à découvrir.

« Ceci est une opportunité pour de nouvelles régions du pays qui sont peu explorées par les touristes », a-t-il suggéré. « L’est et l’extrême ouest du Népal sont tout aussi beaux. Les gens peuvent y aller, même s’ils ne peuvent pas avoir les mêmes hôtels de niveau touristique que dans les zones intermédiaires comme Pokhara » a-t-il ajouté.

En raison de la pluie extrême pendant les saisons de mousson, le tourisme est à son le point le plus élevé entre mars et mai et en octobre-novembre. Les agences de randonnée savent que la saison en cours n’est plus une option et que les répliques continuent de terroriser la région, comme notamment le deuxième séisme du 12 mai.

Mais il y a beaucoup d’espoirs que les touristes aventureux reviennent en automne. «Le Népal est synonyme de tourisme d’aventure », avait affirmé Bachchu N. Shrestha, la directrice de la Fondation Pasang Sherpa Lhamu et de World Expéditions Trekking Company. Pasang Sherpa Lhamu a été la première femme népalaise qui a grimpé au sommet de l’Everest, mais elle est morte dans une avalanche pendant la descente.

Les opérateurs touristiques et de randonnée ont créé une fondation à son nom pour aider les petits entrepreneurs à lancer des entreprises dans le domaine du tourisme dans les régions propice aux randonnées ainsi que pour promouvoir l’autonomisation des femmes.

Bachchu N. Shrestha, le directeur de la Fondation Pasang Sherpa Lhamu etWorld  Expéditions Trekking Company, se tient à côté d'une photo de Pasang Sherpa Lhamu, la première femme népalaise à grimper au sommet de l'Everest (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)
Bachchu N. Shrestha, le directeur de la Fondation Pasang Sherpa Lhamu etWorld Expéditions Trekking Company, se tient à côté d’une photo de Pasang Sherpa Lhamu, la première femme népalaise à grimper au sommet de l’Everest. (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

« Si vous aimez l’aventure, venez à Lang Tang et faites du camping là-bas », conseille Shrestha.

« L’histoire du tourisme népalais est très basique. A l’époque, il fallait tout transporter de Katmandou. Même il y a 15 ans, dans la région de Lang Tang, il y avait un camping avec des tentes et vous deviez tout apporter. »

Avant le tremblement de terre, les petites maisons de thé parsemaient la plupart des itinéraires les plus populaires, de ce fait les randonneurs n’avaient plus à porter leurs tentes ou leur propre nourriture.

Ensuite, il y a aussi ce petit mais croissant segment du « tourisme de catastrophe », qui exploite la curiosité des gens envers la catastrophe pour encourager le tourisme, a expliqué Shrestha.

« Ils ont fait du tourisme de la catastrophe après le tsunami en Asie », a-t-il ajouté. « Le tourisme de catastrophe n’est pas un plan à long terme ; le but est de venir visiter maintenant. Le Népal n’est pas mort. Votre visite ici, vos dépenses peuvent avoir un sens dans la reconstruction de la communauté. Elle servira vraiment à pousser les gens à reprendre leurs affaires. »

Damodar Suwal, un agent du centre d'information touristique sur la square Darbar de Bhaktapur, a dit qu'un petit aspect positif du tremblement de terre est que le pays entier s'est uni derrière Bhaktapur  (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)
Pour Damodar Suwal, un agent du centre d’information touristique sur la square Darbar de Bhaktapur, un petit aspect positif du tremblement de terre est d’unir le pays derrière Bhaktapur. (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

Il sait que les gens sont curieux de voir sur place les effets d’un tel tremblement de terre dévastateur, même si la promotion de ce type de tourisme pose de grandes questions éthiques.

Mais il est difficile d’imaginer comment le tourisme peut réapparaître dans des endroits comme Lang Tang, qui ont été complètement détruits par le tremblement de terre, les glissements de terrain et les avalanches qui ont suivi.

Shrestha suggère de reconstruire rapidement des maisons avec une chambre supplémentaire pour les touristes, qui pourront faire l’expérience d’habiter chez l’habitant plutôt que de profiter de l’hôtellerie traditionnelle. Ce genre de voyage est plus attractif pour les touristes les plus aventureux – qui sont susceptibles d’être les premiers à revenir au Népal.

Il y a aussi de nombreuses randonnées qui n’ont pas été affectées par le tremblement de terre. Le circuit Annapurna, très populaire, est toujours accessible et n’a pas subi beaucoup de dégâts. Shrestha recommande The Great Himalaya Trail, un sentier de marche de 1 700 km qui traverse le pays d’est en ouest. Certaines sections de la piste seront inutilisables, mais l’essentiel de la piste est encore utilisable.

