« Les premières actions pour la reconnaissance des diplômes ont débuté en 2003. Elles étaient à l’époque cantonnées aux problèmes d’intégration que connaissaient d’anciens élèves d’écoles d’ingénieurs », explique Alain Zeitoun, secrétaire général de l’association AAEGE-Israël.

L’AAEGE-Israël est l’Association des anciens et élèves de grandes écoles et universités en Israël. Forte de plus de 10 ans d’expérience et animée par ses dizaines de bénévoles. Elle a mis en place – en plus des actions qu’elle mène pour la reconnaissance des diplômes et l’accès au marché israélien des professions réglementées – des groupes d’entraide pour les anciens des grandes écoles et des universités.

Ces groupes sont organisés par écoles, universités, professions et domaines d’activités et fonctionnent sous forme de mailings listes internes. Ainsi toute personne qui s’inscrit peut bénéficier des conseils et de l’aide d’un des groupes d’entraide.

L’inscription à l’AAEGE est gratuite, que ce soit avant ou après avoir effectué son alyah. L’association revendique deux tiers de membres en Israël et un tiers en France qui sont régulièrement invités aux nombreuses activités et conférences proposées.

Alors qu’aujourd’hui l’AAEGE a une approche globale des problématiques, elle a vu ses actions se développer diplôme par diplôme mais toujours dans le cadre d’un fonctionnement collectif où les anciens aidaient les nouveaux qui arrivaient.

Le groupe s’est élargi aux élèves d’écoles de commerce, puis aux médecins, aux professions de santé, au fur et à mesure que des obstacles nouveaux étaient identifiés.

Mais au-delà des procédures administratives israéliennes qui rendent difficile une bonne intégration pour les francophones, ce sont les interlocuteurs israéliens, qui ignoraient tout des diplômes français, qu’il a fallu familiariser à ce système.

« Les notions de grandes écoles ou de classes préparatoires n’étaient absolument pas comprises, pas plus que le système de notation sur 20″, indique Rony Sarfati, membre actif de l’AAEGE Israël.

Multiplication des interlocuteurs

Cette phase de transfert de connaissances et de vulgarisation du système éducatif et professionnel français a été mené par l’AAEGE et le collectif franco-israélien auprès des autorités israéliennes compétentes : le ministère de l’Alyah et de l’Intégration ainsi que les ministères de l’Economie et de l’Industrie, de la Santé, et de l’Education.

Si l’AAEGE Israël et le collectif franco-israélien travaillent exclusivement sur les diplômes francophones – permettant une véritable connaissance des spécificités françaises – d’autres associations sont impliquées, comme par exemple l’Association des olims – émanation du ministère de l’Intégration.

D’autres entités ont, elles, un champ d’action spécialisé. Ainsi l’EFI se concentre sur les problématiques que connaissent les dentistes alors qu’Opti-sion s’occupe de la reconnaissance des BTS d’optique.

Au niveau politique, un lobby francophone a même été créé à la Knesset. Son action a pour l’instant été centrée sur l’organisation de réunions qui ont permis l’identification des blocages.

De façon concrète, un candidat français à l’Alyah rencontrera deux types d’obstacles.

D’abord, la reconnaissance des diplômes par le ministère de l’Education dont l’objectif est de certifier le niveau académique (exemple : Licence, Master ou Doctorat).

Cette certification est très importante pour la grille salariale, pour travailler dans le secteur public ou parapublic ou pour poursuivre ses études en Israël. Des diplômes propres au système français comme les BTS ou les DUT entraîneront des difficultés supplémentaires.

Ensuite, la reconnaissance des diplômes pour les professions réglementées, obligatoire pour obtenir un permis de travail. Cette reconnaissance est donnée par le ministère de tutelle de la profession et/ou par l’ordre professionnel qui régit la profession.

