Agnes Keleti, doyenne olympique mondiale et bientôt centenaire
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Agnes Keleti, doyenne olympique mondiale et bientôt centenaire

En pleine forme, la gymnaste hongro-israélienne, survivante de la Shoah, s'apprête à célébrer ses 100 ans à Budapest

La gymnaste artistique hongro-israélienne à la retraite et championne du monde Agnes Keleti, chez elle à Budapest, le 6 novembre 2020. (Crédit : ATTILA KISBENEDEK / AFP)
La gymnaste artistique hongro-israélienne à la retraite et championne du monde Agnes Keleti, chez elle à Budapest, le 6 novembre 2020. (Crédit : ATTILA KISBENEDEK / AFP)

La plus ancienne championne olympique vivante au monde, la gymnaste hongroise Agnes Keleti, s’apprête à célébrer son centenaire bon pied bon œil dans son pays natal, après une vie d’exode marquée par la Shoah et la gloire des podiums.

« Je me sens bien, le truc c’est qu’il ne faut pas se regarder dans le miroir », ironisait la vieille dame née le 9 janvier 1921 en recevant l’AFP dans son appartement de Budapest le mois dernier. 

« C’est comme cela que je suis restée jeune », expliquait sur un ton badin cette quintuple médaillée d’or au parcours exceptionnel, en passant quelquefois sa main dans de beaux cheveux gris. 

Bien qu’elle souffre aujourd’hui d’une démence affectant sa mémoire à court terme, Agnes Keleti reste vive d’esprit et se déplace d’un pas assuré, esquissant une chorégraphie, au milieu des photos et des souvenirs ramenés de très nombreux voyages.

« On ne me laisse plus faire le grand écart », s’amuse-t-elle dans son chemisier rouge vif à fleurs. « Mon aide-soignant pense que c’est trop demander à mon grand âge », dit-elle sur le ton de la confidence, entre deux dédicaces rédigées avec application.

Elle parcourt avec fierté un nouveau livre, publié à l’occasion de son centième anniversaire, alors que l’histoire de sa vie se lit comme un scénario de film. 

La gymnaste artistique hongro-israélienne à la retraite et championne du monde Agnes Keleti, chez elle à Budapest, le 11 novembre 2020. (Crédit : ATTILA KISBENEDEK / AFP)

Faux papiers

Agnes Keleti a remporté dix médailles en gymnastique, la plupart après avoir atteint l’âge de 30 ans face à des concurrentes adolescentes, dont cinq médailles d’or olympique à Helsinki (1952) et à Melbourne (1956). 

« J’ai fait du sport non pas parce que cela me faisait du bien mais pour voir le monde », racontait-elle déjà en 2016 à l’AFP.

Appelée dans l’équipe nationale en 1939, la reine des enchaînements a remporté son premier titre hongrois l’année suivante, mais s’est vite vue interdire toute activité sportive en raison de ses origines juives. 

Après l’occupation de la Hongrie par l’Allemagne nazie en mars 1944, elle a échappé à la déportation vers un camp de la mort en obtenant de faux documents et en prenant l’identité d’une jeune femme de ménage chrétienne, Piroska Juhasz. 

« Je suis restée en vie grâce à Piroska avec qui j’ai échangé vêtements et papiers tout en imitant sa manière de parler », a détaillé Agnes Keleti, qui courait régulièrement pour garder la forme dans la campagne où elle se cachait.

Son père et plusieurs membres de sa famille furent tués à Auschwitz, tandis que sa mère et son frère étaient sauvés grâce au diplomate suédois Raoul Wallenberg.

Agnes Keleti émigre en Australie en 1957, un an après l’échec du soulèvement anti-soviétique hongrois, avant de s’installer en Israël où elle épousera un professeur de sport hongrois, Robert Biro, avec qui elle aura deux enfants. 

Après sa retraite de la compétition, elle travaille comme professeur d’éducation physique et entraîne l’équipe nationale israélienne.

Ce n’est qu’en 1983, pour les championnats du monde d’athlétisme, qu’elle retourne pour la première fois en Hongrie, alors communiste. Elle s’y installera en 2015.

« Cela valait la peine de faire quelque chose de bien dans la vie vu l’attention que j’ai reçue. J’ai des frissons quand je vois tous les articles écrits sur moi », souffle-t-elle malicieusement.

La gymnaste artistique hongro-israélienne à la retraite et championne du monde Agnes Keleti, chez elle à Budapest, le 6 novembre 2020. (Crédit : ATTILA KISBENEDEK / AFP)
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