Semblant bouillonner de rage, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a consacré une bonne partie de sa conférence de presse de mercredi soir à critiquer durement ses propres ministres.

Netanyahu a fustigé des « collègues » du cabinet pour ce qu’il a qualifié de slogans vides, de positions non réalistes, de critiques devant le grand public sur sa gestion du conflit maintenant d’un mois et demi avec le Hamas.

Il ne cite pas de noms, alors on ne peut pas être certain s’il était plus en colère par les demandes incessantes d’Avidgor Liberman et de Naftali Bennett d’écraser le Hamas tout de suite, les critiques de Tzipi Livni qu’Israël n’aurait pas dû parler indirectement avec le Hamas du tout, les suggestions de Yair Lapid de conférences internationales pour résoudre le conflit à Gaza, toutes les paroles en l’air lancées dans tous les sens par des ministres moins expérimentés ou toutes leurs déclarations.

Le Premier ministre était visiblement très agacé et l’on peut dire, sans se tromper, qu’il était particulièrement en colère contre ceux comme Liberman et Bennett qu’il perçoit, à juste titre, comme des rivaux calculateurs.

Pourtant, aussi justifiée que la critique ait pu être, Liberman a été particulièrement déloyal tout au long du conflit, voir un Premier ministre apparaissant extrêmement agaçé, même tout en contrôle, n’est pas très agréable pour une population israélienne qui a passé six semaines et demie sous des tirs de roquettes nourris.

Ironiquement, la première preuve publique d’un Netanyahu apparaissant comme tout sauf quelqu’un sûr de soi est venue précisément au moment où l’opération contre le Hamas obtenait ses premières réussites surprises et inattendues.

Il y a deux jours, les renseignements israéliens ont permis de cibler un immeuble du Hamas où le chef terroriste Mohammed Deif, responsable de la mort de centaines d’Israéliens dans une carrière particulièrement sombre depuis les années 1990, devait se cacher.

A l’heure de l’écriture de cet article, il n’est toujours pas clair si Deif a survécu ou non à cette frappe. Et peu de temps après la conférence de presse de Netanyahu, une autre réussite des services de renseignements qui a causé la mort de trois hauts responsables du Hamas, y compris deux collègues très proches de Deif.

Avi Issacharoff du Times of Israel décrit cette frappe ciblée comme l’un des coups les plus durs portés au Hamas depuis le début du conflit. Cela démontre que les plus hauts échelons de l’organisation ont été infiltrés par les renseignements israéliens.

Tout aussi ironiquement, la sortie très sincère, mais peu judicieuse, du Premier ministre contre ses subordonnés grincheux a éclipsé, au moins pour le public parlant hébreu, un message beaucoup plus important.

Il plaçait le Hamas dans le contexte plus large du terrorisme islamique régional. Heureusement, il a souligné ce message plus en détail par des remarques en anglais à la fin de la conférence de presse.

Netanyahu a cité le Hamas, l’Etat islamique, le Hezbollah, Al-Qaida et le Jihad islamique, malgré leurs programmes différents et parfois en conflit, comme faisant partie d’un réseau d’organisations extrémistes brutales cherchant à se développer dans la région et au-delà, ce qui est sous-estimé au péril du monde libre.

Quelques heures plus tard, l’Etat islamique exécute le journaliste James Foley. Netanyahu a assuré que l’Etat islamique (EI) est seulement moitié moins fort que le Hamas, mais terrifiant, « regardez ce qu’il peut faire ».

Le Hamas et l’EI, a-t-il déclaré, sont les « branches du même arbre ». La décapitation de Foley « montre la barbarie et la sauvagerie de ces gens ».

« Nous faisons face à la même sauvagerie », a-t-il déclaré, des terroristes du Hamas qui « lancent gratuitement des roquettes sur nos villes », qui cherchent à tuer en masse, qui « assassinent des enfants, des adolescents, leur tirent dans la tête » (une référence aux meurtres en juin de trois adolescents israéliens en Cisjordanie), qui « jetent des gens du sixième étage, leur propre peuple (une référence à la prise de Gaza à l’Autorité palestinienne par le Hamas en 2007), et qui utilisent son propre peuple comme des boucliers humains (une référence à ce conflit et aux autres depuis 2007 contre Israël, combattus en plein cœur de Gaza).

« Le Hamas est l’EI ; l’EI est le Hamas. Ce sont les ennemis de la paix, les ennemis d’Israël, ce sont les ennemis des pays civilisés. Je crois qu’ils sont les ennemis des Palestiniens. Et je ne suis pas le seul à le croire », a-t-il conclu.

Le niveau auquel les dirigeants israéliens peuvent démontrer à la communauté internationale que le Hamas est une des tentacules de la terreur islamique tout comme l’Etat islamique et Al-Qaïda peut se révéler fondamental pour la manière dont ce conflit, et donc Israël, sera perçu dans les semaines, les mois et les années à venir.

Netanyahu a clairement assimilé l’impératif de souligner qu’il ne s’agit pas d’une guerre contre les Gazaouis, mais d’une guerre contre le groupe terroriste qui a pris le contrôle de Gaza, la même année que l’EI cherche à prendre le dessus en Syrie et en Irak et tandis qu’Al Qaïda étend son progamme idéologique et de conquête territoriale.

Pour un Américain choqué par le décapitation de Foley, et pour un Britannique se rendant compte tardivement que nombre de ses citoyens sont maintenant impliqués dans le Jihad islamique, tout cela place Israël en première ligne d’une bataille contre le terrorisme.

Cela défie les fausses critiques si pratiques pour propager une vision d’un Israël agressif et obstiné comme une cause à la racine du terrorisme.

Avec un récit de cette importance à faire passer, Netanyahu, généralement un communicant efficace, aurait normalement fait mieux que de se laisser distraire par les pleurnicheries, les plaintes et les critiques de ses rivaux.

Après quarante-six jours, ce n’est pas vraiment une surprise de voir que la tension de cette guerre, qui s’est depuis longtemps transmise aux Israéliens, a un impact sur l’homme aux commandes.

Ce n’est pas vraiment une surprise, mais c’est un peu déconcertant.