600 rabbins et chantres s’opposent à Friedman, l’envoyé américain désigné en Israël
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600 rabbins et chantres s’opposent à Friedman, l’envoyé américain désigné en Israël

Dans une lettre ouverte, les groupes libéraux Juifs affirment que cette nomination “extrême”, qui avait dit que les soutiens de J Street étaient « pires que des kapos », nuira à Israël

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Donald Trump et l'avocat David Friedman sortent de l'immeuble fédéral à laz suite d'une apparition devant le Tribunal des Faillites, le jeudi 25 février 2010 à n Camden, New Jersey. (Crédit : Bradley C Bower/Bloomberg News, via Getty Images / JTA)
Donald Trump et l'avocat David Friedman sortent de l'immeuble fédéral à laz suite d'une apparition devant le Tribunal des Faillites, le jeudi 25 février 2010 à n Camden, New Jersey. (Crédit : Bradley C Bower/Bloomberg News, via Getty Images / JTA)

WASHINGTON — Plus de 600 rabbins et chantres ont signé une lettre ouverte dénonçant la candidature de David Friedman, que Trump a choisi comme nouvel ambassadeur américain en Israël.

La lettre – qui demande que cette nomination soit annulée par le président ou que le Sénat s’oppose à la candidature de Friedman si Trump devait s’obstiner à maintenir son choix – survient trois jours avant l’audience de confirmation de ce juriste spécialisé dans le droit des faillites.

Il devrait être interrogé jeudi pendant cette session par les membres de la commission des relations étrangères du Sénat sur les déclarations controversées qu’il a faites dans le passé et sur son soutien affirmé aux constructions dans les implantations israéliennes.

Citant un article écrit par Friedman l’année dernière et publié sur le site d’extrême droite Israel National News où il accusait les partisans de J Street d’être « pires que des Kapos » – en référence aux Juifs qui avaient aidé les nazis pendant l’Holocauste – les signataires ont fustigé son comportement, disant qu’il était incompatible avec les valeurs juives.

« Les rabbins du Talmud sont intransigeants sur le fait que nous devons nous adresser aux autres – et particulièrement à ceux avec lesquels nous sommes en désaccord – avec amour et avec respect. On nous apprend que humilier autrui revient à faire couler son sang », ont-ils expliqué.

« Et pourtant, M. Friedman semble n’avoir aucun scrupule à insulter ceux avec lesquels il est en désaccord », ont-ils ajouté.

A l’origine de cette lettre, un certain nombre de groupes juifs américains – notamment J Street, T’ruah et Ameinu – qui ont été horrifiés par la nomination de Friedman depuis qu’elle a été annoncée et qui se sont engagés à la combattre.

Les signatures ont été collectées en un peu moins de trois semaines.

Le directeur général de J Street, Jeremy Ben-Ami, à la conférence du groupe à Washington, le 21 mars 2015 (Crédit : JTA / J Street)
Le directeur général de J Street, Jeremy Ben-Ami, à la conférence du groupe à Washington, le 21 mars 2015 (Crédit : JTA / J Street)

Les propos tenus par Friedman sur les »“kappos », ont dit les rabbins et les chantres, sont l’antithèse absolue de la réserve diplomatique que les Américains sont en droit d’attendre de leurs ambassadeurs.

“Un ambassadeur a la mission de représenter notre nation entière. »

« Il est pervers historiquement et hautement insultant d’affirmer que les Juifs qui prônent la paix – parmi lesquels de nombreux signataires de cette missive – ne valent pas mieux que les collaborateurs des nazis qui avaient comploté pour annihiler le peuple juif », ont-ils poursuivi.

Ce natif de Long Island, âgé de 57 ans, a également suscité la colère de la gauche juive américaine pour son opposition à une solution à deux états et pour son soutien affirmé et financier aux implantations en Cisjordanie.

A LIRE : David Friedman, ses propos sur le ‘kapo’ et l’honneur juif

En plus de sa profession d’avocat spécialisé en droit des faillites à New York, Friedman est le président de l’organisation ‘American Friends of Bet El Institutions’, un groupe qui soutient une vaste implantation de Cisjordanie située aux abords de Ramallah.

Cet élément, ainsi que les déclarations faites par Friedman pendant la campagne alors qu’il était l’un des conseillers politiques de Trump, rendent cette nomination « hautement inquiétante au niveau politique », affirme la lettre.

L'implantation de Nili, dans le Binyamin, en Cisjordanie. Illustration. (Crédit : Dvirraz/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)
L’implantation de Nili, dans le Binyamin, en Cisjordanie. Illustration. (Crédit : Dvirraz/CC BY-SA 3.0/WikiCommons)

« M. Friedman est un soutien affirmé des implantations en Cisjordanie, que les présidents américains, depuis Johnson, ont toujours considéré comme un obstacle à la paix », continue la missive.

« De plus, M. Friedman s’oppose à la solution à deux états, qui a été la pierre d’achoppement politique de toutes les administrations républicaines et démocrates au cours du dernier quart de siècle. Nous sommes très inquiets de constater que plutôt de représenter les Etats Unis comme étant un pays qui prône la paix, M. Friedman tente de modeler la politique américaine conformément à son idéologie extrême ».

Pour que sa candidature soit approuvée, Friedman devra être confirmé par le Sénat.

Il devrait être soumis à un examen particulièrement minutieux en raison des positions qu’il a pu prendre et qui s’opposent à des décennies entières de politique bipartisane, en particulier sur la question des implantations.

Depuis 1967, la politique américaine officielle – durant les administrations tant républicaines et démocrates – s’est opposée aux constructions israéliennes dans les zones revendiquées par les Palestiniens pour leur futur état.

La nomination de Friedman a divisé une grande partie de la communauté juive américaine en raison de son intention de faciliter la réalisation de la promesse faite pendant la campagne de Trump de relocaliser l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem – une initiative actuellement suspendue.

Dans une déclaration annonçant sa nomination, il avait indiqué qu’il prévoyait de mener à bien sa mission depuis « la capitale éternelle d’Israël, Jérusalem ».

Le président américain Donald Trump pendant un entretien accordé à Fox News, le 26 janvier 2017. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Le président américain Donald Trump pendant un entretien accordé à Fox News, le 26 janvier 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Mais Trump a depuis semblé faire marche arrière, ou, tout du moins, reporté ce déménagement attendu. Au cours d’une interview récente accordée au journal Israel Hayom, propriété de Sheldon Adelson, Trump n’a pris aucun engagement concernant une éventuelle relocalisation.

« Je pense à l’ambassade, j’étudie cette question, et on verra bien ce qui arrivera », a dit Trump.

« L’ambassade, ce n’est pas une décision facile. Cela fait de nombreuses, nombreuses années que cette idée circule, et personne n’a voulu prendre la décision finale. J’y pense très sérieusement et on verra bien ce qui arrivera », a-t-il ajouté.

Toutefois, les rabbins et les chantres signataires de la lettre craignent que la confirmation de Friedman au poste d’ambassadeur n’oriente certaines politiques à la Maison Blanche qui, estiment-t-ils, pourraient nuire à long terme à Israël.

« Les positions pro-implantations de Friedman et l’opposition à une solution à deux états sont en conflit avec notre point de vue et celui de la majorité des Juifs américains qui considèrent l’expansion des implantations comme un obstacle à la paix, et qui soutiennent avec force une solution à deux états », disent-ils.

« Les politiques favorisées par M. Friedman affaibliraient la sécurité, la démocratie, l’identité juive d’Israël en tant que foyer du peuple juif ».

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