Lorsque les brochures de l’armée israélienne ont commencé à tomber du ciel samedi soir, pour avertir les résidents de Beit Lahiya dans le nord de la bande de Gaza de quitter leurs maisons et de migrer vers le sud de la ville de Gaza, Farid Abusada, lui, a décidé de rester sur place.

« On n’est nulle part en sécurité dans la bande de Gaza ; les avions sionistes bombardent partout ; maisons, écoles, hôpitaux .. il n’y a aucun endroit calme », déclare ce planteur d’agrumes de 45 ans au Times of Israel au cours d’une conversation téléphonique. « Nous n’avons rien à perdre ».

La plupart des habitants de Beit Lahiya, une ville de plus de 100 000 habitants qui dépend principalement de l’agriculture, ont choisi de rester dans leurs maisons malgré l’avertissement de l’armée israélienne, a-t-il affirmé. Les rares qui sont partis étaient des agriculteurs de zones périphériques qui craignaient que les véhicules de secours ne soient pas en mesure d’atteindre leurs maisons en cas d’urgence.

Le ministère de l’Intérieur du Hamas a, pour sa part, exhorté les habitants du nord de la bande de Gaza à rester dans leurs maisons dimanche, qualifiant les avertissements israéliens de « guerre psychologique censée semer la confusion et la panique dans l’esprit des gens ».

Mais selon Chris Gunness, porte-parole de l’UNRWA [une agence humanitaire des Nations unies destinée aux réfugiés palestiniens] qui a placé ses écoles à Gaza à la disposition des habitants de Beit Lahiya, quelque 17 000 Palestiniens ont jusqu’ici été reçus dans vingt centres de l’UNRWA. Au cours de l’opération « Plomb durci » en 2008-2009, le nombre de Palestiniens en fuite avait atteint 50 000 personnes, a-t-il remarqué.

Même en félicitant le Hamas de « renforcer le front intérieur et la détermination du peuple palestinien » à Gaza, la décision d’Abusada de rester à la maison avec sa femme et ses cinq garçons est davantage liée à un sentiment général de fatalisme et d’impuissance que de coercition, ou de crainte de la punition. « Les gens choisissent de rester à la maison plutôt que de supporter l’humiliation d’une deuxième Nakba », affirme-t-il.

« Je vis dans une région agricole ouverte, donc je n’ai aucune raison de partir. Jusqu’à présent, personne du Hamas n’est venu me dire de ne pas partir », a déclaré Abusada. « Même si vous me dites ‘quittez votre maison’… où pourrais-je aller ? Je n’ai même pas l’argent pour qu’un taxi me conduise. Tout le monde a peur, mais notre manque de moyens nous empêche de sortir ».

« Les gens s’imaginent que tous les endroits de Gaza sont sujets à des bombardements, de sorte que leurs maisons restent les endroits les plus sûrs », a-t-il ajouté. « Même ceux qui ont fui à l’UNRWA [dans les écoles] ont été bombardés à plusieurs reprises ».

Gunness, le porte-parole de l’UNRWA, a tweeté lundi que 47 locaux de l’Office, y compris les écoles, les cliniques et les entrepôts « ont été endommagées par les raids aériens ». L’armée israélienne n’a pas répondu à la demande du Times of Israel pour des précisions au moment de la publication, mais un tweet du porte-parole de l’armée a fait savoir lundi soir que le Hamas avait organisé des réunions et réuni des stocks d’armes en face d’un centre médical de l’UNRWA, d’une école et d’immeubles résidentiels.

Lorsque les frappes aériennes ont lieu près du domicile de Abusada (surtout la nuit, dit-il, pas pendant la journée), il rassemble sa famille dans un espace intérieur, avertissant les enfants de rester à l’écart des fenêtres. « Alors, tout ce que Dieu a décidé aura
lieu ».

Mais en réalité, tous les territoires de la bande de Gaza ne sont pas sous la menace directe. Mkhaimar Abusada, un professeur de sciences politiques à l’université Al-Azhar de Gaza qui est aussi un cousin de Farid, a déclaré que tout son quartier dans l’ouest de la ville de Gaza, près de la plage, est resté largement intact, son appartement est trop petit pour accueillir sa famille élargie de Beit Lahiya.

« Les gens choisissent de rester à la maison plutôt que de supporter l’humiliation d’une seconde Nakba » a déclaré Abusada au Times of Israel, se référant à la guerre de 1948 qui a causé la fuite de milliers de Palestiniens – dont aujourd’hui les descendants constituent la grande majorité des habitants de la bande – hors de Gaza en tant que réfugiés.

Il n’y a pas actuellement de pénurie alimentaire dans la bande de Gaza, a noté Abusada, mais beaucoup de gens n’ont pas l’argent pour acheter. Les salaires de l’Autorité palestinienne ont été déposés dans les comptes bancaires de quelque 60 000 fonctionnaires le 7 juillet, la veille du début de l’opération « Bordure protectrice », et beaucoup n’ont pas pu retirer de l’argent avant que les frappes aériennes aient commencé.

Maintenant, tous les distributeurs automatiques de billets ne sont pas fonctionnels, dit-il, ce qui résulte à la fois de l’état d’urgence et d’une décision du Hamas de punir l’Autorité palestinienne pour avoir refusé de payer les salaires des 40 000 fonctionnaires employés par le Hamas, et ce après sept ans de luttes politiques.