BOSTON – Il n’existe que quelques photographies et des cartes postales de la seule visite d’Albert Einstein, en 1923, dans ce qui allait devenir l’Etat d’Israël et ce qui est peut-être la plus originale d’entre elles vient d’être vendu aux enchères pour 49 677 euros.

La maison RR Auctions, basée à Boston, a mis en vente jeudi dernier des souvenirs d’Einstein, y compris une carte postale qu’il a écrite au leader sioniste Authur Ruppin pendant sa tournée de douze jours en Palestine mandataire.

Vendu à un acheteur anonyme, la carte postale rappelle le profond engagement d’Einstein pour le sionisme après l’achèvement de sa théorie de la relativité générale en 1915.

Des objets d’Einstein se vendent très bien ces dernières années, 110 000 dollars, par exemple, pour une version signée de la célèbre photo d’Einstein souriant, vendue par RR Auction en septembre dernier.

A titre de comparaison, une mèche de cheveux prise dans le cadavre du président américain assassiné Abraham Lincoln a été vendue la semaine dernière aux enchères, à Dallas, à 22 000 euros.

Dans sa brève note sur la carte postale à Ruppin, Einstein évoque des « jours inoubliables » et la « joyeuse compagnie » à propos de son séjour à Jérusalem.

À travers toute la Palestine mandataire, Einstein a été accueilli comme un homme d’État bien-aimé, attirant les foules et – devant le domicile de haut-commissaire britannique Herbert Shmuel – un coup de canon a salué la première célébrité scientifique du monde.

Le 22 janvier 2015, certains objets personnels d'Einstein ont été vendus à Boston (Crédit: Jared Wickerham/The Times of Israel)

Le 22 janvier 2015, certains objets personnels d’Einstein ont été vendus à Boston (Crédit: Jared Wickerham/The Times of Israel)

La carte postale en couleur représente un bateau à vapeur Red Star Line avec en prime dans le ciel – un auto-portrait comique d’Einstein, avec une esquisse plus raffinée de sa compagne de voyage Hanna, l’épouse de Ruppin. Einstein était également accompagné de sa seconde épouse Elsa, connu pour être la « portière » du scientifique pendant deux décennies de mariage.

Le point culminant de la tournée d’Einstein en Palestine fut sa visite sur le mont Scopus, à Jérusalem, où il a donné la leçon inaugurale à l’université hébraïque.

Pendant plusieurs années, Einstein avait amassé des fonds dans le monde entier pour aider à établir la première université juive et plus généralement pour le sionisme.

« Jusqu’ici, j’avais toujours trouvé quelque chose à regretter dans l’âme juive, et c’est l’oubli de son propre peuple – l’oubli de soi, presque, a-t-il écrit plus tard dans la journée. C’est une grand époque, celle de la libération de l’âme juive, et elle a été accomplie par le mouvement sioniste, de sorte que personne dans le monde ne soit en mesure de le détruire. »

Sur le côté de image de la carte postale, Einstein s'est dessiné et a dessiné Anna Ruppin, la femme d'un de ses compagnons de voyage (Crédit : RR Auction)

Sur le côté de image de la carte postale, Einstein s’est dessiné et a dessiné Anna Ruppin, la femme d’un de ses compagnons de voyage (Crédit : RR Auction)

À côté de l’auto-portrait qu’il a griffonné dans les nuages au-dessus du navire, Einstein a écrit le mot Jérusalem. Émanant de la tête on distingue huit lignes décrites comme « Heiligenschein » – (auréole en allemand) – qui ajoutent encore plus de saveur à cette carte postale.

Au cours de l’étape Tel-avivienne de sa tournée du style Taglit, Einstein a reçu la citoyenneté d’honneur des mains du maire Meir Dizengoff.

« J’ai déjà eu le privilège de recevoir la citoyenneté d’honneur de la ville de New York, mais mon bonheur est décuplé d’être un citoyen de cette belle ville juive », a déclaré Einstein à la foule.

Dans la première ville hébraïque moderne, ainsi qu’à Jérusalem et Haïfa, le Herr Doktor était heureux de parler en allemand, devant de nombreuses immigrants juifs, de sa patrie allemande bien-aimée. Il admirait profondément ce que les Juifs allemands et européens avaient fait en seulement une décennie et demi d’existence de Tel-Aviv.

« Les réalisations des Juifs en quelques années dans cette ville suscitent la plus grande admiration », écrit-t-il dans son journal le 8 février. Un peuple incroyablement actif, nos Juifs … »

Une exposition sur Einstein à l'université d'hébreu de Jérusalem (Crédit :  Flash90)

Une exposition sur Einstein à l’université d’hébreu de Jérusalem (Crédit : Flash90)

A Haïfa, Einstein a planté deux arbres au Technion. Il a également visité Tibériade ainsi que Jéricho et la mer Morte, dans une excursion d’une journée depuis Jérusalem. La tournée d’Einstein et d’autres voyages sont relatés par Josef Eisenger dans le livre de 2011, « Einstein on the Road ».

De toutes les remarques faites par Einstein au sujet de sa visite éclair au Yishouv, l’une d’entre elles se distingue particulièrement – c’est celle qui se rapporte à l’avenir démographique du projet sioniste.

Au moment de la visite d’Einstein en Palestine, en 1923, quatorze millions de Juifs vivaient sur les six continents et seulement 90 000 d’entre eux vivaient dans la patrie juive.

Avec une part infime de terres habitables, Einstein prévoyait un rôle très symbolique pour Israël, contrairement à la vision de Théodore Herzl qui voyait Israël devenir littéralement une maison pour tous les Juifs.

« Dans l’ensemble, le pays n’est pas très fertile, écrit Einstein à l’étudiant Maurice Solovine. Il deviendra un centre moral, mais ne sera pas en mesure d’accueillir dans une grande proportion du peuple juif. Je suis convaincu, cependant, que la colonisation va réussir. »

Le texte de la carte postale écrite par Albert Einstein lors de son séjour en Palestine en 1923 (Crédit :  Jared Wickerham/The Times of Israel)

Le texte de la carte postale écrite par Albert Einstein lors de son séjour en Palestine en 1923 (Crédit : Jared Wickerham/The Times of Israel)