Affaire 3000 : le centre-gauche demande une enquête sur le rôle de Netanyahu
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Affaire 3000 : le centre-gauche demande une enquête sur le rôle de Netanyahu

Yaalon veut une commission d'enquête après l'inculpation des proches du Premier ministre; un élu travailliste : l'affaire "assombrit" le règne du Premier ministre, qui reste muet

Les membres du parti Kakhol lavan (de gauche à droite) Gabi Ashkenazi, Yair Lapid, Benny Gantz et Moshe Yaalon lors d'une conférence de presse sur le plateau du Golan, le 4 mars 2019. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)
Les membres du parti Kakhol lavan (de gauche à droite) Gabi Ashkenazi, Yair Lapid, Benny Gantz et Moshe Yaalon lors d'une conférence de presse sur le plateau du Golan, le 4 mars 2019. (Crédit : Judah Ari Gross/Times of Israel)

Les politiciens de centre-gauche ont exprimé jeudi leur consternation face aux accusations portées contre d’anciens responsables de la défense et des collaborateurs du Premier ministre Benjamin Netanyahu, qui ont été décrites par certains comme le plus grand scandale de corruption de l’histoire d’Israël, demandant une enquête approfondie sur le rôle du Premier ministre lui-même.

L’affaire 3000, comme on l’appelle, est centrée sur un conflit d’intérêts possible entourant l’acquisition de plusieurs milliards de shekels de bateaux et de sous-marins militaires auprès du constructeur naval allemand Thyssenkrupp en 2016 et vers cette date. Les procureurs allèguent que des fonctionnaires israéliens ont été soudoyés pour obtenir un accord massif pour les navires d’une valeur de centaines de millions de dollars.

L’enquête très médiatisée a piégé plusieurs proches collaborateurs de Netanyahu, mais le Premier ministre lui-même n’était pas un suspect.

M. Netanyahu, qui était en déplacement à Lisbonne en prévision d’une rencontre avec le Premier ministre portugais, n’a pas immédiatement commenté l’affaire. Il a lui-même été accusé de fraude et d’abus de confiance dans trois autres affaires de corruption, ainsi que de pots-de-vin dans l’une d’elles. Il nie avoir commis des actes répréhensibles.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu lors d’une cérémonie d’inauguration d’un nouveau sous-marin, le Rahav, à la base navale israélienne de Haïfa, le 12 janvier 2016. (Kobi Gideon/GPO)

En réponse à ces accusations, le dirigeant du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, ancien chef d’état-major de Tsahal et actuellement le plus grand rival politique de Netanyahu, a dit : « Encore une triste journée ».

« En tant que membre de l’establishment de la défense pendant 38 ans, je n’aurais jamais cru entendre les mots corruption et défense israélienne prononcés dans le même souffle », a-t-il déclaré.

Le n°3 de Kakhol lavan, Moshe Yaalon, un autre ancien chef militaire qui était ministre de la Défense pendant une partie de la période où l’activité suspectée a eu lieu, a également répondu aux accusations.

Yaalon a répété son mantra que l’affaire était le pire scandale de défense de l’histoire du pays et a juré qu’un gouvernement potentiel dirigé par Kakhol lavan mettrait en place un groupe d’enquête pour examiner les parties de l’affaire liées à Netanyahu et non encore explorées, comme l’approbation des ventes de sous-marins à l’Égypte derrière le dos du ministre de la Défense.

« Les collaborateurs les plus proches de Netanyahu ont été accusés de délits graves, et il ne le savait pas ? », s’étonne-t-il.

Le député Travailliste-Gesher Itzik Shmuli a qualifié l’affaire de « scandaleuse » et a déclaré que « le fait que le cercle restreint de Netanyahu en faisait également partie jette une grande ombre sur son action en tant que Premier ministre ».

Il a affirmé que l’affaire comportait « plusieurs niveaux » et des questions ouvertes auxquelles il faudrait répondre en formant une commission d’enquête.

Le général de division. (res.) Eli Marom, ancien commandant de la marine israélienne. (Moshe Shai/Flash90)

Selon une déclaration faite jeudi par le ministère de la Justice, Miki Ganor, ancien agent de Thyssenkrupp en Israël, sera accusé de corruption, de blanchiment d’argent et d’infractions fiscales, tout comme Eliezer Marom, un ancien chef de la marine israélienne.

L’avocat de Marom, Zion Amir, a déclaré que son client et lui avaient été « consterné » de voir le projet d’acte d’accusation, affirmant qu’il était « complètement sans fondement et contredisait les preuves recueillies par la police ». Il a ajouté qu’il « démonterait complètement » les allégations s’il décidait d’assister à une audience préalable à la mise en accusation.

