A l’hôpital de Haïfa, un rabbin aide les musulmans atteints par la COVID-19
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A l’hôpital de Haïfa, un rabbin aide les musulmans atteints par la COVID-19

Mike Schultz, formé aux Etats-Unis, répond aux besoins non-médicaux - qu'ils soient sacrés ou plus terre-à-terre - des patients atteints par la COVID-19 et souffrant de solitude

Le rabbin Mike Schultz aux abords du centre médical Rambam de Haïfa, le 30 décembre 2020. (Crédit :  Nathan Jeffay/Times of Israel)
Le rabbin Mike Schultz aux abords du centre médical Rambam de Haïfa, le 30 décembre 2020. (Crédit : Nathan Jeffay/Times of Israel)

La troisième vague de coronavirus s’abat actuellement sur Israël. Le rabbin Mike Schultz, pour sa part, continue obstinément à revêtir sa combinaison de Hazmat, se préparant à parler d’Allah.

Les citoyens arabes israéliens ont été affectés de manière disproportionnée par la pandémie de coronavirus. Douze ans après avoir été diplômé d’une école rabbinique de New York, Schultz passe ses journées à parler avec un grand nombre de patients qui sont amenés à explorer profondément leur foi islamique.

« J’ai beaucoup, beaucoup plus de discussions sur Dieu que ce n’est le cas habituellement, les malades largement isolés dans les unités de coronavirus ayant tendance à se pencher et à réfléchir à ce qu’a été leur vie », a-t-il expliqué, mercredi, sur le campus de l’hôpital Rambam de Haïfa, qui a pris en charge plus de cent malades dans son unité installée dans un garage transformé pour l’occasion – soit presque un dixième de toutes les personnes hospitalisées pour cause de COVID-19 dans le pays.

Loin des familles, soignés par un personnel débordé qui ne peut leur consacrer qu’un temps limité, les malades de la COVID-19 reconnaissent que le sentiment de solitude est constant pour eux. C’est là qu’intervient Schultz, à la tête de l’unité de soutien spirituel de Rambam, qui côtoie les malades issus de toutes les confessions – ou d’aucune.

L’unité de coronavirus de l’hôpital Rambam de Haïfa. (Autorisation : Hôpital Rambam)

Sa mission n’est pas nécessairement d’encourager la réflexion religieuse, mais plutôt de recréer un lien entre les patients et ce qui est important à leurs yeux en dehors de leurs inquiétudes immédiates sur leur santé : Leurs espoirs, leurs rêves, la famille, les idéaux et la communauté. La religion ne figure à l’ordre du jour que si elle s’inscrit dans la vision du monde du patient, ou si ce dernier demande expressément d’en parler.

Le rabbin Mike Schultz. (Autorisation : Rambam)

Cela fait longtemps que les hôpitaux disposent d’un rabbin dans leurs établissements, mais ces derniers se concentrent principalement, en général, sur les besoins des malades juifs en termes de religion – la casheroute et le fonctionnement des synagogues installées dans leurs enceintes. Il y a environ 15 ans, le principe de l’aumônerie dans le style américain – plus pastoral, plus interconfessionnel – a commencé à faire son chemin dans les centres médicaux israéliens et il y a aujourd’hui des unités de soins spirituels comme celle de Schultz dans environ la moitié des hôpitaux les plus importants de l’Etat juif.

Son équipe de 19 personnes – elle réunit des Juifs, des musulmans et des chrétiens, et elle est constituée de membres du personnel et d’étudiants –  ne se partage pas dans les services par rapport à la foi mais par rapport précisément aux différents départements des hôpitaux. Ce qui signifie que les malades juifs pourront rencontrer un membre musulman de l’équipe, et vice versa. Il y a – ce qui est prévisible – des objections mais la majorité des malades sont satisfaits de cet arrangement, note Schultz.

A Haïfa, une ville où se côtoient Juifs et musulmans, où le caractère laïc des résidents juifs est connu et où les Arabes, à majorité musulmane, sont plus traditionalistes, cela crée un scénario quelque peu ironique : Les patients musulmans sont ainsi plus enclins que les Juifs à se livrer à des échanges avec Schultz sur la sagesse religieuse.

