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Yad Vashem va marquer le 80e anniversaire du soulèvement du ghetto de Varsovie

La révolte légendaire dans le ghetto et la résistance juive - physique et spirituelle - sont au cœur des commémorations de Yom HaShoah à Yad Vashem

Carte d'identité des parents de Martin Weil marquée de la lettre "J" pour Juif. (Crédit : Yad Vashem)
Carte d'identité des parents de Martin Weil marquée de la lettre "J" pour Juif. (Crédit : Yad Vashem)

Depuis l’adoption d’une résolution, à la Knesset, établissant une « Journée de commémoration de la Shoah et du soulèvement du ghetto » en 1951, la signification de ce qu’a pu être la résistance face aux nazis s’est élargie à pas de géant.

Comme thématique centrale à l’occasion de Yom HaShoah (la journée israélienne de commémoration du génocide juif), le 18 avril, le Mémorial de Yad Vashem à Jérusalem a choisi « La résistance juive pendant la Shoah : 80e anniversaire depuis le soulèvement du ghetto de Varsovie ». En plus de souligner des exemples où les Juifs ont été amenés à prendre les armes, une attention particulière est accordée aux moyens utilisés par les Juifs pour résister à l’oppresseur à un niveau spirituel.

« La résistance n’a pas été exclusivement physique et la résistance spirituelle s’est avérée être encore plus répandue que le combat physique parce que tout le monde pouvait la pratiquer, indépendamment des circonstances et des ressources de tout un chacun », a expliqué Simmy Allen, porte-parole de Yad Vashem.

Allen a déclaré au Times of Israel que « résister aux nazis, c’était aussi sauvegarder son humanité individuelle ».

Pendant le soulèvement du ghetto de Varsovie, plusieurs combattants juifs, peu armés, avaient réussi à repousser les unités allemandes des SS pendant plus d’un mois. Des milliers de Juifs s’étaient cachés dans des bunkers jusqu’à ce que les nazis ordonnent d’incendier le ghetto, bâtiment par bâtiment, faisant des milliers de morts.

« La volonté de résister s’était propagée chez des milliers d’hommes, de femmes, de personnes âgées et d’enfants – une volonté qui avait pris le dessus sur la peur de la mort, sur l’anxiété ressentie et sur les difficultés », avait écrit Hersh Wasser, membre du groupe clandestin « Oneg Shabbat » au sein du ghetto de Varsovie.

Les Juifs du ghetto de Varsovie lors du soulèvement qui a eu lieu aux mois d’avril et de mai 1943. (Crédit : Domaine public)

« Les masses avaient compris qu’en résistant à la reddition, ils luttaient contre l’ennemi de manière unique en entravant ses desseins de destruction », avait écrit Wasser. Les Allemands avaient été forcés de conquérir chaque refuge, chaque bunker, avec toute la force des armes.

« J’étais sur un petit nuage »

Pour aider les visiteurs à découvrir toutes les facettes de la résistance, Yad Vashem a créé une exposition au sein de l’Institution – également accessible en ligne – sur l’art en tant qu’acte de résistance pendant la Shoah.

« Tous ceux qui étaient parvenus à aider d’autres Juifs pendant la Shoah, en partageant leurs maigres rations alimentaires, en aidant ceux qui ne pouvaient pas avoir leurs quotas de travail quotidien ou en créant de l’art pendant une période qui a été atroce, ont résisté à leur manière et n’ont pas abandonné, » a expliqué Allen.

Une carte d’anniversaire faite à Auschwitz-Birkenau pour le détenu David Goldstein, au mois de janvier 1945. (Crédit : Yad Vashem)

En ligne, l’exposition « Personal Milestones during the Holocaust » (« Événements personnels marquants pendant la Shoah ») de Yad Vashem montre comment les Juifs observaient les traditions religieuses et s’honoraient les uns les autres, par exemple lors d’une bar mitzvah à Terezin ou d’un mariage « étoile jaune » à Amsterdam.

Sur la couverture d’une carte d’anniversaire illustrée en couleurs et réalisée par des prisonniers d’Auschwitz, trois détenus en uniforme rayé se tiennent debout en riant. La carte illustre des scènes joyeuses de la vie du destinataire, notamment son travail de tailleur, ainsi que des scènes sinistres des camps de concentration allemands.

Selon Yad Vashem, cette somptueuse carte a été réalisée pour le prisonnier David Goldstein au cours de la première semaine de l’année 1945, peu de temps avant que la plupart des détenus d’Auschwitz-Birkenau ne soient contraints de participer aux « Marches de la mort ».