Le ministère a également annoncé des accusations de corruption, d’abus de confiance et de blanchiment d’argent contre David Sharan, ancien assistant de Netanyahu et du ministre de l’Énergie Yuval Steinitz, ainsi que des accusations de corruption, de blanchiment d’argent, de fraude, d’abus de confiance et d’infractions fiscales contre l’ancien ministre Eliezer Sandberg.

Rami Taib, ancien conseiller politique de Steinitz, devrait être accusé de corruption et Yitzhak Lieber, un consultant en médias lié à Sharan, se verrait accusé de blanchiment de capitaux et d’assistance à fraude fiscale.

David Shimron, l’avocat personnel du Premier ministre Benjamin Netanyahu, pendant une conférence de presse du Likud à Tel Aviv, en février 2015. (Crédit : Flash90)

David Shimron, cousin de Netanyahu et ancien avocat personnel, sera accusé de blanchiment d’argent.

Shimron a rejeté l’accusation en instance contre lui comme n’étant rien d’autre qu’un fiasco.

« J’ai reçu l’acte d’accusation et je l’ai examiné. Il n’y a pas de sous-marins. Il n’y a pas de corruption. Il n’y a pas de fraude. Alors qu’est-ce qu’il y a ? Une irrégularité technique qui a été décrite d’une manière pompeuse avec beaucoup d’erreurs », a-t-il dit.

Il a prédit que l’affaire serait abandonnée une fois qu’il aurait obtenu une audience avant le dépôt des accusations officielles.

Ganor et Sharan sont également accusés de violation d’une loi régissant les partis politiques.

Toutes les accusations sont en attente d’une audience préalable à la mise en accusation.

Le communiqué ne précisait pas si Avriel Bar-Yosef, ancien conseiller adjoint à la sécurité nationale, serait inculpé dans cette affaire, mais décrivait des liens présumés corrompus qu’il avait avec Ganor.

Miki Ganor lors d’une audience à la cour suprême, le 22 mars 2019. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Selon les procureurs, Bar-Yosef a d’abord approché Ganor pour devenir le représentant de Thyssenkrupp en Israël parce qu’il « voulait en tirer un avantage financier ». Il aurait ensuite enrôlé Marom, qui était alors à la tête de la marine, pour aider à faire pression en faveur de la nomination de Ganor. Ganor a ensuite remplacé Yishaya Barkat comme représentant de Thyssenkrupp dans le pays.

« Au cours des réunions que Ganor, Marom et Bar-Yosef ont tenues depuis le début de l’année 2009… une entente, un accord et une expectative ont été formulées entre eux par laquelle Marom et Bar-Yosef recevraient une rémunération de Ganor pour leur travail pour sa nomination », dit le communiqué.

Ganor aurait ensuite payé au total deux cent mille shekels, les procureurs accusant Bar-Yosef d’avoir travaillé pour faire avancer les achats navals alors qu’il était conseiller adjoint pour la sécurité nationale.

La déclaration du ministère de la Justice détaille également les liens présumés de Ganor avec Sharan et Sandberg, qu’il est accusé d’avoir soudoyé en échange de la promotion de ses intérêts, ainsi que du blanchiment d’argent présumé par Shimron au nom de Ganor.

Avriel Bar-Yosef assiste à une audience devant le tribunal de première instance de Rishon Lezion, le 24 juillet 2017. (Flash90)

Ganor a dans un premier temps signé un accord pour devenir le témoin clé de l’accusation dans l’affaire dans laquelle il aurait admis avoir soudoyé une série de hauts fonctionnaires afin d’aider à obtenir des contrats pour la société avec le ministère israélien de la Défense.

Mais, dans un revirement de situation en mars, il a dit à la police qu’il souhaitait modifier des parties essentielles de son témoignage dans cette affaire. Ganor a prétendu que, bien qu’il ait soutenu les faits qu’il avait donnés à la police, les paiements qu’il avait versés étaient des honoraires de consultation et non des pots-de-vin. Il a déclaré que la police avait fait pression sur lui pour qu’il décrive les circonstances de sorte qu’ils étayent l’allégation selon laquelle il aurait agi pour corrompre des hauts fonctionnaires.

Cette décision aurait été prise après que M. Ganor eut découvert que la signature d’un accord de témoignage d’Etat avait inscrit son nom sur une liste noire bancaire internationale et bloqué son accès à des dizaines de millions de shekels qu’il détenait dans des banques à Chypre et en Autriche.

En mai, les procureurs d’Etat ont informé Ganor que son accord avec l’Etat avait été annulé, le privant ainsi de son immunité de poursuites dans cette affaire. Dans le cadre de cet arrangement, il devait plaider coupable uniquement aux accusations d’évasion fiscale et purger une peine d’emprisonnement d’un an.

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