« Je crée un lien avec les malades musulmans parce que nous avons un sens de la croyance que nous partageons », explique Schultz. « Il y a ce sentiment qu’on va se comprendre, que ‘je peux vous parler de mes croyances et de Dieu tout autant que je peux vous parler de ma maladie’. »

« Le plus important, c’est d’avoir des conversations ouvertes sur les défis que les gens, indépendamment de qui ils sont, sont amenés à relever », dit-il. « Il faut s’efforcer de les rejoindre là où ils se trouvent, quel que soit l’obstacle qu’ils doivent franchir ».

Son institution porte le nom d’un autre rabbin qui avait passé beaucoup de temps au chevet de malades musulmans : Rambam est l’acronyme, en hébreu, qui se réfère au rabbin Maïmonide, au 12e siècle. Il avait été le médecin, entre autres, de Saladin, sultan d’Egypte et de Syrie.

Schultz, 41 ans, est marié et père de trois enfants. Il a quitté Boston pour Israël, il y a onze ans, après avoir terminé sa formation rabbinique à la Yeshivat Chovevei Torah du Bronx – qui propose également une formation à l’aumônerie interconfessionnelle.

Le rabbin Mike Schultz (qui tient le certificat de mariage) lors d’une cérémonie de mariage en Israël (Capture d’écran/ Yeshivat Chovevei Torah Rabbinical School)

Il s’est entretenu avec le Times of Israel sur un banc, à l’extérieur de l’hôpital actuellement en effervescence, alors que les personnes âgées viennent se faire vacciner contre le coronavirus.

Le monde dans lequel il officie est caché aux regards : l’unité de prise en charge de COVID-19 est sous nos pieds, dans une structure particulière souterraine – ce qui garantit sa sécurité même lors d’une attaque à la bombe.

Pour se rendre auprès des malades atteints par le coronavirus au sein de l’unité, il doit revêtir une combinaison de hazmat.

« En conséquence, c’est difficile de me voir et c’est difficile de parler avec des patients qui s’expriment souvent avec des tubes », dit-il. « Mais cela vaut la peine pour avoir un contact humain : les gens disent que la conversation leur manque tellement ! »

La conversation reste souvent très générale. Mais quand les choses deviennent plus profondes, le dialogue peut devenir très émouvant – même si Dieu n’est pas de la partie.

Les personnels de l’unité de coronavirus au campus de l’hôpital de Rambam à Haïfa. (Autorisation : Rambam Health Care Campus)

Un patient musulman, un quinquagénaire, était bien déterminé à quitter l’unité et à aller se faire soigner de la COVID-19 chez lui. « Il voulait refuser tout traitement et simplement partir », explique le rabbin. « Puis il a regardé autour de lui, il a vu les autres malades et il a remarqué qu’ils étaient Juifs et musulmans, riches et pauvres ».

« Il a déclaré alors : ‘Pourquoi est-ce que je ferais subir cela à mes enfants en insistant pour être à la maison, avec eux, qui devront s’occuper de moi en permanence alors que je peux être ici, avec ce groupe diversifié ?’ C’est voir devant lui cet échantillon représentatif de la société israélienne, ces gens tous atteints par la même maladie, qui l’a aidé à rester. Cela a été une expérience spirituelle », raconte le rabbin.

Schultz raconte également le voyage spirituel d’un malade arabe et chrétien âgé d’une vingtaine années « qui a eu le sentiment de côtoyer la mort de si près que ses priorités ont changé – il a décidé de ne plus se focaliser sur toutes les petites choses, certains obstacles, les insultes proférées par les autres, qui le blessaient dans le passé ».

Le campus de l’hôpital Rambam (Autorisation : Rambam Health Care Campus)

Si Schultz a aidé des malades, la réciproque est également vraie. « Quand j’ai commencé à aller les voir, mon niveau de stress a baissé », dit-il. « Jusque-là, j’avais tendance à voir le virus comme un monstre invisible qui se planquait dans tous les coins ».

« Mais en affrontant ce monstre en face à face – en voyant ce que le coronavirus a de pire, même la mort – je constate aussi que même au sein des unités, il reste de la vie et de la vitalité, et des conversations réelles sur des choses importantes », explique-t-il. « C’est, d’une certaine manière, plus facile pour moi de prendre du recul et de dire que oui, nous devons être prudents mais que nous pouvons continuer à vivre, même dans l’ombre de ce danger ».

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