Quand le reporter du Times of Israel Avi Issacharoff a rapporté le contenu de la proposition de cessez-le-feu de John Kerry, vendredi après-midi, je me demandais s’il n’y avait pas quelque chose d’« intraduisible ».

Il semblait inconcevable que le secrétaire d’État américain ait élaboré une initiative qui, de manière prioritaire, n’exige pas le démantèlement de l’arsenal de roquettes et celui des réseaux de tunnels souterrains du Hamas creusés sous la frontière israélienne. Pourtant, le texte n’a même pas abordé ces questions, ni appelé à la démilitarisation de la bande de Gaza.

Il semblait inconcevable que l’initiative de Kerry doive préciser la nécessité de répondre aux exigences du Hamas pour la levée du siège de Gaza, comme si le Hamas était une partie lésée et légitime d’agir dans l’intérêt de sa population.

Et cela plutôt que de le traiter comme un groupe terroriste qui a violemment saisi le contrôle de la bande en 2007, qui a détourné les ressources de Gaza pour son effort de guerre contre Israël, et pour lequel on pourrait soupçonner d’exploiter toute levée de « siège » pour importer des armes encore plus dévastatrices destinées à tuer des Israéliens.

Israël et les Etats-Unis sont censés être des alliés.

Les États-Unis sont censés être engagés dans la protection d’Israël dans ce qui est une des régions du monde les plus impitoyables. Ensemble, les Etats-Unis et Israël sont censés marginaliser l’extrémisme islamique meurtrier qui menace le monde libre. Pourtant, le chef de la diplomatie américaine nous a donné l’impression de s’accommoder de cette organisation terroriste pourtant déterminée à la destruction d’Israël, avec un plan qui laisserait le Hamas mieux à-même d’atteindre cet objectif.

La réponse consternée des membres du cabinet de sécurité à la proposition Kerry, vendredi soir, a montré clairement que Kerry se situait loin des expectations israéliennes. La proposition du secrétaire d’Etat a réussi à unir un groupe disparate de dirigeants politiques israéliens – de Naftali Bennett et Avigdor Liberman sur la droite, en passant par le Premier ministre Benjamin Netanyahu, à Yair Lapid et Tzipi Livni sur le centre-gauche – dans une réponse unanime faite à la fois de franc rejet et de stupéfaction.

Le gouvernement Netanyahu n’a pas manqué de démêlés avec Kerry au cours des 18 derniers mois où il a occupé ses fonctions. Le Premier ministre a plaidé publiquement en novembre pour qu’il ne signe pas l’accord intérimaire avec l’Iran sur son programme nucléaire, et il y a eu des frictions constantes entre les deux gouvernements sur la façon de s’opposer à l’accession de l’Iran à la bombe.

Le ministre de la Défense Moshe Yaalon avait, en janvier, ridiculisé les propositions sécuritaires de Kerry pour un retrait de la Cisjordanie, le qualifiant de secrétaire « messianique » et d’« obsessionnel » dans sa quête d’un accord avec les Palestiniens qui était tout simplement virtuel.

L’effondrement des pourparlers de mars-avril avait été accompagné par des allégations de Jérusalem selon lesquelles Kerry avait bâclé le processus, ayant un message pour Israël et un autre message pour l’Autorité palestinienne, et déformant la position d’Israël sur la libération des prisonniers palestiniens.

Mais aucun de ces épisodes, si troublants et portant sur des questions centrales pour Israël n’a provoqué l’incrédulité outragée des dirigeants israéliens suite à la performance de Kerry au cours des dernières 48 heures. Des commentaires et fuites provenant de sources anonymes de hauts fonctionnaires ou de diplomates ont décrit le secrétaire d’Etat comme amateur et incompétent, et incapable de comprendre ce qu’il fait. En bref, quelqu’un qui passe son temps à dire n’importe quoi.

Mais en fait, c’est bien pire que cela. Ce qui ressort de la mission de cessez-le-feu initiée par Kerry [alors qu’Israël avait déjà accepté la proposition de cessez-le-feu égyptienne] – alors que personne ne lui avait demandé de faire ce voyage, précédé de remarques méprisantes sur les frappes « chirurgicales » israéliennes sur des cibles terroristes – c’est que Jérusalem le considère désormais comme un homme hypocrite et dangereux.

Contrairement à son affirmation lors de sa conférence de presse au Caire selon laquelle sa proposition de cessez-le-feu avait été « construite sur » l’initiative égyptienne, il n’y a manifestement rien de la sorte. Avi Issacharoff a rapporté, avec d’autres sources, qu’il s’agissait d’une proposition qui, pour citer un responsable anonyme cité par la Deuxième chaîne, « voulait court-circuiter l’initiative égyptienne », une proposition qui semble aussi avoir été rédigée pour Khaled Meshaal.

Et Kerry ne s’est pas arrêté là. Après le fiasco de vendredi, il s’est envolé pour Paris et, fait extraordinaire, il a entrepris de nouvelles consultations avec des pays qui en sont ouvertement contre Israël. Il s’est entretenu avec ses homologues turcs, qui ont récemment accusé Israël de génocide à Gaza et comparé Netanyahu à Hitler, et aussi avec le Qatar, bailleur de fonds en chef du Hamas, directement accusé par le président Shimon Peres la semaine dernière de financer ses roquettes et ses tunnels. Incroyablement, Kerry n’a invité ni Israël, ni l’Egypte, ni l’Autorité palestinienne à ses sessions de Paris.

Netanyahou et ses collègues n’ont pas annoncé officiellement leur rejet unanime de la proposition de cessez-le-feu de Kerry afin d’éviter de provoquer une confrontation diplomatique publique avec le plus important allié d’Israël. Cela semble quand même étrange que ce qui est clairement une crise majeure entre Israël et les États-Unis tombe à un moment où Israël se trouve au milieu d’une guerre complexe et coûteuse.

Lorsque Hillary Clinton, s’est impliquée dans l’effort de négociation pour mettre fin à l’opération « Pilier de défense » en novembre 2012, il était évident que, outre que le cessez-le-feu était à portée de main, le travail diplomatique était coordonné avec Jérusalem et que les intérêts vitaux d’Israël étaient pris en compte. Cela offre donc un témoignage flagrant de l’incompétence de Kerry et montre l’effondrement de la confiance entre Israël et l’Amérique.

Que ce soit par incompétence, par malveillance, ou les deux à la fois, l’intervention de Kerry n’a pas constitué une aide à assurer la protection d’un allié clé par un pays ami. Il s’agit d’une trahison.