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A peine à la tête d’Israël, Lapid attendu à Paris pour discuter Liban et Iran

Après l'envoi de drones du Liban vers des plates-formes gazières, le Premier ministre demandera à Macron de pousser Beyrouth vers un compromis sur la frontière maritime avec Israël

Le Premier ministre israélien Yair Lapid s'adresse à la presse avant d'embarquer sur son vol pour la France, à l'aéroport Ben Gourion de Lod, le 5 juillet 2022. (Crédit : Guillaume LAVALLÉE / AFP)
Le Premier ministre israélien Yair Lapid s'adresse à la presse avant d'embarquer sur son vol pour la France, à l'aéroport Ben Gourion de Lod, le 5 juillet 2022. (Crédit : Guillaume LAVALLÉE / AFP)

Pour son premier déplacement à l’étranger depuis son accession au poste de Premier ministre d’Israël, le centriste Yaïr Lapid se rend mardi à Paris pour demander au président Emmanuel Macron « d’intervenir » afin de sauver les pourparlers gaziers entre le Liban et l’Etat hébreu.

M. Lapid a été nommé vendredi Premier ministre israélien dans le cadre d’un accord de partage de pouvoir avec Naftali Bennett prévoyant notamment une rotation au titre de Premier ministre en cas de dissolution de la Knesset, le Parlement.

Ces dernières semaines, leur coalition avait perdu sa majorité, catalysant la dissolution du Parlement, la convocation d’élections en novembre, et donc l’accession aux plus hautes marches du pouvoir de Yaïr Lapid.

Ce dernier doit assurer l’intérim jusqu’à la formation du prochain gouvernement.

Dès le lendemain de son arrivée au pouvoir, Israël a été confronté à trois drones du groupe terroriste chiite libanais Hezbollah, allié de l’Iran, ennemi juré de l’Etat hébreu.

Un drone lancé par le groupe terroriste libanais du Hezbollah peu après son interception par un avion israélien en mer méditerranée, le 2 juillet 2022. (Crédit : Armée israélienne)

Les drones avaient été abattus alors qu’ils se dirigeaient vers le champ gazier de Karish, dans la zone maritime « israélienne », en Méditerranée orientale.

« Le Hezbollah poursuit sur la voie du terrorisme et sape la capacité du Liban à parvenir à un accord sur la frontière maritime », a commenté ce week-end M. Lapid.

Avant son départ pour la France, une visite initialement prévue pour son prédécesseur Naftali Bennett, Yaïr Lapid a déclaré vouloir discuter avec le président Macron des « attaques répétées contre le gisement gazier israélien, ce qu’Israël ne peut pas admettre ».

Les auteurs des attaques aux drones « doivent savoir qu’ils prennent un risque inutile, le gouvernement libanais doit contrôler le Hezbollah ou nous serons forcés de le faire », a-t-il affirmé à des journalistes à l’aéroport de Tel-Aviv.

 

Paris avant Biden

Cette visite intervient avant celle, la semaine prochaine en Israël, en Cisjordanie et en Arabie saoudite du président américain Joe Biden, dans le cadre de sa première tournée au Moyen-Orient depuis son arrivée à la Maison-Blanche.

Le Liban et Israël, deux pays voisins officiellement toujours en état de guerre, avaient entamé en octobre 2020 des négociations inédites sous l’égide de Washington pour délimiter leur frontière maritime, afin de lever les obstacles à la prospection d’hydrocarbures.

Mais les pourparlers avaient été suspendus en mai 2021 en raison de différends concernant la surface de la zone contestée, concernant notamment le champ gazier de Karish.

Energean travaillant dans le champ pétrolier de Karish, au large d’Israël, en 2020. (Crédit: Capture d’écran via YouTube)

« Nous connaissons l’importance de la position de la France sur les questions liées au Liban et nous allons demander à la France d’intervenir pour maintenir les négociations que nous voulons mener jusqu’au bout sur les questions gazières », a déclaré un haut responsable israélien à un petit groupe de reporters, dont l’AFP, voyageant mardi avec M. Lapid.

La France, qui a reçu le mandat d’administrer le Liban en 1923 par la Société des Nations, est depuis lors un acteur majeur de la politique et de l’économie libanaises.

« Nous voulons que le président français utilise ses relations pour faire comprendre au gouvernement libanais que nous avons l’intention de mener à bien les négociations », a déclaré le responsable israélien, faisant référence aux pourparlers indirects entre Israël et le Liban sur la frontière maritime entre les pays. « Nous voulons le faire, mais nous ne serons pas en mesure de le faire sous les menaces du Hezbollah. »

« Le Hezbollah ne devrait pas jouer avec le feu », a ajouté le responsable, avertissant qu’une frappe sur une plateforme gazière « pourrait être un acte très dangereux ».

« Le Premier ministre présentera de nouveaux documents qui expliqueront comment le Hezbollah met en danger la sécurité et la stabilité du Liban », a déclaré le responsable.

