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A la COP27, un monde (toujours) divisé au chevet d’une planète en danger

Depuis l'an dernier, 24 pays seulement ont relevé leurs engagements et l'ONU ne voit "aucune piste crédible" pour tenir l'objectif des Accords de Paris

Les participants au Sommet des Nations Unies sur le climat COP27 arrivent, dimanche 6 novembre 2022, à Sharm el-Sheikh, en Égypte. (Crédit : AP Photo/Peter Dejong)
Les participants au Sommet des Nations Unies sur le climat COP27 arrivent, dimanche 6 novembre 2022, à Sharm el-Sheikh, en Égypte. (Crédit : AP Photo/Peter Dejong)

Les représentants d’un monde encore divisé et dans la tourmente se retrouvent dimanche à Charm el-Cheikh pour deux semaines de conférence au chevet d’une planète ballottée par les catastrophes climatiques et toujours sur la voie d’un réchauffement catastrophique.

Plus de 100 chefs d’Etat et de gouvernement sont attendus lundi et mardi pour le « sommet des leaders » de cette vingt-septième COP, selon les organisateurs égyptiens, dans un contexte de crises multiples et liées : guerre en Ukraine, tensions inflationnistes et spectre de récession mondiale, crises énergétique, alimentaire et de la biodiversité…

De quoi reléguer au second plan une crise climatique « existentielle, primordiale et omniprésente », selon les mots du ministre égyptien des Affaires étrangères, Sameh Choukri, qui présidera la COP27.

Les rapports alarmants se sont multipliés depuis la COP26 à Glasgow, quand près de 200 pays s’étaient solennellement engagés à « maintenir en vie » l’objectif le plus ambitieux de l’accord de Paris, traité fondamental conclu en 2015. A savoir contenir le réchauffement à 1,5°C par rapport à l’ère pré-industrielle, période où les humains ont commencé à brûler à grande échelle les énergies fossiles (charbon, pétrole ou gaz) qui émettent les gaz à effet de serre responsables du réchauffement.

Mais depuis, 24 pays seulement ont relevé leurs engagements et l’ONU ne voit « aucune piste crédible » pour tenir cet objectif.

Même si tous les pays tenaient leurs promesses, ce qui n’est encore jamais arrivé, le monde serait sur une trajectoire de réchauffement de 2,4°C d’ici la fin du siècle. Avec les politiques actuelles c’est un catastrophique +2,8°C qui se profile. « Pitoyablement pas à la hauteur », a fustigé le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres.

Le Secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, s’adressant à la 77e session de l’Assemblée générale au siège de l’ONU à New York, le 20 septembre 2022. (Crédit : AP Photo/Mary Altaffer)

Catastrophe mondiale

Il n’est pourtant pas certain que la COP27 débouche sur de vraies avancées en la matière, notamment en raison des tensions entre les deux plus grands pollueurs mondiaux, les Etats-Unis et la Chine, qui s’étaient pourtant engagés à Glasgow à tenir les négociations sur le climat à l’écart de leurs rivalités.

« Si le contexte politique est si mauvais que les deux plus gros émetteurs ne se parlent pas, nous n’arriverons pas à tenir 1,5°C », prévient Li Shuo, de Greenpeace Chine. La venue en Egypte des présidents chinois Xi Jinping et américain Joe Biden n’est pas annoncée, mais ils pourraient se voir en marge du G20 à Bali, pendant la deuxième semaine de la COP.

Mais en attendant une éventuelle relance, M. Guterres ne peut que sonner une nouvelle fois l’alarme : « nous nous dirigeons vers une catastrophe mondiale ».

Catastrophe dont les impacts se multiplient déjà, comme l’a montré 2022 : terribles inondations au Pakistan (qui ont mis entre juin et septembre un tiers du pays sous les eaux) ou au Nigeria, canicules, méga-feux et sécheresses, comme dans la corne de l’Afrique où des millions de personnes souffrent d’insécurité alimentaire.

La prise de conscience s’est accentuée dans les pays développés, eux aussi de plus en plus touchés, mais les actes ne suivent pas, notamment sur les financements, probablement le sujet le plus contentieux au menu de la COP27.

Sur cette photo d’archives des amandiers morts gisent dans un champ ouvert après avoir été enlevés par un agriculteur en raison du manque d’eau pour les irriguer, dans une ville de la vallée centrale frappée par la sécheresse à Huron, en Californie le 23 juillet 2021. (Crédit : Robyn Beck/AFP)

Les pays riches n’ont en effet toujours pas tenu l’engagement pris en 2009 de porter à 100 milliards de dollars par an en 2020 leurs financements pour aider les plus pauvres à baisser les émissions et s’adapter aux effets du changement climatique. Le montant a plafonné à 83,3 milliards en 2020, selon le dernier bilan de l’OCDE et l’objectif devrait désormais être atteint en 2023.

Trop tard, et surtout trop peu, dénoncent les plus pauvres, quasiment pas responsables du réchauffement mais sur la « ligne de front » de ses effets dévastateurs. Ils réclament désormais des financements dédiés pour les « pertes et dommages » déjà subis.

Croque-mort

« Nous n’avons plus besoin de milliards mais de milliers de milliards. Va-t-on répondre aux plus de trois milliards de personnes qui vivent dans des pays vulnérables ? », s’insurge Harjeet Singh, responsable de la stratégie du Climate Action Network, principale coalition mondiale regroupant plus de 1 800 ONG.

« On jugera du succès ou de l’échec de la COP27 sur un accord sur cette facilité de financement des pertes et dommages, » renchérit Munir Akram, ambassadeur du Pakistan à l’ONU et président du G77+Chine, principal groupe de pays émergents et pauvres aux négociations climat.

Mais les pays développés y sont très réticents, et n’ont accepté à la COP26 que la création d’un « dialogue » sur la question, prévu jusqu’en 2024. Ils devraient toutefois concéder que le sujet soit officiellement à l’ordre du jour à Charm el-Cheikh. « Collectivement, côté pays développés, on est pas mal sur la défensive » sur le sujet, reconnaît un négociateur occidental.

D’autant que les financements pour l’adaptation, que les pays riches s’étaient engagés l’an dernier à doubler, sont eux aussi à la traîne. « Il vaudrait pourtant mieux payer pour le docteur avant (les dégâts) que pour le croque-mort après », cingle Avinash Persaud, représentant de la Première ministre de la Barbade, Mia Motley, qui milite pour une réforme globale du système financier mondial, pour le réorienter vers l’action climatique.

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