Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a inauguré mercredi une base de données en ligne qui permet au public d’accéder à 200 000 pages de documents déclassifiés. L’Etat espère qu’ils apaiseront la controverse, qui a commencé il y a des décennies, dite de « l’affaire des enfants yéménites ».

« Aujourd’hui, nous corrigeons une erreur historique », a déclaré Netanyahu pendant la cérémonie de lancement de la base de données. « Pendant près de 60 ans, des personnes ne connaissaient pas le destin de leurs enfants, et dans quelques minutes, chacun pourra accéder aux pages contenant toute les informations que possède le gouvernement d’Israël. »

C’est un « acte courageux et important », a déclaré Tzahi Hanegbi, ministre de la Coopération régionale, qui avait été chargé par le Premier ministre de superviser une enquête sur l’affaire et qui a donné le feu vert pour la déclassification des documents.

Depuis les années 1950, plus de 1 000 familles, principalement originaires du Yémen, mais aussi des dizaines venues des Balkans, d’Afrique du Nord et d’autre pays du Moyen Orient, ont affirmé que leurs enfants avaient été enlevés de manière systématique dans les hôpitaux israéliens et placés à l’adoption, parfois à l’étranger. Ces accusations ont généralement été rejetées par les autorités.

Les documents classifiés liés à l'affaire des enfants yéménites, aux Archives de l'Etat à Jérusalem, le 22 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les documents classifiés liés à l’affaire des enfants yéménites, aux Archives de l’Etat à Jérusalem, le 22 décembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Depuis 1967, trois commissions d’enquêtes différentes ont conclu que la majorité des enfants disparus étaient morts, et qu’en raison des politiques indélicates ou racistes de l’hôpital, avaient été enterrés sans que leur parent ne le sache. La dernière commission a enquêté sur l’affaire en 2001 et a atteint des conclusions similaires, mais a aussi classifié les différents témoignages de l’enquête pour 70 ans aux archives de l’Etat.

Ils sont à présent rendus publics.

« Le gouvernement prend maintenant des mesures pour la première fois. [Cette mesure] efface l’impression d’un establishment opaque et déconnecté », a déclaré Hanegbi à la radio militaire avant la publication.

Les familles touchées par l’affaire « auront bien plus d’informations » à présent sur ce qui est arrivé à leurs proches, a-t-il déclaré.

Même si elle est contestée par les chercheurs et semble réfutée par les preuves, l’affaire continue à faire parler d’elle, notamment parce que la plupart des familles n’ont pas récupéré le corps de leurs enfants et ne savent pas où ils ont été enterrés, que les certificats de décès sont criblés d’erreurs, et que la plupart des enfants disparus ont reçu un avis de conscription militaire 18 ans après leur mort présumée. Il y a même eu des cas où des enfants adoptés ont pu confirmer, par des tests de paternité, qu’ils provenaient de familles yéménites à qui on avait dit qu’ils étaient morts.

La pouponnière du camp de réfugiés de Rosh Haayin, qui abritait des immigrants juifs yéménites. (Crédit : Brauner Teddy/GPO)

La pouponnière du camp de réfugiés de Rosh Haayin, qui abritait des immigrants juifs yéménites. (Crédit : Brauner Teddy/GPO)

Mais les familles ont déclaré qu’il y avait eu tant de désinformation au fil des ans et de confusion, qu’il était peu probable qu’elles ne trouvent l’apaisement qu’elles implorent.

Yigal Yossef, ancien maire de Rosh Haayin et représentant des familles, a déclaré mercredi à la radio militaire qu’il continuait à chercher sa sœur qui a disparu quand elle était bébé, même si sa famille a reçu un certificat de décès. « Il y a deux semaines, j’ai été au ministère de l’Intérieur pour vérifier, et il se trouve que ma sœur est toujours vivante », a-t-il déclaré. Mais quand il est allé à l’adresse enregistrée par le ministère, il a découvert que la maison n’existait pas. « Je ne sais plus qui croire » à présent, a déclaré Yossef.

Il veut aussi que le gouvernement assume ses responsabilités. « Le gouvernement doit donner des réponses, a-t-il déclaré. J’attends que le gouvernement assume la responsabilité de ce crime. »

Les documents qui ont été publiées sont les conclussions des commissions d’enquête. Ils sont accessibles via une base de données dédiée des Archives de l’Etat d’Israël.

La députée Nurit Koren (Likud) pendant une conférence sur l'affaire des enfants yéménites à la Knesset, le 21 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

La députée Nurit Koren (Likud) pendant une conférence sur l’affaire des enfants yéménites à la Knesset, le 21 juin 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

La députée du Likud, Nurit Koren, qui préside le lobby de la Knesset chargé de l’affaire des enfants yéménites et dont un cousin a disparu, a salué mercredi matin sur la radio militaire la décision de publier les documents, mais a noté que « ce n’est que le début du chemin ».

Elle a également prévenu que malgré la publication, beaucoup de personnes ne trouveraient toujours pas de « réponse précise ».

Koren a ajouté que bien que la décision du gouvernement de publier plus de 200 000 documents était un pas dans la bonne direction, il y avait plus de 400 000 documents collectés par les trois commissions d’enquête.

Elle a également indiqué que les documents publiées datent des années 1948 à 1954, même si l’une des commissions d’enquête a conclu que l’affaire avait continué jusqu’en 1966. Koren a appelé le gouvernement à publier le reste des documents, car « nous sommes dans l’obligation de donner des réponses à ces familles. »

Hanegbi et Koren ont également demandé la mise en place d’une base ADN pour associer les familles avec leurs enfants disparus.

Des immigrants yéménites dans un camp proche d'Ein Shemer, en 1950. (Crédit : Pinn Hans/GPO)

Des immigrants yéménites dans un camp proche d’Ein Shemer, en 1950. (Crédit : Pinn Hans/GPO)

Les documents publiés ne comprennent que les informations sur les enfants disparus dont les familles ont demandé une enquête au gouvernement. D’autres familles, qui ont été touchées mais n’ont pas fait de demande officielle, peuvent demander aux Archives de l’Etat toute information pertinente à leur sujet.

Même si certaines des informations sont censurées, puisqu’elles contiennent des noms, des dossiers d’adoption et d’autres informations personnelles, les familles qui souhaitent voir l’information complète pourront les demander aux Archives de l’Etat, a demandé la radio militaire.

« Je salue la décision du gouvernement d’Israël d’ouvrir les Archives de l’Etat, et de publier des documents portant sur la disparition d’enfants venus du Yémen. C’est un fardeau que porte la société israélienne, qui aurait dû être traité il y a des années, et j’espère que cela permettra aux familles, et à nous tous en tant que société, de découvrir ce qui est arrivé à ces enfants, » a déclaré dans un communiqué le président israélien, Reuven Rivlin.