Annexion : Sanders signe la lettre demandant la fin des aides à Israël
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Annexion : Sanders signe la lettre demandant la fin des aides à Israël

Les députés progressistes, avec à leur tête Alexandria Ocasio-Cortez, implorent de réduire les aides en cas d'annexion ; l'AIPAC dénonce une 'menace' à la relation bilatérale

Eric Cortellessa couvre la politique américaine pour le Times of Israël

Bernie Sanders, à droite, rit avec la démocrate de New-York, Alexandria Ocasio-Cortez, lors d'un événement de campagne à Storm Lake, dans l'Iowa, le 26 janvier 2020 (Crédit : AP Photo/John Locher)
Bernie Sanders, à droite, rit avec la démocrate de New-York, Alexandria Ocasio-Cortez, lors d'un événement de campagne à Storm Lake, dans l'Iowa, le 26 janvier 2020 (Crédit : AP Photo/John Locher)

WASHINGTON — Le sénateur du Vermont, Bernie Sanders, a rejoint quatre représentants de la Chambre qui ont appelé, dans un courrier, les Etats-Unis à couper ou à retenir une partie des aides versées à Israël si le Premier ministre Benjamin Netanyahu devait mettre en oeuvre son plan d’annexion de pans de la Cisjordanie ou adopter des politiques favorisant une éventuelle annexion, selon une source.

Un courrier adressé au secrétaire d’Etat américain Mike Pompeo recommande vivement des coupures dans l’aide annuelle de 3,8 milliards de dollars accordée à l’Etat juif si Jérusalem prend la décision d’élargir sa souveraineté sur le territoire de la Cisjordanie de manière unilatérale.

La missive a été initiée par Alexandria Ocasio-Cortez, étoile montante du progressisme, et elle a jusqu’à présent été signée par la représentante du Michigan au Congrès Rashida Tlaib, la représentante de Washington Pramila Jayapal et la représentante du Minnesota Betty McCollum.

La signature de Sanders donne un nouveau poids à cette initiative. Ocasio-Cortez s’efforce actuellement de faire circuler sa lettre parmi les députés libéraux du Capitole pour tenter de rafler plus de soutiens.

La représentante démocrate de New York Alexandria Ocasio-Cortez, à gauche, et Rachida Tlaib, à droite, avant une audience de supervision sur les centres de détention au Capitole, à Washington, le 12 juillet 2019 (Crédit : AP Photo/Pablo Martinez Monsivais)

« Si le gouvernement d’Israël devait procéder à l’annexion prévue et avec l’aval de cette administration, alors nous oeuvrerons à garantir la non-reconnaissance de cette annexion et à procéder à des changements dans les conditions de l’octroi du financement militaire américain de 3,8 milliards de dollars qui est accordé à Israël, notamment les conditions relatives aux droits humains », dit la missive.

Elle envisage également de « retenir, sur les fonds consacrés à l’achat des armes israéliennes, un montant égal ou supérieur au montant investi par le gouvernement israélien, chaque année, pour financer les implantations ainsi que les politiques et les pratiques qui viennent les soutenir », dit le courrier, selon une copie qui a été obtenue par le Jewish Insider.

Le niveau actuel de l’assistance militaire américaine versée à l’Etat juif a été renforcé dans un protocole d’accord ratifié en 2016 entre l’administration Obama et le gouvernement Netanyahu – à approximativement 38 milliards de dollars sur dix ans.

Pour sa part, l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee) a lancé une campagne contre la missive dans la journée de mardi, écrivant sur Twitter qu’elle « menace explicitement les relations entre les Etats-Unis et Israël d’une manière qui serait susceptible de nuire aux intérêts américains, de mettre en péril la sécurité d’Israël et de rendre improbable la mise en place d’une solution à deux Etats ».

