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1 000 milliards de dollars de commerce avec les EAU d’ici 10 ans ?

Un an après les Accords d'Abraham, le commerce entre les deux pays dépasse les 600 millions de dollars au 1er semestre 2021, les investisseurs voient encore de grandes opportunités

Ricky Ben-David est journaliste au Times of Israël

Les drapeaux israélien et émirati flottent au dessus de la ville côtière de Netanya, le 16 avril 2020. (Crédit : Jack Guez/AFP)
Les drapeaux israélien et émirati flottent au dessus de la ville côtière de Netanya, le 16 avril 2020. (Crédit : Jack Guez/AFP)

Un an après les séances photos organisées depuis Washington, les Émirats arabes unis estiment que la coopération économique avec Israël pourrait atteindre plus de mille milliards de dollars au cours de la prochaine décennie.

Ce chiffre stratosphérique a été évoqué avec gourmandise il y a quelques jours par le ministre émirati de l’Économie Abdulla bin Touq Al-Marri pendant un événement virtuel marquant le tout premier anniversaire des Accords d’Abraham, l’accord historique de normalisation des liens entre Israël et les Émirats Arabes unis – le Bahreïn, le Soudan et le Maroc ont rapidement emboîté le pas des EAU – qui a été négocié par les États-Unis.

Tandis que les Israéliens entretiennent depuis longtemps des liens commerciaux et sécuritaires discrets avec les Émirats, l’accord de normalisation a été considéré comme une potentielle aubaine économique, avec un plus grand accès au pôle commercial et de transport de Dubaï, en plus du tourisme et de l’énergie.

Le ministre des Affaires étrangères émirati a noté que l’État juif et les Émirats avaient d’ores et déjà signé des accords de commerce bilatéral à hauteur de plus de 600 millions de dollars au premier semestre de l’année 2021 dans les domaines de l’agro-alimentaire, de l’agriculture, des soins de santé, de l’aviation, de l’eau et de l’énergie, ainsi que des dizaines de protocoles d’accord qui dessinent les contours d’accords futurs ou existants.

Un an après les Accords d’Abraham, « nous avons des choses à raconter et les plus importantes d’entre elles, c’est que nous avons accueilli des ambassadeurs, nous avons signé plus de 60 protocoles d’accord, nous avons réalisé entre 600 et 700 millions de dollars en commerce bilatéral… et nous avançons dans de nombreux domaines en ce qui concerne les opportunités économiques », a déclaré bin Touq Al-Marri lundi.

« Nous cherchons à mettre en place des activités économiques à hauteur de plus de mille milliards de dollars avec Israël au cours de la prochaine décennie », a-t-il ajouté.

Entre 600 millions de dollars et mille milliards de dollars, il y a encore beaucoup de chemin à parcourir – mais le ministre a indiqué que les opportunités étaient « sans fin », en particulier lorsque la crise entraînée par la pandémie de COVID-19 sera terminée. « Nous allons assister, au cours des prochaines années, à une vague commerciale encore plus forte », a-t-il déclaré, citant la prochaine Exposition universelle 2020 qui aura lieu à Dubaï à partir du mois d’octobre, où il y aura « un grand nombre d’occasions pour établir des liens d’affaires et commerciaux ».

Les journalistes viennent visiter Terra, le pavillon du développement durable, lors d’une visite de la Dubaï World Expo, aux Émirats arabes unis, le 16 janvier 2021. (Crédit : AP/Kamran Jebreili)

L’Expo devrait attirer des milliers de participants du monde entier qui pourront prendre part à des événements commerciaux et culturels. Une délégation israélienne d’environ 250 entrepreneurs et hommes d’affaires, qui sont invités par l’Institut israélien chargé des exportations et par la banque Hapoalim, sera notamment présente.

« Les Accords d’Abraham sont encore jeunes, ils sont robustes et nous faisons en sorte de faire avancer leur ordre du jour au niveau économique », a expliqué bin Touq Al-Marri.

Diamants et énergie

Selon des données du Bureau central des statistiques israélien (BCS) citées par l’Institut israélien des exportations et par la Fédération des chambres de commerce en Israël, le commerce bilatéral entre l’État juif et les Émirats arabes unis, entre les mois de janvier et de juin 2021, a représenté approximativement 610 millions de dollars. Plus de la moitié de ces transactions commerciales a porté sur les diamants. Sur les 210 millions d’exportations israéliennes aux Émirats, en 2021, 70 % (soit 150 millions de dollars) ont concerné des diamants et le reste de ces exportations a relevé du commerce industriel (métaux, plastique, machinerie industrielle, électronique et télécommunications, transports et logistique).

