Alors que le coronavirus se propage, de nombreux seniors sont isolés chez eux
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Alors que le coronavirus se propage, de nombreux seniors sont isolés chez eux

Les résidents de maisons de retraite vivent confinés et ceux à domicile tentent du mieux qu’ils peuvent de supporter l’éloignement avec leurs proches

Simona Weinglass est journaliste d'investigation au Times of Israël

En raison des craintes liées au coronavirus, des seniors de Tel Aviv respectent une distance de deux mètres l'un de l'autre, le 15 mars 2020. (Crédit : Simona Weinglass / Times of Israël)
En raison des craintes liées au coronavirus, des seniors de Tel Aviv respectent une distance de deux mètres l'un de l'autre, le 15 mars 2020. (Crédit : Simona Weinglass / Times of Israël)

Nili Keinan, 77 ans, une retraitée de Tel Aviv, n’a pas quitté son appartement ces derniers jours, hormis pour sortir les poubelles.

« Ce n’est pas normal pour moi », dit-elle. « La plupart du temps, je vais au club des retraités. Nous faisons de l’exercice et assistons à des conférences. Je fais partie d’un groupe qui joue au bridge. Maintenant, je suis coincée à la maison, pour qui sait combien de temps. Personne ne peut nous dire quand cela se terminera. »

Keinan, qui vit seule, est plutôt en bonne santé et est active. Elle souffre néanmoins d’asthme et d’hypertension artérielle – en raison de l’épidémie de coronavirus, elle préfère donc rester confinée chez elle.

Mardi après-midi, le ministère de la Santé a conseillé à toutes les personnes âgées ou aux personnes souffrant de problèmes de santé chroniques de ne pas quitter leur domicile. Il a été conseillé pour les autres de ne sortir qu’en cas de nécessité absolue.

Mardi, le nombre de cas confirmés au coronavirus en Israël était passé à 437, contre 61 il y a une semaine. Malgré les fermetures d’écoles et des lieux de travail et les avertissements des responsables de la santé demandant aux citoyens de rester chez eux, de nombreux jeunes Israéliens ont ces derniers jours profité de leur temps libre pour visiter les parcs et les plages, ou se retrouver – ce qui a conduit un responsable du ministère israélien de la Santé a déclaré mardi que « les gens n’avaient pas intériorisé la gravité de la situation. Les gens se comportent toujours comme s’il s’agissait de vacances… Restez à la maison. »

Malgré la fermeture nationale de restaurants, de nombreux habitants de Tel Aviv ont, le 15 mars, commandé des plats à emporter pour les manger sur des tables publiques à proximité. (Crédit : Simona Weinglass / Times of Israël)

Mais pour de nombreuses personnes âgées, définies en Israël comme toute personne âgée de plus de 65 ans, l’avertissement a été entendu haut et fort. Beaucoup évitent de quitter leur domicile, et toutes les maisons de retraite ont été confinées, selon un porte-parole du Syndicat des maisons de retraite.

Selon des données compilées à partir de cas chinois touchés par le nouveau coronavirus, le taux de mortalité pour ceux qui contractent la maladie est inférieur à 1 % chez les moins de 50 ans. Il est de 3,6 % pour ceux âgés de 60 à 69 ans, de 8 % pour ceux âgés de 70 à 79 ans, et de 14,8 % pour les plus de 80 ans.

« C’est effrayant, nous savons que nous faisons partie d’un groupe à haut risque », a déclaré Rachel Weissbrod, 70 ans, bibliothécaire à la retraite de Rehovot. Son mari, âgé de 72 ans, est ingénieur en électronique dans un laboratoire de neurobiologie à l’Institut Weizmann de Rehovot.

« Il y a quelques jours, ils lui ont dit de travailler à domicile, à cause de son âge. »

Nili Keinan, 77 ans, de Tel Aviv, quitte rarement son domicile en raison de l’épidémie de coronavirus. (Crédit : Facebook)

Weissbrod et son mari aiment assister à des conférences, à des projections de films ou à des pièces de théâtre. Mais, depuis ces derniers jours, ils sortent à peine et s’octroient seulement une promenade matinale brève dans des rues peu fréquentées, et de rares excursions au supermarché.

