Israël en guerre - Jour 283

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A Tel Aviv, le camp de la paix en difficulté tente un nouvel élan après le 7 octobre

Réunissant juifs et arabes sous le slogan "Seule la paix pourra apporter la sécurité", ce sommet a compté l'historien Yuval Noah Harari et le chef du parti radical Hadash, Ayman Odeh

  • Des milliers de personnes lors d'une conférence pour la paix à la Menora Mivtachim Arena de Tel Aviv, le 1er juillet 2024. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
    Des milliers de personnes lors d'une conférence pour la paix à la Menora Mivtachim Arena de Tel Aviv, le 1er juillet 2024. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)
  • Au milieu, le député Hadash Ofer Cassif lors d'une conférence sur la paix à la Yad Eliyahu Arena de Tel Aviv, le 1er juillet 2024. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)
    Au milieu, le député Hadash Ofer Cassif lors d'une conférence sur la paix à la Yad Eliyahu Arena de Tel Aviv, le 1er juillet 2024. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)
  • L'ancien président de Hadash, Ayman Odeh, s'exprime pendant une conférence sur la paix à la Yad Eliyahu Arena de Tel Aviv, le 1er juillet 2024. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)
    L'ancien président de Hadash, Ayman Odeh, s'exprime pendant une conférence sur la paix à la Yad Eliyahu Arena de Tel Aviv, le 1er juillet 2024. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)
  • Les députés travaillistes Gilad Kariv, à droite, et Naama Lazimi, à gauche, parlent pendant une conférence sur la paix à la Yad Eliyahu Arena de Tel Aviv, le 1er juillet 2024. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)
    Les députés travaillistes Gilad Kariv, à droite, et Naama Lazimi, à gauche, parlent pendant une conférence sur la paix à la Yad Eliyahu Arena de Tel Aviv, le 1er juillet 2024. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)
  • Les prospectus distribués lors d'une conférence sur la paix à la Yad Eliyahu Arena de Tel Aviv, le 1er juillet 2024. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)
    Les prospectus distribués lors d'une conférence sur la paix à la Yad Eliyahu Arena de Tel Aviv, le 1er juillet 2024. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)
  • L'historien Yuval Noah Harari s'exprime lors d'une conférence sur la paix à la Yad Eliyahu Arena de Tel Aviv, le 1er juillet 2024. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)
    L'historien Yuval Noah Harari s'exprime lors d'une conférence sur la paix à la Yad Eliyahu Arena de Tel Aviv, le 1er juillet 2024. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)

Dans ce qui a été peut-être le rassemblement le plus impressionnant en ampleur de la gauche israélienne depuis l’attaque commise par le Hamas, le 7 octobre, ce sont des milliers de personnes qui se sont retrouvées dans le quartier Yad Eliyahu, à Tel Aviv. Elles se sont réunies à l’occasion d’une conférence qui a réclamé la conclusion d’un accord qui ouvrirait la voie à la remise en liberté des otages, et la fin de la guerre qui oppose actuellement Israël au Hamas dans la bande de Gaza.

Cet événement organisé lundi soir à la Menora Mivtachim Arena, qui était intitulé « Le moment est venu », a rassemblé tous les pans de la gauche israélienne – depuis des groupes anciens et bien établis comme La Paix Maintenant jusqu’à des mouvements plus récents tels que Standing Together.

Le camp de la paix a connu un net déclin depuis des années maintenant et sa lutte pour se réimposer sur le terrain politique n’a été rendue que plus difficile depuis le début de la guerre à Gaza, le 7 octobre, lorsque le groupe terroriste du Hamas avait pris d’assaut les communautés du sud d’Israël, massacrant près de 1 200 personnes et kidnappant 251 personnes, qui avaient été prises en otage dans la bande de Gaza. il reste aujourd’hui 120 captifs qui se trouvent encore entre les mains du Hamas.

