Le Parlement européen a repoussé de trois semaines le vote sur la reconnaissance de la Palestine car les législateurs n’ont pas réussi à parvenir à un consensus sur la formulation exacte de la motion, indiquent des sources israélienne et européenne mardi.

Le Parlement devait débattre et voter la motion jeudi. Mais au lieu de cela, il débattra de « la reconnaissance de l’Etat de la Palestine ». La motion a été proposée par les groupes de la Gauche unitaire européenne (Gue) et les Socialistes & Démocrates (S&D) mercredi et sera votée le 18 décembre, selon des sources de l’Union européenne.

Cette requête pour repousser le vote a été présentée par le Parti populaire européen (PPE), qui se situe au centre-droit dans le spectre politique, précise la source.

Mercredi, le Parlement réuni en assemblée plénière à Strasbourg abordera les différents aspects d’une éventuelle reconnaissance d’un Etat palestinien, avec la nouvelle chef de la diplomatie de l’UE Federica Mogherini, selon les mêmes sources.

Jérusalem s’est réjoui de la décision du Parlement de reporter le vote.

« Nous espérons que ce report du vote jusqu’à la session de décembre permettra aux membres du Parlement européen de repenser et de reconsidérer leur position et de comprendre que leur soutien à la reconnaissance de l’Etat palestinien est contreproductif tant qu’elle n’est pas la conséquence de négociations entre Israël et les Palestiniens », a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Emmanuel Nahson mardi.

Les diplomates israéliens à Bruxelles, à Strasbourg et à Jérusalem ont indiqué qu’ils fourniraient des efforts considérables pour utiliser ces trois semaines supplémentaires à bon escient. Pendant ce laps de temps, ils vont tout faire pour convaincre autant de députés que possible de s’opposer à la motion.

Les Parlements en Grande-Bretagne, en Irlande et en Espagne ont déjà adopté des motions non contraignantes exhortant leurs gouvernements respectifs à reconnaître un Etat palestinien. La Suède a approuvé la reconnaissance de l’Etat palestinien le mois dernier. La France, le Danemark, la Slovénie et d’autres pays européens devraient voter des résolutions similaires dans les prochains jours.

Le Parlement européen a vraisemblablement reporté le vote pour plusieurs raisons, affirment des sources israéliennes. D’une part, les différentes factions n’ont pas encore décidé quelle position adoptée au sujet de cette question. Alors que les socialistes français, par exemple, soutiennent la reconnaissance de l’Etat palestinien, les sociaux-démocrates allemands, eux, seraient opposés à une telle démarche.

En outre, il y a des questions laissées en suspens quant à la formulation de la résolution. Le projet initial, présenté par le groupe GUE (Gauche unitaire européenne), « exhorte tous les États membres de l’UE … à reconnaître l’Etat de Palestine sur la base des frontières de 1967 avec Jérusalem comme capitale ».

Les autres groupes qui composent le Parlement européen sont en train de rédiger leurs propres versions, qui seront débattues lors de la session de mercredi. Le 18 décembre, le Parlement votera ensuite un texte qui sera le fruit des différents projets.

« Les partis de droite, qui sont majoritaires au Parlement européen, veulent une formulation similaire à la décision espagnole, qui indique que la reconnaissance sera effective lorsque les Palestiniens et les Israéliens auront signé un accord de paix », explique le haut fonctionnaire palestinien, Nabil Shaath, à l’agence de presse palestinienne Maan mardi. Une telle formulation ne permettrait pas aux Palestiniens de s’autodéterminer, se lamente-t-il.

Les députés européens veulent aussi apparemment attendre de voir si les Etats membres vont reconnaître individuellement l’Etat palestinien. On s’attend à ce que l’Assemblée nationale vote massivement pour la proposition de résolution, qui a été présentée par le parti socialiste (PS). Au contraire, les dirigeants allemands et néerlandais ont rejeté l’idée d’une reconnaissance unilatérale qu’ils jugent prématurée.

La chancelière allemande Angela Merkel a déclaré vendredi que « la reconnaissance unilatérale de l’Etat palestinien ne nous permettra pas d’avancer » vers l’objectif qui est une solution à deux Etats.

Le ministre néerlandais des Affaires étrangères Bert Koenders a soutenu la semaine dernière que les Pays-Bas ne reconnaîtraient pas un Etat palestinien maintenant, car cela n’aiderait pas à relancer les pourparlers de paix avec Israël. « Nous considérons que ce n’est pas correct de reconnaître l’Etat palestinien. Cela doit faire partie des négociations. En ce sens, cette reconnaissance doit être présentée à un moment stratégique ».

Une « grande majorité, dont le gouvernement néerlandais, est persuadée que cela ne contribue pas à faire évoluer la question prioritaire qui est de relancer les négociations, si, soudainement, nous procédions [au vote et reconnaissions l’Etat palestinien] sous prétexte que la Suède l’a déjà fait », ajoute Koenders.

Malgré ce retard, on s’attend, cependant, à ce que le Parlement européen finisse par adopter une résolution appelant ses Etats membres à reconnaître un Etat palestinien.

Israël est farouchement opposé cette tendance actuelle dans l’Union européenne qui est de reconnaitre l’ « Etat de la Palestine ».