« S’il y a la foule ou une longue file d’attente au supermarché, nous repartons et revenons plus tard. »

Mardi après-midi, le ministère de la Santé avait conseillé aux personnes âgées de ne pas sortir du tout de chez elles.

Weissbrod ne parle plus que par téléphone à son fils – dont la compagne est médecin. Elle a également une fille qui a de jeunes enfants.

« C’est très difficile pour moi de ne pas voir mes petits-enfants », dit-elle. « Parfois, ils me manquaient tellement que j’allais quand même les voir, même si je savais que je ne le devais pas. »

Weissbrod travaille également en tant que bénévole au Centre de conseil aux personnes âgées de l’Institut national d’assurance (Bituah Leumi). Dans ce cadre, elle rend habituellement visite à des personnes plus âgées qu’elle afin de discuter, et elle les aide également à s’en sortir dans leurs papiers afin qu’ils puissent obtenir des prestations gouvernementales. Mais l’Institut national d’assurance a récemment déclaré à ses bénévoles que le programme était interrompu.

« Ils ont annulé les visites à domicile et nous ont dit de téléphoner à la place. »

La pandémie touche les maisons de retraite

La semaine dernière, une employée de la maison de retraite Nofim à Jérusalem a été testée positive au coronavirus. Elle a infecté d’autres employés et résidents. L’infection s’est rapidement propagée au personnel d’une autre maison de soins infirmiers, Nofei Yerushalayim.

Roni Ozeri, président du Syndicat israélien des maisons de retraite, qui représente la plupart des établissements de soins pour personnes âgées en Israël auprès du gouvernement, a déclaré via son porte-parole qu’il pensait que les maisons de repos et les résidences avec services se trouvaient au bord du précipice.

« Il y a une pénurie de travailleurs depuis des années. Cela n’a rien à voir avec le coronavirus. Je dirais que nous manquons de façon chronique d’environ 6 000 employés. La raison pour laquelle il y a eu une propagation dans deux établissements est simple : l’employée travaillait dans les deux endroits. Si notre industrie ne manquait pas d’autant de personnel, elle aurait travaillé dans un seul endroit. »

Roni Ozeri, dirigeant du Syndicat des maisons de retraite. (Crédit : Ofer Amram)

Le porte-parole a rapporté que la femme infectée devait être placée en quarantaine, mais également tout le personnel des maisons de retraite ainsi que les résidents.

Environ 40 000 Israéliens vivent dans des résidences de soins pour personnes âgées, a-t-il dit, dont 27 000 qui ont besoin de soins infirmiers tandis que les autres reçoivent une assistance.

Sur les 27 000 qui ont besoin de soins infirmiers, 70 % sont en maison de retraite car ils ne pouvaient pas se permettre les services d’une infirmière à domicile. Leurs soins infirmiers sont subventionnés par l’État.

Des dizaines de milliers d’autres Israéliens âgés vivent chez eux, certains de façon indépendante, certains avec une infirmière à temps partiel ou à temps plein, généralement un travailleur étranger.

« Vu que nous avons une pénurie chronique de travailleurs, lorsque certains d’entre eux se trouvent en quarantaine, il n’y a personne pour les remplacer », a déploré le porte-parole.

Le porte-parole d’Ozeri a déclaré qu’il aimerait que le gouvernement demande aux travailleurs étrangers qui ont un visa de travail – mais dont l’industrie, comme par exemple celle du tourisme, a cessé de fonctionner – de travailler à la place dans des maisons de retraite. Il a déclaré qu’à l’heure actuelle, la loi ne permettait pas ce type de phénomène, avec des travailleurs étrangers passant d’une industrie à une autre.

Les emplois dans les maisons de retraite rapportent un salaire au-dessus de la moyenne, a-t-il dit : environ 10 000 shekels (2 400 euros) par mois, et encore plus quand les employés font des heures supplémentaires – mais pas assez d’Israéliens veulent exercer ces métiers.

« C’est un problème dans tous les pays occidentaux. Aider une personne âgée à se lever, à prendre une douche, et prendre soin d’elle est un travail difficile. Nous avons essayé avec toutes sortes de membres de la société israélienne – les russophones, les Arabes israéliens, les Bédouins, les Éthiopiens. Ils finissent tous par abandonner. »

Avec le coronavirus, certains des employés actuels ont peur de venir travailler, a déclaré le porte-parole.

