Le ministre des Affaires étrangères de l’Iran Mohammad Javad Zarif a reconnu que son pays cherche l’anéantissement du « régime Netanyahu », mais a nié qu’il cherche à éliminer Israël.

Dans une interview accordée mercredi, Zarif a répondu à un certain nombre de questions que le Premier ministre Netanyahu a posé lors de son discours au Congrès mardi.

Ces questions abordaient le sujet du Tweet du leader suprême Ali Khamenei qui datait de l’année dernière exhortant à l’anéantissement d’Israël. Il a évoqué le fait qu’il ait déposé une gerbe de fleurs sur la tombe d’Imad Mughniyeh, le terroriste du Hezbollah responsable de la mort de centaines d’Américains.

Zarif affirme que Netanayhu attise l’ « hystérie » depuis 1992 en déclarant qu’il ne reste plus que deux ans à l’Iran avant d’obtenir la bombe.

« Lorsque cette campagne pour semer la peur sera finie, alors nous pourrons avoir un accord », a-t-il indiqué.

Zarif a aussi nié que l’Iran utilisait des manœuvres dilatoires pour empêcher l’AIEA d’enquêter sur les accusations de travaux sur les armes nucléaires. Il a passé une bonne partie de cette longue interview à accuser Israël d’être l’auteur de plusieurs crimes, tout en insistant sur le fait que l’Iran est d’une nature tolérante et pacifique.

Pour répondre aux accusations de Netanyahu qui affirmaient dans son discours, que l’Iran « avalait » les nations de la région, Zarif a expliqué que l’Iran avait apporté de l’aide à l’Irak, aux Kurdes de Syrie et en Afghanistan. Au contraire, clame-t-il, Israël et Netanyahu soutiennent personnellement les terroristes d’Al-Nosra en Syrie.

Benjamin Netanyahu au Congrès le 3 mars 2015

Benjamin Netanyahu au Congrès le 3 mars 2015

Lorsqu’on lui a demandé ce qu’il pensait des accusations du Premier ministre au sujet de la volonté de l’Iran de détruire Israël, Zarif a répondu que l’Iran « avait sauvé les Juifs trois fois au cours de son Histoire : une fois lorsqu’un Premier ministre avait tenté de tuer les Juifs, mais le roi les a sauvé (dans l’histoire d’Esther) ; ensuite pendant l’époque de Cyrus le Grand, quand il a sauvé les Juifs de Babylone, et enfin pendant la Seconde Guerre mondiale. L’Iran est connu pour sa tolérance envers les autres religions ».

Lorsque l’intervieweur de NBC a cité le tweet de Khamenei de l’année dernière – « Ce régime de loups, infanticide et barbare d’Israël qui n’épargne aucun crime, n’a pas de remède, mais doit être anéanti » – et a demandé Zarif s’il comprenait pourquoi les Juifs et les autres « prendraient ombrage de ce genre de langage », le ministre des Affaires étrangères a tout simplement répondu non, « parce que c’est un régime – nous parlons de M. Netanyahu – qui a massacré des enfants innocents à Gaza. Nous ne parlons pas de l’anéantissement des Juifs. Nous n’avons jamais fait cela, nous ne le ferons jamais. Parce que si nous voulions anéantir les Juifs, nous avons un grand nombre de Juifs en Iran qui ne voudraient plus vivre dans le pays en paix, mais, en fait, il y a un représentant au Parlement iranien qui leur est alloué ».

Pressé à plusieurs reprises, Zarif a ensuite insisté : « Nous ne voulons pas anéantir. Nous ne voulons pas anéantir tout le monde ».

Mais ensuite, il a expliqué que le tweet de Khamenei faisait référence au régime de Netanyahu, et que le chef suprême indiquait « qu’il devrait être anéanti. Que ce régime est une menace, une menace. Un régime qui s’engage dans le meurtre d’enfants innocents, un régime qui se livre à des actes d’agression ».

Pourtant, poursuit-il, « nous n’envahissons pas, nous ne menaçons personne ».

En ce qui concernait le fait qu’il ait déposé une couronne de fleurs sur la tombe de Mughniyeh, Zarif a dans un premier temps éludé la question, puis a répondu que le Hezbollah est « un mouvement de résistance à l’occupation israélienne, qui a été poussée hors du Liban par un mouvement de résistance. Nous ne parlons pas d’un groupe qui vient de partout dans le monde en Syrie ou en Irak pour faire des ravages. Nous parlons de gens qui défendent leur pays, défendent leur territoire contre l’occupation ».

Dans une deuxième entrevue avec la CNN jeudi, Zarif a accusé Netanyahu de « voir la paix comme une menace existentielle ».

S’adressant à Christiane Amanpour, Zarif a indiqué au sujet des négociations avec le P5 + 1 qu’elles étaient destinées « à s’assurer que le programme nucléaire de l’Iran restera toujours pacifique et à supprimer toutes les restrictions qui ont été imposées à l’Iran, et qui sont à notre avis injustifiées ».

Zarif a déclaré que l’Iran croit « que nous pouvons en fait parvenir à un accord, si on a la volonté politique nécessaire pour faire les choix difficiles, et tout le monde doit faire des choix difficiles »

L’interview diffusée sur la CNN intervient après trois jours de discussions intenses de haut niveau avec le secrétaire d’Etat américain John Kerry en Suisse.

« Nous avons fait des progrès par rapport à l’endroit où nous étions et des choix importants doivent être faits », a déclaré Kerry aux journalistes après les entretiens. Un haut responsable du département d’État a ajouté que des « défis difficiles » devaient encore être surmontés.

Zarif a indiqué à Amanpour que « les gens prédisent depuis ces 20 dernières années que l’Iran est à une année de fabriquer une bombe et la prédiction s’est révélée fausse, maintes et maintes fois, mais malheureusement, c’est la réalité, c’est ce qui a attisé l’hystérie qui continue d’être éventée ».

Dans un soupçon de critique contre le P5 + 1, Zarif a déclaré que « l’autre côté doit exercer la même volonté politique, la même détermination, faire les mêmes choix difficiles et accepter que les sanctions et un accord ne vont pas de pair. Vous pouvez soit avoir des sanctions et continuer à chercher le chemin de la confrontation ou essayer de résoudre ce problème par la négociation et par un accord ».

Zarif a affirmé qu’il était persuadé que les parties sont « très proches » de parvenir à un tel accord, mais que si les puissances internationales décident de continuer à imposer des restrictions, ils prendraient « une mauvaise décision ».

Zarif a poursuivi en expliquant que le discours de Netanyahu n’avait eu « aucun effet sur la table des négociations ».

Zarif précise avoir eu le sentiment que Netanyahu « tente, et certaines personnes qui s’associent avec lui, de créer une atmosphère d’hystérie, une atmosphère de peur, basée sur des mensonges et la tromperie pour empêcher un accord de prendre forme ».

Dans son discours au Congrès, Netanyahu a sévèrement critiqué l’accord nucléaire avec l’Iran qui se profile et a expliqué qu’il ouvrirait la voie à un arsenal nucléaire iranien.

Zarif a répondu que « certaines personnes considèrent la paix et la stabilité comme une menace existentielle, car un accord ne peut pas être une menace pour personne, sauf si vous voulez un conflit, de la tension, de la méfiance et une crise ».