Cette reconnaissance professionnelle est obtenue indépendamment de celle du ministère de l’Education. Ces métiers concernent les secteurs du paramédical, les avocats, les médecins, psychologues, architectes, dentistes, pharmaciens…

Face à cette double problématique, le nombre de personnes concernées reste difficilement quantifiable.

Si, par exemple, une vingtaine de français du secteur paramédical ont pris l’attache de l’AAEGE en réponse à une législation qui leur a vu perdre leur emploi en 2008, combien ont décidé de rester en France face à un système qui les prive d’exercer leur métier ?

Or, malgré ces difficultés d’appréciation, les ministères concernés reprochent systématiquement le manque de chiffres apportés par les associations.

Mise en place d’une commission interministérielle

Le gouvernement israélien avait nommé en juin 2014 une commission interministérielle dirigée par le directeur général du ministère de l’Aliyah et de l’Intégration, Oded Forer.

La commission a été instituée pour évaluer les blocages à l’intégration et proposer des plans d’action.

Dans ses conclusions, elle a souligné la nécessité d’un meilleur accès à l’information et d’une simplification des procédures.

Les informations seront désormais diffusées en français sur plusieurs sites des ministères, mais pas encore sur tous les sites.

Pour les dentistes, une proposition a été faite de modifier le cadre législatif en accord avec le ministère de la Santé. Mais cette proposition n’est encore qu’à l’état de projet et le législateur doit maintenant s’emparer du dossier.

En janvier, pour les professions sous la tutelle du ministère de l’Economie et de l’Industrie (architectes, ingénieurs et techniciens), une traduction en plusieurs langues des directives pour l’équivalence des diplômes a été réalisée.

Panorama de la situation métier par métier

La situation des ingénieurs est paradoxale. la grande majorité des ingénieurs francophones qui travaillent en Israël n’ont jamais fait reconnaître leur diplôme en raison de la lourdeur des procédures et parce que la non-reconnaissance d’un diplôme n’est pas gênante pour travailler dans le privé.

Par contre, prétendre à un emploi dans le secteur public ou parapublic, se heurte à la nécessité d’une reconnaissance du diplôme.

« Dans cette hypothèse, la procédure est un parcours du combattant, un véritable enfer, ce à quoi s’ajoutent les coûts de traduction et de certification », alerte Rony Sarfati.

Pour les médecins, la situation est relativement bonne en ce sens que les Français ont obtenu l’exemption concernant l’examen – à la différence d’autres pays.

Pour les spécialisations, les médecins doivent en revanche effectuer des stages complémentaires en Israël. Ces stages sont directement gérés par l’ordre des médecins (IMA) et non par le ministère.

Dans ce cadre, l’AAEGE Israël a obtenu de l’IMA que les médecins français reçoivent un avis de l’ordre des médecins avant toute procédure d’alyah.

Cet avis à distance facilite ainsi la décision d’immigrer en Israël et peut permettre également à certains praticiens de compléter leur expérience ou leur formation en France avant d’immigrer.

L’AAEGE Israel travaille à l’organisation d’une délégation de l’ordre des médecins israéliens et du ministère de la Santé en Israël qui effectuera une mission en France afin de poursuivre les réformes facilitant l’installation des médecins français dans l’Etat hébreu.

Concernant les dentistes et les pharmaciens, la situation demeure complexe.

Un examen théorique est nécessaire pour l’exercice des deux professions, et un examen pratique est également requis pour les seuls dentistes. Cette procédure laisse apparaître parfois des incohérences, remarque Alain Zeitoun. « Il sera difficile pour un candidat français de connaître par exemple la teneur en fluor de l’eau de Jérusalem. Mais aujourd’hui, un questionnaire adapté pour les Français a été mis en place. »

Cet ajustement n’enlève cependant en rien la problématique qu’impose à un professionnel l’obligation de repasser des examens théoriques, après de nombreuses années d’exercices.