Les importations israéliennes de diamant depuis les EAU, en 2021, se sont élevées à 190 millions de dollars avec un montant supplémentaire de 210 millions de dollars dans le commerce industriel, pour une somme totale de 400 millions de dollars.

De manière déterminante, ce total de 610 millions de dollars en transactions commerciales n’a pas compris les secteurs du tourisme ou « des services », un terme vague utilisé dans les données qui comprend les services technologiques comme la cybersécurité et l’intelligence artificielle. Le Bureau central des statistiques n’a livré aucune information sur ces secteurs particuliers.

Toutefois, les exportations hi-tech constituent une part significative – 11,6 % en 2020 ou approximativement 43,4 milliards de dollars, selon le ministère israélien de l’Économie – de toutes les exportations israéliennes, et elles sont un élément essentiel pour augmenter la croissance économique au sein de l’État juif.

La bourse aux diamants à Ramat Gan, le 23 juin 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

L’ampleur des accords et des investissements dans le secteur privé est difficile à évaluer pour le moment. Mais l’afflux attendu des capitaux d’investissements émiratis vers les start-ups israéliennes ne s’est pas encore véritablement matérialisé.

La création d’un fonds trilatéral pour les investissements du secteur privé et pour des initiatives de développement favorables à la coopération économique régionale avait été annoncée par les États-Unis, Israël et les Émirats arabes unis dans le cadre des accords, mais le sujet n’a pas été réellement évoqué depuis.

Il y a eu toute une série d’annonces suite à la signature des accords, certaines impliquant des agences gouvernementales ou des entreprises publiques. Elles ont notamment porté sur des accords dans la recherche sur l’eau, sur les technologies, dans la recherche et le développement dans les biotechnologies et dans les technologies de l’agriculture mais ont aussi concerné les services bancaires, les technologies alimentaires, la coopération en télémédecine ou les appareils médicaux.

Le président et directeur général de Watergen, Michael Mirilashvili, et Khadim Al Darei, vice-président et co-fondateur d’Al-Dahra à Abou Dhabi, le 25 novembre 2020. (Autorisation)

Une entreprise israélienne fabriquant des drones basés sur l’intelligence artificielle, Percepto, a récemment signé un accord lui confiant le contrôle et la sécurisation d’opérations critiques dans les infrastructures des Émirats, notamment dans les usines travaillant dans le secteur de l’énergie solaire et dans les champs de pétrole, tandis qu’Airobotics, également développeur de drones, aidera les autorités à réduire le temps d’intervention lors de l’Expo 2020 à Dubaï.

L’un des plus importants accords conclus jusqu’à présent entre les deux pays – qui n’a pas non plus été inclus dans les données dans la mesure où il s’agit d’un accord commercial – a été l’acquisition, par l’entreprise publique émiratie Mubadala Petroleum, d’une part de 22 % dans la plateforme de gaz offshore Tamar exploitée par le groupe Delek. L’accord a été finalisé ce mois-ci.

Des ouvriers sur la plate-forme de traitement du gaz Tamar, le 23 juin 2014. (Crédit : Moshe Shai/FLASH90)

Ce n’est que le début

Dorian Barak, un investisseur israélien actif depuis plus d’une décennie dans la région du Golfe, a déclaré au Times of Israel dans une interview téléphonique, cette semaine, que sur les dizaines de protocoles d’accord signés l’année dernière, « peut-être 20 % ont abouti sur des transactions commerciales ». Mais ce n’est que le début.

Barak est le cofondateur de l’UAE-Israel Business Council, qui a été créé l’année dernière avec Fleur Hassan-Nahoum, adjointe au maire de Jérusalem, qui vise à rassembler entrepreneurs, hommes et femmes d’affaires, responsables gouvernementaux et organisations à but non-lucratif qui cherchent à faire avancer des opportunités économiques et sociales entre les deux pays. Le conseil compte 4 000 membres enregistrés, a-t-il précisé.

Il a estimé que d’ici la fin de l’année 2021, l’État juif et les Émirats atteindront le milliard de dollars en termes d’échanges commerciaux, en incluant les secteurs du tourisme et des services. Une partie très importante des activités économiques se fait discrètement, a indiqué Barak.

