Le chef de l’organisation internationale chargée de bannir les essais nucléaires a demandé mercredi à Israël de devenir le prochain pays à ratifier le traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICEN) et a confié au Times of Israel qu’il pensait que ce serait bientôt le cas.

Lassina Zerbo, secrétaire exécutif de la commission préparatoire de l’Organisation du traité d’interdiction complète des essais nucléaires, s’est entretenu avec le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman, le ministre des Renseignements Yuval Steinitz et le président de la commission israélienne pour l’énergie atomique Shaul Chorev.

Lors de sa rencontre avec Liberman, au cours de laquelle les participants ont eu des rapports cordiaux mais ne sont pas parvenus à des avancées spectaculaires, Zerbo a promis de continuer à œuvrer en faveur de l’établissement de la confiance nécessaire pour qu’Israël, qui a signé le TICEN en 1996, le ratifie.

Israël est « probablement celui qui pourrait le ratifier le premier », parmi les huit pays qui doivent procéder à une ratification pour que le traité prenne effet, estime Zerbo. « Le message que je reçois n’est pas ‘si’ mais ‘quand’ », ajoute-t-il.

Des sources israéliennes ont confié au Times of Israel que si elles n’étaient au courant d’aucune initiative récente pour la ratification du traité – un processus qui nécessite l’approbation de la Knesset – elles étaient surprises qu’Israël ne l’ait pas encore fait.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a dit clairement qu’il considérait que le traité de non-prolifération nucléaire n’était d’aucune utilité au Moyen-Orient mais, a contrario, Israël considère le TICEN comme « très significatif », est « fier » de l’avoir signé et « n’a jamais eu de problème » avec lui, estiment les sources.

Originaire du Burkina Faso, Zerbo, un géophysicien de formation, juge que « les inquiétudes que nous entendons en Israël sont des inquiétudes que nous pouvons gérer. La confiance qu’Israël devrait avoir dans ce traité augmente. »

« Nous avons un système de contrôle [global] qui fonctionne ; les experts participent à notre travail technique et aux grandes lignes de développement des inspections d’infrastructures », ajoute Zerbo, précisant qu’Israël accueille déjà certains centres de contrôle.

Ces installations sont un laboratoire de radio-isotopes au centre Sorek pour la recherche nucléaire, que Zerbo a visité mercredi, et des stations de contrôle sismique à Eilat et sur le mont Meron.

Israël a également organisé, il y a deux ans, une expérience d’étalonnage de la technologie infrason réunissant 21 pays.

La commission préparatoire a été fondée à Vienne en 1997 et œuvre à faire adopter le traité interdisant les explosions nucléaires. 44 pays possèdent un nucléaire réacteur ou une technologie nucléaire relativement développée.

Huit d’entre eux doivent encore ratifier le traité : Israël, l’Iran, l’Égypte, la Chine, les Etats-Unis, l’Inde, la Corée du Nord et le Pakistan (les trois derniers ne l’ont même pas signé).

Zerbo fait remarquer que sur les 183 pays qui ont signé le traité, 162 l’ont ratifié, ce qui veut donc dire que « 90 % de la planète dit ‘non’ aux essais nucléaires ; nous devons amener tout le monde à dire ‘jamais’. »

Sur les 183 pays qui ont signé le traité, 162 l’ont ratifié. « 90 % de la planète dit ‘non’ aux essais nucléaires ; nous devons amener tout le monde à dire ‘jamais’. »

Lassino Zerbo

Il ajoute que la Corée du Nord avait été condamnée de manière unanime par le Conseil de Sécurité pour avoir procédé à des essais nucléaires l’an dernier.

Toutefois, jusqu’à la mise en œuvre du traité et son application, il n’existe « aucun mécanisme de sanctions » sous l’égide de l’ONU.

Zerbo défend que son organisation permet une dissuasion de plus en plus efficace contre les essais nucléaires, grâce à un système de contrôle international unique, qui comprend des stations sismiques, des expériences sur les infrasons ainsi que des laboratoires hydroacoustiques et radio-isotopes.

« Il n’y aucune autre organisation avec une structure aussi sophistiquée et globale que la nôtre », dit-il, insistant sur le fait que « si un pays faisait un essai aujourd’hui, nous le détecterions. Notre système peut détecter n’importe quel pays sur la planète. »

Seule l’organisation, précise-t-il, a pu « détecter un isotope radionucléide, 50 jours après un événement sismique, après l’explosion », en référence aux essais menés l’an dernier par la Corée du Nord.

Peu importe le niveau de sophistication des systèmes de contrôle nationaux, défend-il, « nous avons prouvé que nous pouvions ajouter de la valeur, ajouter quelque chose à la sécurité des États. »

Zerbo précise que le président américain Barack Obama a clairement indiqué vouloir ratifier le traité, « mais il ne possède pas la majorité au Capitole. »

La Chine, quant à elle, commence à rendre ses données disponibles via le système de contrôle international – une avancée qu’il qualifie              d’« événement majeur ».

L’Iran accueille un complexe de surveillance certifié – une station sismique à Téhéran – et « a des experts qui participent à notre travail », affirme Zerbo.

Reconnaissant la méfiance généralisée et l’hostilité au Moyen Orient et au-delà – des obstacles qui pourraient considérablement réduire rendre les chances de voir le traité ratifié par un grand nombre de pays – Zerbo soutient que les huit nations qui font obstacle « sont concernées par leur propre sécurité. »

Mais il avance que « le traité peut améliorer la sécurité nationale de tous ces pays. »

Il note également que les « conditions géopolitiques peuvent changer radicalement. Qui aurait imaginé il y a un an que nous démantèlerions les armes chimiques en Syrie ? »

Ce processus, soutient-il, montre que « nous pouvons résoudre les problèmes grâce aux efforts multilatéraux. »

S’il était appliqué, le traité « pourrait empêcher les gens de faire des essais, qui représentent une étape nécessaire à la fabrication de l’arme nucléaire. »

Cela réglerait le problème de la prolifération tout en empêchant le développement d’armes nucléaires encore plus sophistiquées.
« J’espère que nous n’aurons pas à attendre un désastre pour agir », conclut Zarbo.