Mais après neuf mois de guerre ou presque, le bloc s’est réuni pour réaffirmer le principe fondamental qui reste le sien après le 7 octobre – celui que seule une résolution négociée du conflit israélo-palestinien permettant de garantir l’égalité entre les deux peuples pourra prévenir un futur massacre.

Le ton de la conférence a été sombre mais plein d’espoir, avec des familles ayant perdu un proche lors de l’assaut sanglant du 7 octobre qui ont pris la parole au début de la soirée.

Maoz Inon, dont les parents ont été assassinés dans leur habitation de Netiv Haasara, le 7 octobre, a indiqué à l’assistance que la souffrance entraînée par la perte de sa famille n’avait fait que renforcer son désir de paix.

« Pour me sauver moi-même, j’ai entrepris un voyage vers la paix et vers la réconciliation. Nous créons de l’espoir, ensemble, en envisageant un avenir commun et en œuvrant à faire de cette aspiration une réalité », a-t-il indiqué.

Clivage générationnel

De nombreux intervenants ont évoqué avec nostalgie l’âge d’or du camp de la paix, lorsqu’Israël était placé sous la direction d’Yitzhak Rabin, en disant que cette époque prouvait qu’une solution politique au conflit entre Israéliens et Palestiniens était encore possible.

Faisant allusion aux années Rabin, la députée Avoda Naama Lazimi a dit au public, saisi par l’émotion, qu’elle était née « dans une famille qui croyait à la paix à une période où nous nourrissions tous cet espoir ».

Les prospectus distribués lors d’une conférence sur la paix à la Yad Eliyahu Arena de Tel Aviv, le 1er juillet 2024. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)

« Nous avons appartenu à une génération à laquelle un avenir différent avait été promis », a-t-elle indiqué, exprimant son inquiétude à la pensée que les générations plus jeunes d’Israéliens, nettement plus à droite que leurs aînés, n’ont jamais été amenées à toucher du doigt cette paix possible entre les deux parties.

« Nous sommes aujourd’hui des parents d’enfants auxquels personne ne promet un avenir différent. Personne ne parle jamais de la paix avec eux et une génération toute entière d’enfants est en train de grandir sans avoir la capacité d’imaginer qu’il puisse seulement y avoir une voie différente », a-t-elle déploré.

Ayman Odeh, à la tête du parti radical Hadash d’extrême-gauche, a exprimé un sentiment similaire au cours d’une allocution passionnée qui a ému jusqu’aux larmes les plus âgés qui se trouvaient dans le public.

« La plus grande partie d’entre nous, ici, se souvient de cette époque où l’opinion publique était différente en Israël. Dans les années 1990, le soutien à la paix était largement établi, il était clair. C’est notre devoir de reconstruire cette conviction et de déclarer que oui, la paix est possible ! », s’est-il exclamé dans son discours.

L’ancien président de Hadash, Ayman Odeh, s’exprime pendant une conférence sur la paix à la Yad Eliyahu Arena de Tel Aviv, le 1er juillet 2024. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)

Le statu-quo fracassé

Yanal Jbareen, un journaliste palestinien originaire de Jérusalem et qui, au début de l’année, avait couvert une conférence de la droite religieuse qui faisait la promotion du retour des implantations juives à Gaza, a dit au public qu’il considérait cette conférence comme l’expression du rejet ferme des ultra-nationalistes israéliens.

« Contre tout cela, il est temps de s’unir – Arabes et Juifs », a-t-il affirmé. « Le désespoir n’est pas un plan d’action, la paix est la solution ».

Yona Roseman, activiste de 18 ans, bénévole au sein de Mesarvot, un réseau de soutien aux « refuzniks » israéliens – ces jeunes qui refusent de servir dans l’armée – a utilisé une image similaire, qualifiant le rassemblement pour la paix de « tentative de créer un camp uni, idéologiquement vaste, de manière médiatisée et qui verra grand ».