Retour à Bhaktapur. Les magasins rouvrent lentement dans les ruelles, même si la zone était vide de touristes. Certains magasins ont ouvert dans des bâtiments calés à la hâte avec de grandes planches en bois. Les autres commerçants ont essayé de retirer le plus rapidement possible leurs marchandises des bâtiments qui avaient l’air d’être sur le point de s’effondrer.

Sanjay Darshandhari, 20 ans, propriétaire d'un magasin d'artisanat à Bhaktapur (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)
Sanjay Darshandhari, 20 ans, propriétaire d’un magasin d’artisanat à Bhaktapur (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

« J’ai ouvert mon magasin parce que c’était trop silencieux dans ce quartier », explique Sanjay Darshandhari, 20 ans, dont le magasin vend les babioles touristiques habituels, des sacs aux couleurs vives, des aimants et des cartes postales.

« Je voulais aider les gens à se sentir plus détendus. Quand on n’ouvrait pas, cet endroit ressemblait à une ville fantôme. Lorsque nous avons commencé à ouvrir les magasins, c’est psychologique, les choses sont en train de revenir à la normale. » Depuis son ouverture, Darshandhari a accueilli environ un client par jour qui a effectué un achat, ce qui est loin des plus de 100 clients par jour d’avant le séisme.

Les travaux pour reconstruire la région ont déjà débuté. Deux bénévoles de l’UNESCO, munis de casques, ont mappés certains des dommages subis par l’un des temples.

Les bénévoles, Ludovic Dusuzeau et Pierre Gérard Bendele, sont des architectes de Paris qui étaient dans le pays depuis un mois pour un voyage de recherche privé dans le but d’étudier l’architecture ancienne népalaise. Ils ont visité Bhaktapur moins d’une semaine avant le séisme.

Après le tremblement de terre, ils ont réalisé qu’ils avaient des dessins détaillés des bâtiments qui n’existaient plus. Ils ont décidé de prolonger leur voyage de trois mois pour faire du bénévolat avec l’UNESCO. « Il est assez agréable d’être utile en tant qu’architectes », a déclaré Dusuzeau.

« Pour l’UNESCO, les bâtiments et les temples sont importants à préserver ; mais aussi le plan urbain, les rues, les maisons. Tout cela est important du point de vue du patrimoine », a-t-il indiqué.

Ludovic Dusuzeau (à gauche) et Pierre Gérard Bendele ya deux architectes de Paris  (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)
Ludovic Dusuzeau (à gauche) et Pierre Gérard Bendele, deux architectes de Paris (Crédit : Melanie Lidman / Times of Israël)

Damodar Suwal, agent d’information touristique à Durbar Square, a du mal à imaginer à quoi la place reconstruite va ressembler. Pour l’instant, il se concentre sur le déblaiement des décombres sur la place et la protection des artefacts nationaux qui jonchent le sol.

Des dizaines de travailleurs de la municipalité et des résidents viennent tous les jours pour nettoyer la place, même si leur maisons ont été également détruites.

Ils travaillent sur leur maisons le matin et le soir, mais passent la plupart de la journée sur la place, pour aider à transformer les tas de gravats en rangées de briques.

Alors que les débris bloquent toujours les ruelles des quartiers durement touchés de Katmandou, le square Darbar a été déjà partiellement nettoyé et balayé, ce qui met en évidence la fierté que représente le site pour les habitants.

« Le tremblement de terre va nous affecter positivement et négativement », a déclaré Suwal.

« La partie positive est qu’il a permis de faire connaître partout dans le monde qu’il y a un lieu appelé Bhaktapur au Népal et que ce lieu est très beau. L’aspect négatif est que tous les temples et les palais ont été détruits. Il faudra au moins dix ans pour reconstruire. Nous sommes donc revenus dix ans en arrière. Mais le tremblement de terre a également uni tout le peuple du Népal pour Bhaktapur. »

Tandis que les piles soigneusement empilées de gravats s’accumulent et que le pays passe de l’état d’urgence à la phase de reconstruction, la relance de l’économie est une partie essentielle de la reconstruction du pays. Le tourisme est inséparable de la croissance de l’économie népalaise, et c’est une dimension à laquelle la communauté internationale peut contribuer directement.

« Si vous aimez le Népal, venez-ici », a lancé Shrestha.

« Tel est le message que vous devez envoyer au monde. Venez visiter. Nous devons soutenir l’économie locale afin que nous puissions revivre. »

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