La réalisatrice israélienne récompensée Hilla Medalia est habituée que ses films provoquent des discussions et des débats mouvementés, mais n’avait jamais fait l’expérience de ce qui s’est passé à la projection de son film « Dancing in Jaffa » le 6 octobre à Carpentras, dans le cadre du Festival du film israélien.

Au moment même où Medalia et le Consul général d’Israël à Marseille, Barnea Hassid, avaient terminé leur discours d’introduction, une vingtaine de personnes du public se sont levées et ont commencé à crier des slogans anti-Israël. Ils ont ensuite lancé des bombes puantes.

« La police a dû les évacuer par la force », a déclaré Medalia au Times of Israël à son retour en Israël le 8 octobre.

La projection du film racontant le projet de coexistence des deux peuples mené à bien par Pierre Dulaine, quatre fois champion du monde de danse salon, revenant dans sa ville natale de Jaffa pour rassembler des enfants juifs et palestiniens par la danse, a été déplacée vers une autre salle du cinéma.

Entre temps, les manifestants, rejoints par environ 80 personnes supplémentaires, ont continué à lancer des slogans injurieux à l’encontre d’Israël à l’extérieur du cinéma. Puisque la rue a été bloquée pour des mesures de sécurité, les manifestants ont dû se tenir à une certaine distance du bâtiment où se déroulait le Festival.

« Nous avons interrompu la projection pour dénoncer la présence du consul qui représente un Etat criminel ayant massacré 2 500 personnes en 51 jours », a déclaré un membre de Vaucluse-Palestine (Association Solidarité France Palestine) à l’AFP, en référence à l’opération Bordure protectrice menée par Israël contre le groupe terroriste du Hamas à Gaza entre juillet et août.

Abdel Zahiri, un porte-parole de l’organisation, a accusé Hassid de ne pas vouloir engager le dialogue.

Medalia est restée dehors pour voir comment se déroulait la manifestation qui a duré une heure environ.

« La police m’a dit qu’ils avaient les mains liées et qu’ils ne pouvaient rien faire, même si les manifestants n’avaient pas d’autorisation ».

Inquiète pour sa sécurité personnelle, Medalia a été escortée par la police jusqu’à son hôtel.

« C’était très frustrant pour moi, particulièrement parce que le film traite de la compréhension et du respect de l’autre. C’est un film qui donne l’espoir – qu’à travers l’éducation et l’art, on peut faire changer les choses », a déclaré la réalisatrice.

« Je suis contre toute forme de violence, que ce soit celle de l’armée ou celle de manifestants à la projection du film », a-t-elle ajouté.

Medalia a déclaré qu’elle avait pris le micro dès que les manifestants ont commencé à interrompre l’événement. Elle leur a demandé de rester voir le film et d’engager le dialogue, mais sa demande n’a pas été entendue.

« Il y avait aussi un homme dans le public qui s’est dit de Gaza et a affirmé avoir perdu 10 membres de sa famille pendant la guerre de cet été. Il a lancé aux manifestants que ce n’était pas la bonne manière », explique-t-elle.

Malgré le choc éprouvé de voir la projection de son film interrompue de la sorte, Medalia a déclaré qu’elle ne laisserait pas les manifestants l’empêcher de continuer à faire des films sur le conflit israélo-palestinien.

Des événements récents ont cependant montré de près la difficile réalité à la réalisatrice. Elle a déclaré qu’une triste leçon pouvait être tirée de la manifestation, comme le montre l’exemple de la journaliste d’Haaretz sur les affaires palestiniennes, à qui l’on avait demandé en septembre de quitter une conférence qui se tenait à l’Université Bir Zeit de Ramallah parce qu’elle était juive.

« Peu importe le travail que tu fais ou de la façon dont tu présentes les choses », explique-t-elle.

« Au final, tu te retrouves en plein milieu d’un conflit et tu es considéré comme appartenant à une des parties, même si tu es en désaccord avec cette partie et que tu te bats pour l’autre camp ».