Si presque un tiers du cabinet du Premier ministre Benjamin Netanyahu avait assisté à la conférence donnée par la droite à Jérusalem, seulement quelques rares membres de la Knesset se trouvaient à Tel Aviv, lundi soir – une démonstration de la faiblesse actuelle de la gauche israélienne.

Des ministres et des députés dansant lors de la conférence « Les implantations apportent la sécurité  » pour promouvoir la reconstruction des implantations juives à Gaza, au Centre de conventions internationales de Jérusalem, le 28 janvier 2024. (Crédit : Chaïm Goldberg/Flash90)

Malgré la difficulté de leur lutte, de nombreux membres du camp de la paix estiment que l’éclatement du « statu-quo », après le 7 octobre, n’a fait que prouver davantage la justesse de leur vision des choses. Ofer Cassif, député du parti Hadash, a défini le statu-quo en disant que c’était l’idée que « l’occupation et l’oppression du peuple palestinien peuvent être gérées. »

« Elles ne peuvent pas être gérées, elles doivent être éliminées », a déclaré Cassif lundi au Times of Israel, critiquant avec force la vision avancée par la droite de l’échiquier politique concernant le « jour d’après » à Gaza. « Il n’y a pas de victoire totale, c’est une imposture. La droite israélienne pense qu’il s’agit d’un jeu à somme nulle, qu’Israël doit l’emporter et que cela nécessite l’élimination des Palestiniens. »

Il a déclaré qu’il valait mieux considérer que les Juifs et les Palestiniens étaient liés par un seul destin collectif.

« Ce que je dis, c’est que soit c’est une situation où tout le monde gagne et les deux peuples l’emportent ; ou c’est une situation où tout le monde perd et les deux peuples perdront. Cette situation où tout le monde gagne, elle commence ici », a poursuivi Cassif en faisant référence à la conférence sur la paix.

Au milieu, le député Hadash Ofer Cassif lors d’une conférence sur la paix à la Yad Eliyahu Arena de Tel Aviv, le 1er juillet 2024. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)

Chaque discours a mis l’accent sur le fait qu’apporter un soutien à la paix entre Israéliens et Palestiniens n’était pas en tant que telle une idée naïve. Entre les intervenants, les organisateurs ont même projeté une courte vidéo consacrée aux conflits qui avaient pu s’achever par un accord politique – en Afrique du sud, en Irlande du nord ou au Rwanda.

Odeh est allé encore plus loin en faisant remarquer qu’il y a seulement un siècle, l’Europe avait subi deux guerres mondiales.

« Ce mois-ci, nous assistons aux matchs de l’Euro, un tournoi passionnant de football avec des équipes issues des pays de ce continent qui, au siècle passé, avait été dévasté par deux guerres mondiales, des pays qui prônaient la destruction les uns des autres », a déclaré Odeh. « Et maintenant, nous sommes tous dans l’attente de ce grand match entre la France et l’Allemagne et cela ne nous semble même pas extraordinaire. Nous aussi, nous méritons cela ! »

De son côté, l’historien israélien Yuval Noah Harari, dont la renommée dépasse largement les frontières de l’État juif, a opté pour un ton plus cynique, critiquant l’irrédentisme qui domine la culture politique israélienne et palestinienne.

L’historien Yuval Noah Harari s’exprime lors d’une conférence sur la paix à la Yad Eliyahu Arena de Tel Aviv, le 1er juillet 2024. (Crédit :Tomer Neuberg/Flash90)

« La vérité amère, en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, c’est que chaque partie a peur que l’autre soit en train de tenter de l’annihiler – et les deux ont raison », a-t-il indiqué.

Il est toutefois parvenu à terminer son intervention sur une note plus optimiste.

« C’est vrai, nous avons essayé de faire la paix dans le passé et nous n’avons pas été à la hauteur. Et alors ? Nous n’avons pas non plus été réellement à la hauteur quand nous avons fait la guerre, et cela ne nous empêche pas de réessayer encore et encore. Toutes ces guerres nous ont amenées dans un abîme sans fond. Le temps est venu de faire la paix », a-t-il dit.

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