Le Népal revit le cauchemar
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Le Népal revit le cauchemar

Les travailleurs humanitaires israéliens décrivent le traumatisme à Katmandou, après le deuxième séisme en 3 semaines

Le personnel d'un hôpital et des passants assistent une résidente qui s'est évanouie pendant le tremblement de terre, à Siliguri Siliguri, le 12 mai 2015. (Crédit : AFP / Diptendu DUTTA)
Le personnel d'un hôpital et des passants assistent une résidente qui s'est évanouie pendant le tremblement de terre, à Siliguri Siliguri, le 12 mai 2015. (Crédit : AFP / Diptendu DUTTA)

Les répliques ont secoué le Népal chaque jour depuis que le violent séisme a dévasté le pays, le 25 avril.

Mais le séisme de mardi, qui a frappé alors que le pays commençait à peine à ramasser les morceaux, était différent des secousses rapides auxquelles le Népal a été habitué – les secousses ont duré plus longtemps, ont indiqué des témoins.

Le tremblement de terre de magnitude 7,3 a dévasté les maisons et détruit des infrastructures.

Il a également rouvert des blessures émotionnelles qui commençaient tout juste à se refermer après le dernier tremblement de terre, tout en prenant de court les groupes d’aide israéliens alors qu’ils se préparaient à réorienter leurs activités de secours vers la réhabilitation.

« Seuls les ‘noyaux durs’ des organisations sont encore là », a déclaré Sam Amiel, le directeur principal du programme à la Joint Distribution Committee, qui a engagé plus de 250 000 dollars au Népal.

IsraAID avait déjà renvoyé une équipe de secours en Israël et a commencé à se concentrer sur la venue de travailleurs sociaux et de thérapeutes.

Le plan à long terme de JDC met l’accent sur le logement, de sorte qu’il fait venir des architectes pour travailler avec la communauté locale et réfléchir à des solutions semi-permanentes avant la mousson, en plus de la prise en charge psychosociale. « Nous passons déjà en phase de récupération », a déclaré Amiel.

L’importance de la prise en charge psychosociale est devenue encore plus évidente pour les gens qui commençaient tout juste à guérir du dernier tremblement de terre et qui maintenant sont retombés dans le même cauchemar une nouvelle fois.

« C’était vraiment effrayant de le voir, les gens ont simplement fui dans toutes les directions », a décrit Gil Reines, le directeur d’une équipe de sept personnes de l’organisation d’aide israélienne Natan qui se concentre sur les soins médicaux et psychosociaux.

« Il y a tellement de peur. Les gens sont traumatisés et personne ne va dormir à l’intérieur. Même à Katmandou, ce n’est pas tout le monde, mais je voyais beaucoup de gens qui montaient leurs tentes dans la rue », a-t-il précisé.

« Mais il y a la peur à chaque petit son, il y a beaucoup de travail à faire pour réhabiliter les personnes et reconstruire la confiance », a ajouté Reines.

Les responsable de l'équipe de sauvetage à la recherche de survivants dans une maison effondrée à Katmandou le 12 mai 2015 (Crédit : AFP / PRAKASH MATHEMA)
Les responsable de l’équipe de sauvetage à la recherche de survivants dans une maison effondrée, à Katmandou, le 12 mai 2015. (Crédit : AFP / PRAKASH MATHEMA)

« C’était exactement comme la première fois », a souligné au téléphone Sœur Taskila Nicholas, une religieuse qui travaille à Katmandou, au Times of Israël. « Ici, aucun bâtiment n’est tombé, mais les bâtiments se sont balancés. J’ai vu sur la route trois filles qui étaient en train de pleurer. Nous ne pouvions pas les consoler, nous n’arrivions pas à les convaincre de s’arrêter de pleurer. »

Dans les trois semaines qui ont suivi le tremblement de terre, les Népalais ont commencé à reconstruire avec précaution le pays dévasté. Dans les villages des montagnes, le son de gravats qui s’empilaient en rangées faisait écho dans les montagnes tandis que les familles déblayaient leurs maisons détruites.

