Amsterdam : Les « cartes personnelles » des victimes de la Shoah rendues aux Juifs
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Amsterdam : Les « cartes personnelles » des victimes de la Shoah rendues aux Juifs

Les plus de 140 000 pièces d'identité seront exposées au public pour la première fois; elles contiennent des détails personnelles, contrairement aux cartes fabriquées par les nazis

Le Conseil juif d'Amsterdam était un organisme créé par les nazis pour que les Juifs supervisent les préparatifs de l'extermination de leur propre minorité dans l'ensemble des Pays-Bas pendant la Seconde Guerre mondiale. (Autorisation du Jewish Cultural Quarter of Amsterdam/ via JTA)
Le Conseil juif d'Amsterdam était un organisme créé par les nazis pour que les Juifs supervisent les préparatifs de l'extermination de leur propre minorité dans l'ensemble des Pays-Bas pendant la Seconde Guerre mondiale. (Autorisation du Jewish Cultural Quarter of Amsterdam/ via JTA)

AMSTERDAM (JTA) – Sonja Levy était une personne positive qui a fait une excellente première impression et dont la position importante l’a exemptée de la déportation, selon la carte personnelle que le Conseil juif d’Amsterdam lui a faite pendant l’occupation nazie.

Mais les louanges sur la carte n’ont pas suffi à sauver Levy, une institutrice de maternelle qui avait la vingtaine lorsque les Allemands ont débarqué.

Comme plus de 100 000 juifs néerlandais, elle a finalement été mise dans un train pour les camps de la mort en Pologne occupée et y a été assassinée dans une chambre à gaz.

Lundi, la propriété de sa carte personnelle – qui s’est avérée être sa première épitaphe – a été remise au musée principal de la communauté à laquelle elle appartenait.

En amont de la Journée internationale de commémoration de la Shoah, ce 27 janvier, la branche néerlandaise de la Croix-Rouge a transféré au Quartier culturel juif d’Amsterdam – qui regroupe plusieurs institutions juives, dont le Musée national de l’Holocauste des Pays-Bas – la propriété de plus de 140 000 cartes personnelles de Juifs néerlandais qui devraient être exposées au public pour la première fois.

L’index complet du Conseil juif d’Amsterdam – un organisme que les nazis ont créé pour que les Juifs supervisent les préparatifs de l’extermination de leur propre minorité dans l’ensemble des Pays-Bas – est l’un des registres les plus complets et les mieux conservés de ce type en Europe.

Dans le Jodenbuurt d’Amsterdam, des hommes juifs sont rassemblés et arrêtés par des soldats allemands en février 1941. (Domaine public)

Il est inhabituel dans la mesure où il comporte des références au statut et aux traits personnels, ce qui montre comment ce registre, contrairement à la plupart des autres listes nazies, a été établi pour les Juifs par des Juifs.

Dans plus de 75 % des cartes, la Croix-Rouge a ajouté, après la Seconde Guerre mondiale, la date de la déportation à l’encre rouge – un rare rappel tangible de la façon dont les nazis ont atteint aux Pays-Bas le taux de mortalité le plus élevé de toute l’Europe occidentale occupée. Sur les quelque 110 000 Juifs déportés, seuls quelques milliers ont survécu.

La Croix-Rouge a transféré l’ensemble de ses archives du temps de guerre aux Archives nationales néerlandaises, à l’exception des archives des fiches du Conseil juif. Lundi, la Croix-Rouge a transféré la propriété des archives sur fiches au Musée national de l’Holocauste, qui est en cours de rénovation. L’index sera exposé l’année prochaine lors de la réouverture du musée, a écrit la Croix-Rouge dans un communiqué lundi.

L’index « est d’une grande valeur non seulement en tant qu’archive mais aussi comme monument de musée et comme rappel tangible de la Shoah », a écrit la Croix-Rouge.

En février 1941, devant la synagogue portugaise d’Amsterdam, les nazis arrêtent des centaines de Juifs pour le « travail obligatoire ». (Domaine public)

Les cartes ont été numérisées en 2012 et peuvent être consultées en ligne sur demande spécifique pour un nom ou d’autres données d’identification. Mais il n’est pas possible de naviguer sur les cartes. Le Musée national de l’Holocauste des Pays-Bas est en train de concevoir l’exposition des cartes avant la réouverture, mais elles seront visibles par tous, selon Emile Schrijver, le directeur du Quartier culturel juif.

« Il est de la plus haute importance que nous puissions montrer la mémoire physique de tous les Juifs qui ont été assassinés », a-t-il déclaré.

L’exposition des cartes viendra compléter le portrait des victimes néerlandaises que d’autres archives ont esquissé. Selon le Musée national de l’Holocauste, Sonja Levy a été déportée en 1944 à Auschwitz-Birkenau et y a été assassinée. Elle est morte quelques semaines seulement après son 25e anniversaire.

Le Jewish Monument, un site web qui contient les noms de la plupart des victimes néerlandaises de la Shoah, a déclaré que son mari, un architecte aveugle nommé Alfred, y est également mort.

Les troupes nazies devant la place Bijenkorf d’Amsterdam en 1941. (Domaine public)

L’action de la Croix-Rouge s’inscrit dans le contexte d’importants aveux de culpabilité aux Pays-Bas concernant le sort des Juifs du pays.

En 2017, la Croix-Rouge néerlandaise a présenté ses excuses pour avoir « rendu les choses trop faciles » pour les nazis et pour ne pas avoir défendu les Juifs en raison d’un « manque de courage », comme l’a dit la présidente de la section néerlandaise, Inge Brakman.

L’année dernière, le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a présenté pour la première fois ses excuses pour la façon dont le gouvernement néerlandais en exil et les autorités au service des Allemands avaient « failli à leur responsabilité en tant que garant de la justice et de la sécurité » pour les Juifs néerlandais. Pendant des décennies, Rutte et ses prédécesseurs avaient refusé les appels d’organisations juives leur demandant de s’excuser. Les excuses de Rutte sont arrivées plus de 15 ans après celles des dirigeants des pays voisins, dont la France et la Belgique.

Toujours en 2020, le roi Willem-Alexander a reconnu pour la première fois combien les Juifs néerlandais se sont sentis abandonnés par son arrière-grand-mère, Wilhelmina, qui s’est enfuie au Royaume-Uni lorsque les Allemands ont envahi le pays.

« Les êtres humains se sont sentis abandonnés, insuffisamment entendus, insuffisamment soutenus, même avec des mots », a déclaré Willem-Alexander lors d’une cérémonie pour les victimes de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah. « Depuis Londres aussi, par mon arrière-grand-mère, malgré sa résistance acharnée [aux nazis]. C’est quelque chose que je ne peux pas oublier. »

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