Tandis que le puissant lobby pro-israélien a évité d’adopter un positionnement public sur l’annexion, il a fait savoir aux membres du Congrès qu’il n’était aucunement opposé à des critiques des plans de Netanyahu, selon l’agence de presse JTA. En même temps, il a imploré les législateurs de ne pas demander de changements dans la relation américano-israélienne, et ce même si Israël devait aller de l’avant dans son projet d’annexion.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a déclaré qu’il prévoyait de lancer le processus d’annexion de certains secteurs de Cisjordanie dès le 1er juillet, en faisant potentiellement appliquer la loi israélienne dans toutes les implantations ainsi que sur la vallée du Jourdain toute entière – soit les 30 % de territoires qui ont été alloués à l’Etat juif sous les dispositions du plan de Trump qui envisage également, en théorie, la création d’un État palestinien dans les 70 % restants de la Cisjordanie. Des échanges de terres sont également prévus.

Le partenaire de coalition de Netanyahu, le ministre de la Défense Benny Gantz, leader du parti Kakhol lavan, a mis en garde, pour sa part, contre une initiative qu’il juge prématurée.

Cette perspective d’annexion a entraîné de nombreux avertissements et moult condamnations à l’international. Le roi Abdallah II de Cisjordanie a indiqué que cela créerait un « conflit massif » au Moyen-Orient et il a organisé une série de vidéoconférences avec les chefs du Congrès, il y a deux semaines, leur recommandant vivement de bloquer toute initiative de ce type.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (à droite) et le ministre de la Défense Benny Gantz assistent à la réunion hebdomadaire du cabinet au ministère des Affaires étrangères à Jérusalem, le 21 juin 2020. (Crédit : Marc Israel Sellem/Pool/Flash90)

Un certain nombre de responsables arabes et européens, ainsi que d’anciens négociateurs et experts du processus de paix israélo-palestinien, ont mis en garde face à l’annexion, disant qu’elle viendrait gravement mettre en péril la possibilité d’une solution à deux Etats.

La plus grande partie des Démocrates a dénoncé l’annexion. Aucun n’avait toutefois explicitement envisagé de couper les aides à Israël en cas d’élargissement de la souveraineté de l’Etat juif.

Le leader de la minorité au Sénat, Chuck Schumer, la présidente de la Chambre, Nancy Pelosi, et un grand nombre d’autres personnalités Démocrates de premier plan de la chambre comme du Sénat ont fait savoir leur désaccord face à la perspective de l’annexion, disant qu’elle nuirait aux intérêts américains et israéliens et mettrait davantage en péril les tentatives visant à conclure un accord de paix.

Jeudi, 191 membres Démocrates de la chambre ont envoyé une lettre à Netanyahu l’implorant de renoncer à ce plan. Cette missive, initiée par le représentant de Floride Ted Deutch et celui de l’Illinois, Brad Schneider — Deux des soutiens les plus fervents de l’Etat juif parmi les Démocrates siégeant au Congrès – ont affirmé qu’il nuirait aux perspectives de paix comme aux relations bilatérales entre Israël et l’Amérique.

Ce courrier a suivi un autre qui avait été envoyé, au mois de mai, par 19 Démocrates du Sénat au Premier ministre israélien et à Benny Gantz. La version originale de cette première lettre avait été édulcorée après des pressions exercées par des partisans d’Israël et des Démocrates plus va-t-en-guerre de manière à éviter toute remise en cause de l’assistance militaire versée à l’Etat juif.

Les Républicains ont opté pour une approche très différente.

La semaine dernière, une majorité de membres Républicains de la Chambre ont envoyé une missive à Netanyahu, disant qu’ils défendaient sa proposition d’annexer des territoires de la Cisjordanie.

« Israël a le droit de prendre des décisions souveraines, hors de toute pression extérieure », ont écrit les législateurs qui ont offert « leur soutien » au chef du gouvernement israélien à un moment où il est « amené à prendre de telles décisions en tant que Premier ministre démocratiquement élu. »

D’autres grandes personnalités Républicaines, comme le leader de la majorité Mitch McConnell et le sénateur de l’Utah, Mitt Romney, ont pour leur part gardé le silence.

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