À Katmandou, le séisme a endommagé moins de 20 % des bâtiments, donc la vie a pu reprendre son cours encore plus vite. Reines explique que mardi après-midi, quelques heures après le dernier tremblement de terre, les magasins avaient rouverts et les gens essayaient de reprendre le cours de leur vie. Immédiatement après le tremblement de terre, les téléphones ne fonctionnaient plus. Le service a repris en quelques heures.

Mais Nicolas, la religieuse a déclaré que certaines entreprises ont insisté pour reprendre leur routine alors même que les bâtiments n’étaient pas suffisamment sûrs pour les habitants ou les travailleurs.

« Les bâtiments sont fissurés, mais leurs bureaux veulent qu’ils commencent à travailler », s’insurge-t-elle. « [Après le séisme de mardi] [les travailleurs] ont couru dehors et ils ont dit ‘regardez, ce bâtiment est fissuré ! Notre patron veut que nous travaillions mais ce n’est pas possible !’ »

« Ils ont commencé dans une situation difficile, souvent dans la pauvreté, des villages isolés qui étaient accessibles uniquement avec des 4 × 4 », a déclaré Reines, de l’association Natan.

« Maintenant, ils n’ont nulle part où vivre, ils n’ont rien à manger et ils ont peur. Certains d’entre eux m’ont dit qu’ils ne vont pas planter leurs récoltes cette année. Ils disent : ‘A quoi bon ? La terre veut m’avaler toute façon’. »

Le Beit habad (la maison du mouvement loubavitch) a signalé que 133 touristes israéliens ont trouvé refuge dans son centre (à Katmandou) après le séisme.

Et comme les travailleurs habad l’ont fait il y a près de trois semaines, ils ont une liste mise à jour régulièrement sur les allées et venues des touristes israéliens dans le pays.

« J’étais dans un café avec des amis, en face de la maison habad, et tout à coup il y a eu un tremblement », a déclaré Shay Wagner, 23 ans, un photographe israélien en visite au Népal, après son service militaire.

« Nous nous sommes déjà habitués aux répliques, donc nous avons pensé que ça passerait. Lentement, on s’est rendu compte que ça continuait. Nous avons regardé le bâtiment et vu qu’il bougeait. À ce moment, tout le monde est devenu tendu et a commencé à courir. En quelques minutes, tous les magasins ont fermé et les gens ont marché vers Thamel », a-t-il raconté, en se référant à une zone de Katmandou populaire auprès des touristes.

Le tremblement de terre a jeté le trouble dans la communication alors que les groupes de secours et le gouvernement se démenaient pour déterminer le nombre de victimes.

Le porte-parole du ministère de l’Intérieur du Népal, Laxmi Dhakal, a déclaré que les rapports initiaux suggéraient qu’il y avait des dommages dans les districts de Sindhupalchowk et Dolkha, tous deux situés au nord-est de Katmandou.

« La situation ne me semble pas tellement différente de celle qu’il y avait [avant le tremblement de terre de mardi] », a souligné Yotam Polizer, le directeur Asie d’IsraAID, au Times of Israël par téléphone. « Dans certaines régions où les bâtiments étaient à moitié tombés, maintenant ils se sont tout simplement écroulés en entier… mais il est difficile d’obtenir des informations fiables. »

L’équipe médicale d’IsrAID venait tout juste de rentrer à Katmandou par hélicoptère après avoir passé quatre jours à Gorkha, une région éloignée où, ont-ils précisé, aucune équipe de secours n’avait été jusque-là.

Mardi, l’équipe restera dans les salles d’urgence dans les principaux hôpitaux de Katmandou, et mercredi, il se pourrait qu’ils retournent dans les zones du district de Sindhupalchuk où ils travaillaient la semaine dernière.

Le séisme a frappé alors que le personnel de Tsahal qui tenait l’hôpital de campagne à Katmandou a atterri en Israël.

« J’ai dit à l’ambassadeur népalais, il y a quelques minutes que nous sommes prêts à aider cette fois-ci encore», a déclaré le Premier ministre Benjamin Netanyahu aux soldats et aux réservistes lors d’une cérémonie à leur arrivée en Israël.

Le porte-parole de Tsahal, Peter Lerner, a indiqué qu’il ignorait si l’armée israélienne allait envoyer une autre délégation au Népal suite à ce nouveau séisme.

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