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Analyse

Alors que la coalition vacille, qui pourrait être le prochain Premier ministre ?

Lapid ou Netanyahu pourraient être le prochain Premier ministre. Tout dépend de la façon dont les choses vont se dérouler mais Bennett n'a pas dit son dernier mot

Carrie Keller-Lynn

Carrie Keller-Lynn est la correspondante politique et juridique du Times of Israël.

Le Premier ministre Naftali Bennett pose pour une photo au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 26 janvier 2022. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)
Le Premier ministre Naftali Bennett pose pour une photo au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 26 janvier 2022. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)

Alors que la coalition continue de s’étioler et que les politiciens ne cessent de changer leur fusil d’épaule en vue de possibles nouvelles élections, trois scénarios d’effondrement du gouvernement se profilent et par conséquence, trois Premiers ministre d’Israël différents pourraient émerger.

Le premier scénario est que l’opposition et les transfuges se regroupent avec au moins 61 députés pour adopter une loi visant à dissoudre la Knesset.

Le bloc d’opposition de droite et religieux détient actuellement jusqu’à 54 voix en faveur de la dissolution, dont la députée Idit Silman, qui a fait défection à la première coalition. Le leader de la Liste arabe unie, Ayman Odeh, a confirmé lors d’un événement organisé par Haaretz jeudi matin que son parti d’opposition principalement arabe apporterait ses six voix à un projet de loi visant à dissoudre la Knesset, ce qui porterait le total à 60 voix en faveur d’élections anticipées.

Plus tôt cette semaine, Nir Orbach de Yamina a annoncé qu’il quittait la coalition, ce qui a fait naître l’espoir de l’opposition d’obtenir une 61e voix.

Dans sa lettre de démission adressée à Bennett, Orbach a déclaré qu’il ne voterait pas pour la dissolution de la Knesset « au cours de la semaine à venir », mais n’a donné aucune indication au-delà. Le Likud serait en train de réfléchir à l’opportunité d’inscrire le projet de loi à l’ordre du jour du mercredi 22 juin, la prochaine occasion pour l’opposition de proposer des lois.

Si tel est le cas, la proposition de loi devra passer par quatre votes distincts – un vote préliminaire, une première, une deuxième et une troisième lecture – les trois lectures nécessitant le soutien de 61 des 120 députés, soit la majorité absolue, pour être adoptées.

L’opposition s’efforce de vérifier si le moment est vraiment propice à la présentation de cette proposition de loi. Car s’il est rejeté à quelque stade que ce soit, la proposition de loi ne pourra pas être soumise à nouveau avant six mois.

Le ministre des Affaires Étrangères Yair Lapid lors d’une réunion de sa faction Yesh Atid à la Knesset, à Jérusalem, le 23 mai 2022. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)

Si la Knesset se dissout, des élections anticipées seront organisées, les cinquièmes en Israël depuis 2019. Si la plupart des membres du gouvernement resteront en place en tant qu’intérimaires jusqu’à ce qu’une nouvelle Knesset soit mise en place et qu’un nouveau gouvernement prête serment, la question centrale est de savoir qui sera le Premier ministre pendant cette période de transition.

La réponse dépend de qui votera exactement pour quel camp lors de la troisième et dernière lecture d’un projet de loi visant à dissoudre la Knesset. Selon l’accord de coalition, si deux députés ou plus, appartenant au bloc de droite de Yamina ou de Tikva Hadasha, votent en faveur de la dissolution, Bennett transféra automatiquement le pouvoir au ministre des Affaires étrangères et Premier ministre suppléant Yair Lapid, selon des sources proches du dossier.

Ce mécanisme, qui est déclenché quel que soit le nombre de personnes en dehors du bloc qui soutiennent également la dissolution, a été mis en place en guise de garantie pour s’assurer que les députés de droite alignés avec le nationaliste Bennett ne poussent pas tout simplement le gouvernement à s’effondrer pour maintenir le centre-gauche Lapid hors du pouvoir.

Si une telle transition se produit, Lapid conservera sa casquette de ministre des Affaires étrangères et Bennett deviendra Premier ministre suppléant. Tous les autres ministres resteront en poste. Bien qu’il ne soit potentiellement Premier ministre que pendant la période de transition, Lapid aura toute latitude pour recruter des collaborateurs et embaucher du personnel pour le bureau du Premier ministre. Il bénéficiera aussi probablement d’un coup de pouce électoral pour son parti Yesh Atid grâce au contrôle de la chaire du Premier ministre et des leviers médiatiques.

Le seul moyen pour Bennett de rester au pouvoir pendant la transition serait que les députés de Yamina et de Tikva Hadasha reviennent sur leurs mutineries et que le soutien aux élections anticipées vienne d’ailleurs. Un tel scénario ne semble pas réellement plausible.

Une troisième option, privilégiée par les partis ultra-orthodoxes, le parti Sionisme religieux, les éléments dissidents de Yamina et certains membres du Likud, est la formation d’une nouvelle coalition droite-religieuse au sein de la Knesset actuelle.

Dans la pratique, cela se traduirait par le vote de 61 députés d’une « motion de censure constructive » contre le gouvernement actuel, qui serait immédiatement remplacé par un nouveau gouvernement.

Une telle option semble actuellement peu probable, car il faudrait trouver 61 députés qui feraient confiance au leader du Likud Benjamin Netanyahu et qui seraient à l’aise à l’idée qu’il soit à la tête du gouvernement.

L’ancien Premier ministre, le député  Benjamin Netanyahu arrive pour une audience de son procès, au tribunal de district de Jérusalem, le 31 mai 2022. (Crédit: Yonatan Sindel/Flash90)

Netanyahu divise profondément, engendrant à la fois une loyauté fanatique et une antipathie personnelle. La coalition éclectique et de grande envergure de Bennett et Lapid s’est formée autour de l’axe de l’opposition à l’ancien Premier ministre.

Netanyahu n’a montré aucune volonté de se retirer de la tête du plus grand parti de droite pour laisser la place à une personne capable de minimiser ces réticences. Et ce, bien que d’autres législateurs de son bloc aient reconnu qu’une aile sans son leader de toujours serait en mesure de former rapidement un gouvernement alternatif avec les éléments de droite de la coalition actuelle.

Peu de temps après que la coalition a perdu sa majorité en avril, le leader du parti Yahadout HaTorah, Moshe Gafni, a déclaré que la droite devrait réfléchir à l’identité de son véritable leader. Cette déclaration visait si clairement Netanyahu, et le fait que sa direction avait bloqué la formation d’un gouvernement de droite l’année dernière, que Gafni a rapidement fait marche arrière.

Si Netanyahu reste à la tête du gouvernement, le bloc d’opposition de droite et religieux devra trouver six députés de plus pour soutenir le retour au pouvoir du leader du Likud sans nouvelles élections, en supposant qu’Orbach soutienne également cette démarche.

Pour atteindre le nombre magique de 61, Netanyahu pourrait être amené à se rapprocher de son ancien rival, Gideon Saar, et de son parti Tikva Hadasha. Les partis auraient été en pourparlers, bien que Saar nie toute négociation et insiste sur le fait qu’il n’a pas changé de position depuis les dernières élections, lorsqu’il a indiqué sur Twitter ne pas être intéressé et rester fidèle à son projet : « remplacer le régime de Netanyahu ».

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