Annexion : Le Vatican convoque les ambassadeurs israélien et américain
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Annexion : Le Vatican convoque les ambassadeurs israélien et américain

Le Saint-Siège appelle Israël et les Palestiniens à reprendre le dialogue ; la France avertit à nouveau qu'une initiative unilatérale aura des "conséquences"

Photo d'illustration : Le pape François rencontre Oren David, nouvel ambassadeur israélien au Saint-Siège, lors de la présentation de sa lettre de créance, au Vatican, le 27 octobre 2016 (Crédit : L'Osservatore Romano/ANSA via AP)
Photo d'illustration : Le pape François rencontre Oren David, nouvel ambassadeur israélien au Saint-Siège, lors de la présentation de sa lettre de créance, au Vatican, le 27 octobre 2016 (Crédit : L'Osservatore Romano/ANSA via AP)

Le Vatican a rapporté mercredi avoir convoqué les ambassadeurs d’Israël et des Etats-Unis pour des rencontres consacrées au projet israélien d’annexion de certains pans de la Cisjordanie dans le cadre du plan de paix de Trump, une initiative à laquelle s’oppose le Saint-Siège.

Lors de deux réunions distinctes, mardi, le secrétaire d’Etat du Vatican, Pietro Parolin, a fait part à l’ambassadeur d’Israël, Oren David, et à l’ambassadrice des Etats-Unis, Callista Gingrich, de « l’inquiétude » du Saint-Siège « concernant des actions unilatérales possibles qui pourraient mettre encore davantage en péril la quête de la paix entre Israéliens et Palestiniens ainsi que la situation délicate au Moyen-Orient », selon un communiqué du Vatican.

Le ministère des Affaires étrangères israélien n’a pas commenté le sujet.

Ces rencontres ont eu lieu la veille du 1er juillet – la date fixée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu pour lancer le processus d’annexion.

Le plan de l’administration Trump, qui a été dévoilé au mois de janvier, envisage de placer 30 % du territoire – soit les 132 implantations israéliennes qui comptent un total de 450 000 habitants et la vallée du Jourdain stratégique – sous contrôle israélien permanent tout en accordant aux Palestiniens – sous conditions – le droit à un état sur les 70 % restants ainsi que des terres supplémentaires à l’intérieur d’Israël.

Mais les Palestiniens, qui revendiquent toute la Cisjordanie dans le cadre de leur futur Etat, ont rejeté le plan de paix, et l’initiative d’annexion unilatérale prônée par Netanyahu suscite l’indignation à l’international. Les Nations unies, l’Union européenne et d’éminents pays arabes ont souligné une violation du droit international et une mise en péril des perspectives de la fondation d’un Etat palestinien viable et indépendant, aux côtés d’Israël. Même des alliés proches, comme la Grande-Bretagne, s’opposent au projet.

« Comme il l’a déjà fait savoir… Le Saint-Siège répète le droit à l’existence de l’Etat d’Israël et de l’Etat de la Palestine, ainsi que leur droit à vivre dans la paix et la sécurité dans des frontières reconnues à l’international », a noté le Vatican.

Le vice-président américain Mike Pence, à gauche, serre la main du secrétaire d’Etat du Vatican Pietro Parolin après une audience privée avec le Pape François au Vatican, le 24 janvier 2020. (Crédit : Alessandro Di Meo/Pool Photo via AP)

« Il appelle donc les parties à faire tout ce qui est possible pour rouvrir le processus de négociations directes sur la base des résolutions concernées adoptées par les Nations unies et grâce à des mesures susceptibles de rétablir une confiance réciproque, afin qu’elle puissent avoir ‘le courage de dire oui à la rencontre et non au conflit ; oui au dialogue et non à la violence ; oui aux négociations et non aux hostilités ; oui au respect des accords et non aux actes de provocation et oui à la sincérité et non à la duplicité' », indiquait le communiqué, citant l’invocation pour la paix prononcée par le pape François en Terre sainte en 2014.

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a lui aussi à nouveau mis en garde contre des conséquences en cas d’annexion.

« L’annexion des territoires palestiniens, quels qu’en soient les paramètres, remet gravement en cause les paramètres qui, pour leur part, avaient été mis en place pour résoudre le conflit », a dit Le Drian lors d’une audience parlementaire, selon Reuters.

Jean-Yves Le Drian lors d’une session de travail pendant la rencontre des ministres des Affaires étrangères du G7, à Dinard, le 6 avril 2019. (Crédit : AFP / POOL / STEPHANE MAHE.)

« Une décision d’annexion ne pourra pas rester sans conséquences et nous examinons actuellement différentes options au niveau national, et également en coordination avec nos principaux partenaires européens », a-t-il ajouté.

Toutefois, cette menace de sanctions européennes prises à l’encontre d’Israël a semblé quelque peu s’éloigner après que le parlement allemand a annoncé qu’une telle démarche serait contre-productive. L’Allemagne a pris la présidence de l’Union européenne mercredi.

Une résolution avait appelé le gouvernement allemand à se servir de sa proche relation avec Israël pour dissuader Jérusalem de mettre en œuvre son annexion unilatérale prévue de territoires de la Cisjordanie.

Mais cette motion non-contraignante, adoptée grâce aux votes des deux partis centristes majeurs qui constituent la coalition au pouvoir, avait toutefois rejeté des sanctions possibles contre l’Etat juif, les qualifiant de « non productives ».

Alors que la date du 1er juillet a été dépassée sans qu’aucune initiative ne soit évoquée, Netanyahu continue actuellement à discuter de l’élargissement de la souveraineté israélienne en Cisjordanie avec l’administration américaine, a fait savoir son bureau dans un communiqué.

Netanyahu a également convoqué mercredi de hauts-responsables de la sécurité du pays, et notamment le conseiller national à la sécurité Meir Ben Shabbat, pour évoquer le sujet, a poursuivi le communiqué.

Le représentant spécial américain pour l’Iran Brian Hook et le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, tous deux portant des masques de protection contre le Covid-19, se serrent la main au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le 30 juin 2020. (Crédit : ABIR SULTAN / POOL / AFP)

Ce communiqué survient dans un contexte d’incertitude sur la mise en œuvre finale de cette initiative explosive.

Selon le quotidien Haaretz, il n’y a eu que peu de préparations dans le pays visant à lancer l’annexion.

Le cabinet n’a pas encore beaucoup débattu du sujet et le ministère de la Justice n’est pas encore prêt à pouvoir faire face aux problèmes légaux qui se poseront, pas plus que le ministère des Affaires étrangères n’a été informé des arguments israéliens venant soutenir l’initiative, a indiqué le journal.

Israël n’avait jamais essayé auparavant d’annexer la Cisjordanie, disant simplement que le secteur était « disputé » et que son statut final devrait être déterminé par le biais de négociations.

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