Pour favoriser les chances de réussite, le ministère de la Santé a mis en place une préparation au concours. Mais si l’examen peut se passer en français et en France, la préparation doit avoir lieu en Israël, source de contraintes exceptionnelles pour un praticien exerçant en France, une incohérence que n’a pas manqué de soulever l’AAEGE.

« Il est difficile pour prétendre à l’exercice de son métier en Israël, de devoir fermer son cabinet durant deux mois afin de suivre une formation en Israël, payer 3 500 euro et passer ensuite un examen en France », explique Alain Zeitoun.

Avant 2008, travailler dans le secteur paramédical en Israël se faisait de façon automatique.

Face à cette situation, le législateur israélien a adopté une loi dont l’objectif était la protection des patients israéliens face à certains abus mais qui a eu pour conséquence le licenciement de nombreux francophones qui ne disposaient pas des autorisations requises.

Les professions paramédicales prisonnières d’un vide juridique qui les a mises au chômage depuis 2009 espèrent aujourd’hui une solution et le droit de passer un examen d’équivalence (comme leurs collègues du reste du monde) grâce au projet du député Shimon Ohayon visant à corriger la loi. Ce projet de loi a été accepté en Conseil des Ministres en 2014.

Le pédiatre Gérard Korchia, le directeur du ministère de l'Intégration Oded Forer, le député Shimon Ohayon, le Professeur Marc Mimouni et La cardiologue Laureen Cohen (Crédit : autorisation de l'AAEGE)

Le pédiatre Gérard Korchia, le directeur du ministère de l’Intégration Oded Forer, le député Shimon Ohayon, le Professeur Marc Mimouni et la cardiologue Laureen Cohen (Crédit : autorisation de l’AAEGE)

Pour les professions juridiques, il est nécessaire dans la plupart des cas de passer l’examen du barreau, à moins d’exercer dans un domaine juridique qui ne nécessite pas la maîtrise du droit israélien. Mais dans ce cas, le juriste ne pourra pas signer de documents officiels.

La France a sa part de responsabilité dans les blocages

Concernant la reconnaissance des diplômes, il arrive que les solutions soient en France, en particulier les professions nécessitant une reconnaissance du ministère de l’Education.

En prenant l’exemple d’un ingénieur, une reconnaissance du diplôme français nécessite que la France délivre un document standardisé : l’annexe descriptive aux diplômes. Or, ce document, sorte de « permis de conduire international des diplômes » est délivré par l’ensemble des pays à l’exception de la France.

Les universités françaises n’ont pas de système d’informations permettant d’extraire des archives les notes d’étudiants antérieures à 2010.

Pour mettre fin à 10 ans de blocage, l’AAEGE Israël a entamé des discussions avec la Conférence des grandes écoles ainsi que la Conférence des universités.

L’objectif est de trouver un moyen de délivrer une version simplifiée du document incluant les notes semestrielles des étudiants. Une visite d’un certain nombre de présidents d’universités françaises en Israël sera organisée dans les prochains mois par l’AAEGE Israël, la CPU et l’ambassade de France en Israël.

Multiplication des effets d’annonce

A l’heure actuelle les blocages ainsi que leurs solutions ont été identifiées. Face à la multiplication des effets d’annonce, qui vont tous dans le même sens et sont tous positifs, les associations sont dans l’attente de la mise en place des actions promises.

La presse francophone reprend régulièrement les déclarations de tels parlementaires ou ministres se disant favorables à la fin des blocages de procédures.

Ces annonces sont bien souvent prématurées et Alain Zeitoun explique recevoir des dizaines de courriers de Français pensant à tort que les problèmes ont été résolus, ce qui crée une grande confusion, porteuse de faux espoirs, générateurs de déceptions voire de situations douloureuses.