« Ils ne veulent pas mettre en danger les familles. Ils sont censés être des employés dont l’importance est vitale, mais nous ne recevons pas de masques, de désinfectants et d’autres équipements de protection que les hôpitaux et les dispensaires reçoivent. Nous n’avons même pas de salles pour placer les personnes en quarantaine. Nos installations sont utilisées à pleine capacité. »

La maison de retraite Nofim à Jérusalem, où une employée a infecté d’autres membres du personnel et des résidents, début mars. (Crédit : Facebook)

En Israël, toutes les maisons de retraite et les résidences avec services ont été confinées, a déclaré le porte-parole d’Ozeri – et pas seulement celles qui ont été exposées au virus.

Le porte-parole d’Ozeri a déclaré que, selon ce qu’il avait vu, les Israéliens âgés comprenaient le concept de distanciation sociale, mais qu’il était émotionnellement difficile pour eux.

« Il est difficile pour eux de s’éloigner de leurs proches. »

Il y a une distanciation sociale également au sein des maisons de retraite.

« Nous avons beaucoup d’activités sociales, mais nous essayons de les réduire. Au moment des repas, nous ne laissions entrer que dix personnes à la fois. »

Le porte-parole a déclaré que, le 5 mars, son organisation avait écrit au gouvernement afin de lui expliquer qu’il lui manquait des équipements – notamment de protection – pour les employés. Il dit n’avoir pas eu de retour.

« Le ministère de la Santé a acheté une grande quantité d’équipements sur le marché, et maintenant ils ne sont disponibles que pour quatre fois le prix. »

La nourriture déposée devant la porte

Gil Horev, porte-parole du ministère du Travail, des Affaires sociales et des Services sociaux, affirme que son ministère livrait désormais de la nourriture à domicile aux personnes âgées qui en avaient besoin.

« Nous apportons de la nourriture et la laissons devant leurs portes. Il n’y a pas de contact de personne à personne, ceci pour leur protection. »

Le ministère gère un réseau de 168 centres de jour pour personnes âgées à travers le pays, à destination de seniors qui ne vivent pas dans des maisons de retraite ou qui n’ont pas besoin d’assistance. Environ 30 000 personnes âgées fréquentent ces centres pour personnes âgées et leur âge moyen est d’environ 80 ans. Les centres proposent des cours de sport, d’informatique, d’art et des repas chauds gratuits.

Mais en raison de l’épidémie de COVID-19, ces centres pour personnes âgées ont tous été temporairement fermés.

« Les employés appellent quotidiennement afin de vérifier que les personnes âgées vont bien. Ils peuvent également visiter leur domicile une fois par semaine si nécessaire. Si les seniors ont besoin de quelque chose, ils peuvent appeler notre hotline au 118. »

Horev explique qu’au moins quatre centres pour personnes âgées, à Ramat Gan, Kiryat Motzkin et dans deux autres villes, ont lancé un programme en ligne proposant des cours de sport et même des consultations avec un travailleur social.

« C’est un programme pilote que nous avons entamé avant l’épidémie de coronavirus. »

Lire, cuisiner et jouer du piano

Pendant ce temps, les personnes âgées coincées chez elles s’occupent du mieux qu’elles peuvent.

Rachel Weissbrod jouant du piano chez elle, le 17 mars 2020. (Autorisation)

« Si j’ai besoin de quelque chose, l’un de mes trois enfants l’apporte et le laisse devant la porte », a déclaré Nili Keinan au Times of Israël. « Un seul de mes enfants a décidé qu’il voulait entrer. Je ne vois pas mes petits-enfants. »

Keinan dit qu’elle se lavait beaucoup les mains et passait ses journées à lire des livres, à jouer au bridge sur son ordinateur, à discuter par téléphone et à cuisiner.

« Je cuisine plus que ce que je ne l’ai fait depuis longtemps. »

Pour sa part, Rachel Weissbrod a déclaré qu’elle passait son temps à regarder la télévision, à faire des mots croisés, à lire et à jouer du clavier électronique.

« C’est inquiétant », a-t-elle déclaré au Times of Israël, « nous sommes dans une tranche d’âge à haut risque. Cela nous stresse, mais nous essayons de ne pas y penser tout le temps. »

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