Un projet de loi cherchant à interdire aux militants du mouvement de boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) d’entrer en Israël a été voté lundi en commission à la Knesset.

La proposition, qui a reçu le soutien du gouvernement, interdira l’entrée du pays aux individus qui appellent au boycott d’Israël ou représentent une ONG qui y appelle, mais autorisera le ministre de l’Intérieur à faire des exceptions.

La commission des Affaires internes de la Knesset a voté le projet de loi par huit voix contre cinq après un débat plutôt modéré, interrompu par le député de la Liste arabe unie Jamal Zahalka qui a été expulsé pour avoir crié pendant la discussion.

Cette crise, une manifestation contre l’absence d’une clause désignant spécifiquement que des juifs pouvaient militer pour le BDS, semblait être une tentative de faire les gros titres, juste au moment où les caméras de télévision sont entrées dans la salle de la commission.

Pendant la session de la commission, la députée du Meretz Michal Rozin a déclaré que la loi est « totalement inutile » et vaudrait, comme d’autres mesures votées contre les ONG de gauche, des critiques sévères à l’encontre d’Israël depuis l’étranger.

La députée du Meretz Michal Rozin lors s'une session d'une commission de la Knesset, le 14 sécembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

La députée du Meretz Michal Rozin lors s’une session d’une commission de la Knesset, le 14 sécembre 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Le ministre de l’Intérieur peut déjà empêcher les associations anti-Israël d’entrer dans le pays. Tout ce que fait cette loi, c’est supprimer sa capacité à faire des choix raisonnés, a-t-elle déclaré. Elle ne fait rien de productif et nous donne une mauvaise image. »

Dans le cadre de la loi actuelle, le ministre de l’Intérieur a déjà le droit d’interdire à des individus d’entrer en Israël. Le projet de loi entraînerait la création d’une liste d’individus et d’organisations jugés anti-Israël et donnerait au ministre la possibilité de faire des exceptions en autorisant certains des individus figurant sur la liste à entrer dans le pays.

Bezalel Smotrich, député provocateur du parti HaBayit HaYehudi connu pour ses déclarations controversées contre les politiques de gauche et les Arabes, a répliqué à la critique, déclarant que « c’est une honte que vous [les députés de l’opposition] soyez toujours du côté des ennemis d’Israël. »

Le projet de loi a été proposé par l’ancien député de HaBayit HaYehudi Yinon Magal, et soutenu par la commission des Lois à condition que les députés attendent qu’un projet de loi sur le même sujet soit soumis par le gouvernement. Magal ayant quitté la Knesset après des accusations de harcèlement sexuel, Smotrich, qui avait également soutenu le projet de loi, l’a remplacé pour le faire voter.

Le projet de loi sera maintenant présenté au vote en première lecture à la plénière de la Knesset, où il devrait être accepté, avant de revenir en commission pour d’autres délibérations.

Le projet de loi suit le récent vote de la loi dite « ONG », perçue comme ciblant les associations israéliennes de gauche en en obligeant certaines à déclarer tous leurs financements venus de l’étranger.

Des militants de La paix maintenant manifestent contre la loi sur les ONG, proposée par la ministre de la Justice Ayelet Shaked, devant sa résidence à Tel Aviv, le 26 décembre 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Des militants de La paix maintenant manifestent contre la loi sur les ONG, proposée par la ministre de la Justice Ayelet Shaked, devant sa résidence à Tel Aviv, le 26 décembre 2015. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

La loi, votée en juin par la Knesset, demande aux ONG, qui reçoivent plus de la moitié de leurs financements de gouvernements étrangers ou d’agences d’autres états de préciser ce fait dans tous leurs rapports publics, documents de soutien et interaction avec des responsables gouvernementaux, ou de payer une amende de 29 000 shekels (6 900 euros).

Le gouvernement a défendu cette loi, qui est pour lui un moyen pour augmenter la transparence des interventions des gouvernements étrangers dans les affaires israéliennes, mais a été cloué au pilori par ses détracteurs en Israël et à l’étranger, qui la voient comme un moyen de cibler les associations de gauche et de réduire la liberté d’expression.

Les partisans de la loi, dont l’un de ses auteurs, la ministre de la Justice Aylet Shaked, ont déclaré qu’elle avait pour but d’informer le public sur l’intervention gouvernementale étrangère à grande échelle dans les politiques intérieures israéliennes. Les auteurs de la loi affirment que ces associations financées par des gouvernements étrangers « représentent en Israël, de manière non transparente, les intérêts extérieurs d’états étrangers. »