Carte d’identité des parents de Martin Weil marquée de la lettre « J » pour Juif. (Crédit : Yad Vashem)

Une autre série de documents « Personal Milestone » concerne le survivant Martin Weil, né en Allemagne, et plus particulièrement sa bar mitzvah en 1936, sous la menace du régime nazi. Trois ans plus tard, en 1939, Weil a insisté auprès de ses parents pour qu’ils le laissent partir en Angleterre dans le cadre d’une mission de sauvetage du Kindertransport, ce qui lui a finalement sauvé la vie.

Parmi les objets liés à l’histoire de Weil figurent son discours original de bar mitzvah et un télégramme envoyé à Weil en Angleterre par ses parents en Allemagne. Quelques semaines après avoir écrit ce télégramme, les parents et les frères et sœurs de Weil ont été assassinés à Auschwitz-Birkenau.

« J’avais seize ans, j’étais enthousiaste et déterminé à partir », dira Weil plus tard. « Le moment était venu… Au moment où j’ai embarqué sur le bateau du Kindertransport à Hambourg, je marchais sur l’air. J’étais sûr que les autres me suivraient », avait déclaré Weil, qui a été hanté jusqu’à la fin de sa vie par le fait d’avoir quitté sa famille en Allemagne.

Y avait-il une chance d’être sauvé ?

La résistance armée contre les Allemands s’est manifestée de la manière la plus spectaculaire à Varsovie, mais les Juifs ont riposté par les armes dans des dizaines d’autres ghettos, ainsi qu’à l’intérieur des camps de la mort nazis.

Abba Kovner, au dernier rang au centre, avec des membres de la Fareynikte Partizaner Organizatsye (FPO –  Organisation des partisans unis) à Vilnius, dans les années 1940. (Crédit : La Bibliothèque nationale d’Israël)

Par exemple, les camps de la mort allemands « à l’épreuve des évasions » de Sobibor et Treblinka ont tous deux été libérés et incendiés par des prisonniers juifs quelques mois après le soulèvement du ghetto de Varsovie. Les deux révoltes des camps de la mort n’étaient pas liées l’une à l’autre d’un point de vue logistique, mais dans chaque cas, certains prisonniers se sont échappés et ont survécu au reste de la guerre.

Fin 1941, avant que Sobibor et Treblinka ne deviennent opérationnels, Abba Kovner, pionnier de la résistance juive, a rencontré les dirigeants de la communauté dans le ghetto de Vilnius, en Lituanie. Les remarques de Kovner ont profondément troublé ses auditeurs, mais ses paroles se sont révélées prophétiques : « Y a-t-il une chance d’être sauvé ? Nous devons donner la vraie réponse, aussi cruelle soit-elle. Non, il n’y aura pas de sauvetage », a déclaré Kovner, qui a exhorté les dirigeants du ghetto à envisager une résistance armée face au plan allemand visant à assassiner tous les Juifs d’Europe.

À LIRE : Soldates, espionnes… Ces femmes juives qui ont défié les nazis en Pologne

Le Gaon de Vilna peint sur un mur à proximité de l’ancien ghetto juif de Vilnius, au mois de juillet 2019. (Crédit : Raphael Ahren/Times of Israel)

« Notre réponse doit être encore plus claire – il est peut-être possible que des dizaines ou des centaines de Juifs soient sauvés. Mais pour l’ensemble de notre peuple, les millions de Juifs de la zone d’occupation allemande, il n’y a aucune chance », a déclaré Kovner, qui a activé des messagers – principalement des femmes – pour transmettre son message de résistance à d’autres ghettos.

Que ce soit par la lutte armée ou par la résistance spirituelle, des milliers de Juifs pris au piège de la machine génocidaire allemande se sont montrés prêts à risquer leur vie pour préserver l’honneur juif. Certains d’entre eux ont pris les armes contre les nazis, d’autres ont utilisé la plume et le papier (et des appareils photo) pour enregistrer la destruction du judaïsme européen.

« Les femmes travaillaient sans relâche, pétrissant la pâte, préparant des miches de pain et des nouilles », écrit le diariste Mordekhaï Lanski à propos de la vie dans le ghetto de Varsovie avant le soulèvement.

Hannah Fryshdorf, combattante de la révolte du ghetto de Varsovie, dans les ruines du ghetto, en 1945. (Crédit : Domaine public)

« Tandis qu’ils travaillaient, transportant la pâte vers les boulangeries, leurs visages portaient une expression de tension exaltée et d’anxiété presque religieuse ; ils se préparaient à ce qui allait arriver », écrit Lanski.

« Personne n’envisageait d’aller à Treblinka de son plein gré. Ces gens, survivants de déportations antérieures, préparaient maintenant tout ce qu’il fallait pour survivre dans la clandestinité pendant des mois. »

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