En plus de l’avertissement au Hezbollah, Israël espère que Macron enverra un message plus conciliant au gouvernement libanais. « Le message que nous voulons leur faire passer est qu’il serait extrêmement bénéfique pour eux de profiter de l’opportunité actuelle », a déclaré le fonctionnaire, soulignant l’implication active de l’envoyé américain pour l’énergie, Amos Hochstein, dans la question de la frontière maritime.

« Nous pouvons parvenir à un accord », a ajouté le fonctionnaire, « s’ils ne laissent pas le Hezbollah s’interposer ».

Si le groupe terroriste soutenu par l’Iran continue de menacer les champs gaziers d’Israël, a averti le fonctionnaire, « cela pourrait provoquer une détérioration qui ne nous intéresse pas. »

Israël a signé mi-juin un accord pour livrer du gaz naturel à l’Egypte, qui prévoit le liquéfier pour l’expédier en Europe.

Le Vieux continent cherche en effet à diversifier ses approvisionnements énergétiques après la décision de la Russie de couper ses livraisons de gaz à des pays européens.

Et dans ce contexte, l’Etat hébreu dit vouloir s’assurer d’une paix gazière en Méditerranée orientale, où la découverte et l’exploitation de gisements gaziers au cours de la dernière décennie a attisé les contentieux frontaliers.

« La question du Liban est essentielle et M. Lapid reviendra sur la position israélienne selon laquelle le Hezbollah est avant tout une menace pour l’avenir du Liban », a ajouté ce haut responsable israélien requérant l’anonymat.

Le Premier ministre Yair Lapid préside son premier conseil des ministres, le 3 juillet 2022. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Outre le Hezbollah, l’Iran devrait être au menu des échanges Macron-Lapid, l’Etat hébreu tentant de convaincre les puissances occidentales de ne pas renouveler l’accord encadrant le programme nucléaire iranien (JCPOA) en échanges de la levée de sanctions.

Les responsables israéliens craignent de voir l’Iran se doter de l’arme nucléaire, ce que Téhéran nie.

Ils redoutent aussi que la levée de sanctions ne permettent à la République islamique de regarnir ses coffres pour accroître son aide à ses alliés aux frontières d’Israël comme le Hezbollah libanais ou le Hamas palestinien.

Comme Premier ministre, Naftali Bennett avait prôné la « doctrine de la pieuvre » face à l’Iran, disant vouloir miner directement Téhéran plutôt qu’uniquement ses « tentacules » dans la région.

En lui succédant, M. Lapid s’est engagé à « tout faire en son pouvoir » pour empêcher l’Iran de se doter de l’arme nucléaire ou de « s’enraciner aux frontières » d’Israël.

Israël s’attend également à ce que l’enquête sur le meurtre de la journaliste palestinienne Shireen Abu Akleh soit abordée lors de la réunion de mardi, selon le fonctionnaire.

Le voyage d’une journée comprendra une réunion bilatérale entre Macron et Lapid, puis une session plus large avec leurs assistants.

L’amitié entre Lapid et Macron remonte à avant que l’un ou l’autre n’occupe son poste actuel. Lapid a pris la mesure inhabituelle de soutenir Macron lors de l’élection présidentielle de 2017, et Macron a semblé lui rendre la pareille en l’accueillant à l’Élysée, à Paris, quatre jours seulement avant les élections d’avril 2019 en Israël.

Fin novembre, Lapid s’est rendu à Paris et a rencontré Macron à la fin d’un voyage de trois jours en Europe, considéré comme largement axé sur les négociations sur le nucléaire iranien à Vienne.

Le président français Emmanuel Macron, au centre, rencontre le député Kakhol lavan Benny Gantz, à droite, et le législateur de Yesh Atid, Yair Lapid, à Jérusalem, le 22 janvier 2019. (Crédit : Elad Malka)

Après la victoire électorale de Macron en avril, Lapid a qualifié le centriste Macron de « bon ami » et a partagé une photo des deux hommes s’embrassant.

Un certain nombre de signes indiquent que, l’élection étant derrière lui, Macron a l’intention d’améliorer les liens avec Israël.

L’ambassadeur de France en Israël, Eric Danon, a déclaré aux parlementaires français en visite en juillet dernier que Macron avait l’intention de renforcer les relations avec Israël s’il était réélu en 2022, selon une source diplomatique ayant connaissance de la réunion.

La nomination de Danon par Macron était en soi une indication importante de l’orientation qu’il souhaite donner à la relation. Danon, un proche confident du dirigeant français, n’est pas un diplomate typique, a déclaré Emmanuel Navon de l’Institut de Jérusalem pour la stratégie et la sécurité, et est « très bien disposé envers Israël ».

Cette disposition a été pleinement affichée en juillet dernier, lorsque Danon a prononcé un discours étonnamment musclé lors des célébrations du 14 juillet, soulignant la position de la France selon laquelle « le régime des mollahs [en Iran] ne devrait jamais posséder la bombe nucléaire ».

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