Ainsi, récemment, Natan Sharansky, président de l’Agence juive en Israël, déclarait « qu’alors que le nombre de nouveaux immigrants va atteindre de nouveaux sommets, il est essentiel d’éliminer les obstacles bureaucratiques qui entravent leur intégration professionnelle. La reconnaissance des diplômes professionnels et des diplômes universitaires par les autorités israéliennes permettra aux nouveaux immigrants de commencer à exercer leur profession, et c’est une amélioration essentielle qui fournira à l’alyah un nouvel élan. »

Netanyahu qualifiait, en novembre 2014, devant une assemblée de francophones de
« totalement absurde le fait qu’un excellent chirurgien dans le meilleur hôpital de Paris, un lieu où l’on exige les standards les plus élevés, ne puisse pas exercer en Israël. Pourquoi ne pas tout simplement vous faciliter le passage d’un pays à l’autre, notamment pour les détenteurs de diplômes qui peuvent tant apporter à l’Etat d’Israël, à son économie, sa société, sa sécurité ? » s’était demandé Netanyahu.

Il avait, lors de cette réunion, confirmé la décision du conseil des ministres qui veut que d’ici le 1er janvier 2015 les ministères concernés aient préparé un plan détaillé d’allègement des procédures et de suppression d’obstacles bureaucratiques.

L’AAEGE se félicite aujourd’hui de la mise à disposition de multiples sources d’information en français sur les procédures de reconnaissance des diplômes : information en ligne (parfois des documents PDF à télécharger) ou sous forme de brochures imprimées.

Cependant, aucun changement au niveau des procédures n’est à ce jour à déclarer. « Beaucoup d’annonces mais rien encore de concret », résume Rony Sarfati.

L’équivalence des diplômes entraîne des risques juridiques

Car malgré l’optimisme et la bonne volonté de Benjamin Netanyahu, soucieux de faciliter la venue « massive » des Juifs de France, le travail législatif passe par l’action coordonnée avec les conseillers juridiques des ministères.

Si une modification législative ne porterait que sur les diplômés et les professionnels français, les obstacles auraient été supprimés depuis longtemps.

La France véhicule une image d’excellence tant au niveau de ses diplômes qu’au niveau des institutions qui encadrent ses professions réglementées.

Or, les différents ministères israéliens craignent l’effet de levier qu’entraîneraient des modifications législatives permettant de façon automatique à un médecin, pharmacien, architecte français d’exercer en Israël.

D’autres pays, dont les diplômes n’inspirent pas la même confiance pourraient alors s’engager dans la brèche ouverte pour les Français.

D’après Alain Zeitoun, l’argument qui est opposé est habituellement celui-ci : « Si demain, une loi est modifiée et qu’à cause de cela un médecin étranger non compétent, provoque le décès d’un de ses patients, la question de la responsabilité pénale du ministère de la Santé israélien peut se poser. »

Pour faire face à ces enjeux juridiques, l’AAEGE-Israël multiplie les actions de lobbying en faisant appel à des avocats et des parlementaires.

Un protectionnisme source de blocages ?

Face à une situation où la plupart des acteurs semblent favorables à une meilleure équivalence des diplômes et à un accès au marché du travail israélien facilité pour les professions réglementées, la question du protectionnisme se pose également.

Rony Sarfati affirme que les Israéliens sont très ouverts et parfaitement conscients des compétences françaises.

L’Ordre des médecins israéliens, par exemple, traite de la même façon les immigrants français et les Israéliens qui étudient à l’étranger : ceux-ci devront même s’acquitter du passage d’un examen à la différence des nouveaux immigrants français.

Néanmoins, les commissions de l’Ordre des médecins n’ont-t-elles pas une influence visant à protéger des professions lucratives ? Cette interrogation qui a été soulevée par des nouveaux immigrants ne trouve pas de réponse directe.

Il est cependant utile de remarquer que bien que de nombreux médecins français soient disponibles, Israël a régulièrement permis à des médecins étrangers de venir exercer une activité médicale peu spécialisée via une autorisation temporaire.

Pour une mise à jour sur la situation générale des diplômes francais en Israel, cliquer sur ce lien.