Un trader à la bourse de Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 12 mars 2020. (Crédit : AP Photo/Kamran Jebreili)

« Environ 40 % des entreprises israéliennes se sont installées dans les zones de libre-échange émiraties et plus de 200 firmes ont des représentants dans le pays dans des secteurs comme l’agriculture, la joaillerie, l’alimentation, la vente au détail », a ajouté Barak, qui a noté qu’il pensait que ce chiffre pourrait atteindre les 500.

Le plus important, a-t-il poursuivi, c’est que les Émirats sont pour les entreprises israéliennes une « zone de lancement » et que cette réalité va déboucher sur des opportunités énormes.

« Si vous avez une entreprise internationale, les EAU sont l’un des endroits les plus faciles d’où il est possible de lancer des opérations dans l’Est de l’Asie et dans la région du Golfe plus largement. Dubaï est le pôle commercial de cette région. Mener des opérations logistiques depuis les EAU rend les choses bien plus simples et bien plus efficaces », a-t-il poursuivi.

Les liens avec les Émirats « vont servir de catalyseur pour le commerce avec le monde arabe au sens large » et au-delà. Le pays « est connu dans les cercles commerciaux comme une place de choix pour le commerce extérieur. Il vaut mieux penser ‘à partir de Dubaï’ plutôt qu’à Dubaï uniquement ».

Les tours du quartier de la Marina à Dubaï, aux Émirats arabes unis, le 6 avril 2021. (Crédit : AP Photo/Kamran Jebreili)

Le docteur Sabah al-Binali, chef de l’entreprise de capital-risque OurCrowd pour les opérations dans le Golfe, basée aux Émirats arabes unis, a expliqué au Times of Israel lors d’une visioconférence, mardi, que les Émirats présentaient « un avantage comparatif en Afrique et en Asie » avec des liens commerciaux et d’investissement solides, depuis des décennies, sur ces continents.

Pour Israël, les EAU ne doivent pas être considérés « seulement comme une destination mais comme une passerelle », a-t-il dit.

« La capacité de conceptualiser des produits et des technologies, c’est un avantage global pour Israël. Les Émirats arabes unis sont un pôle commercial qui sait comment amener le commerce au niveau global », a poursuivi le docteur al-Binali, qui a expliqué qu’il y avait « un démarrage en Israël, et un décollage aux Émirats arabes unis ».

Il a prôné la patience et l’optimisme, et il a noté qu’il fallait plus d’un an pour qu’une compagnie donnée perce sur un nouveau marché. « Tout le monde tente de comprendre ce que sont les opportunités et de construire des relations, mais il y a aussi beaucoup d’ouverture et de communication et nous assistons également à une forte traction », a-t-il poursuivi, indiquant que certaines entreprises étaient à un stade avancé de négociations d’accords. Il a expliqué s’attendre à un nombre bien plus élevé d’annonces en 2022.

« L’intérêt pour la fintech est fort » dans la mesure où les Émirats sont un pôle pour les services financiers. C’est le cas également pour « les technologies médicales, les technologies agricoles, la mobilité et la logistique », a noté le docteur al-Binali.

Shelly Hod Moyal, partenaire fondatrice et co-directrice-générale de la firme de capital-risque israélienne iAngels, a affirmé que le pôle de Dubaï était, par exemple, « très averti en ce qui concerne les technologies, très innovant – même plus qu’Israël – et il y a un potentiel important concernant l’adoption des technologies israéliennes ».

Les co-fondatrices de la firme israélienne de capital-risque iAngels, Mor Assia, à gauche, et Shelly Moyal, à droite. (Crédit : Efi Sameach)

« Mais les deux pays apprennent seulement à se connaître. Les Émiratis sont des investisseurs très sophistiqués, ils savent ce qu’ils font et nous nous concentrons davantage sur les relations que sur les transactions », a-t-elle confié au Times of Israel.

« Il y a beaucoup de bonne volonté et d’enthousiasme des deux côtés et il y a de grandes opportunités pour faire des affaires », a renchéri Mor Assia, autre co-fondatrice et co-directrice-générale d’iAngels.

« Nous avons le temps, nous avons la patience et nous construisons les relations avec beaucoup de soin », a poursuivi Assia.

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