Antisémitisme : Les dirigeants juifs du Royaume-Uni appellent Corbyn à agir
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Antisémitisme : Les dirigeants juifs du Royaume-Uni appellent Corbyn à agir

Des organisations juives publient une liste de revendications auxquelles le chef du Labour doit répondre, dont une commission indépendante sur l'antisémitisme au sein du parti

Le président du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn (à droite), avec le président du Board of Deputies of British Jews, Jonathan Arkush (au centre) et sa directrice Gillian Merron (à gauche), le 9 février 2016. (Autorisation)
Le président du parti travailliste britannique, Jeremy Corbyn (à droite), avec le président du Board of Deputies of British Jews, Jonathan Arkush (au centre) et sa directrice Gillian Merron (à gauche), le 9 février 2016. (Autorisation)

Les dirigeants juifs britanniques ont dit au dirigeant travailliste Jeremy Corbyn qu’ils n’accepteront sa demande de rencontre seulement s’il remplit un certain nombre de conditions sur la lutte contre l’antisémitisme au sein de son parti.

Le Conseil des députés et le Conseil des dirigeants juifs ont déclaré que la réunion, que Corbyn avait proposée après avoir organisé un rassemblement contre l’antisémitisme au sein du parti travailliste, n’aurait lieu que si le chef de l’opposition avait d’abord pris un certain nombre de mesures publiques.

« Pour quelque raison que ce soit, vous n’avez pas, jusqu’à présent, semblé comprendre à quel point les Juifs britanniques sont sensibles à la situation », ont déclaré les deux groupes dans une lettre envoyée mercredi à Corbyn, faisant référence à sa réponse au rassemblement au cours duquel il s’est engagé à être « un opposant actif de l’antisémitisme » et disant qu’il allait rencontrer les dirigeants juifs dans les jours à venir.

« Votre lettre constitue un changement bienvenu à cet égard, mais seulement si elle déclenche des actions fortes et un leadership contre le problème », a écrit Jonathan Arkush, président du Conseil des députés et Jonathan Goldstein, président du Jewish Leadership Council, à Corbyn.

Au cours de la manifestation de lundi, environ 1 500 personnes se sont rassemblées devant le Parlement britannique. Il s’agissait d’un rassemblement sans précédent organisé par les dirigeants juifs britanniques, généralement peu enclins à la publicité, et les participants portaient des pancartes « Non à l’antisémitisme », alors que les pressions s’intensifiaient sur le parti et son chef.

Des membres de la communauté juive organisent une manifestation contre Jeremy Corbyn, chef du parti travailliste de l’opposition britannique, et contre l’antisémitisme au sein du parti travailliste, devant les chambres du Parlement britannique dans le centre de Londres, le 26 mars 2018. (AFP/Tolga Akmen)

« Il s’agit de mesures sans précédent de notre part et nous espérons que vous comprenez la gravité d’une telle action communautaire. Elle est née de près de trois ans de colère et de désespoir cumulés dans la communauté juive suite à de nombreux cas répétés d’antisémitisme au sein du Parti travailliste et de l’incapacité à les traiter d’une manière décisive, rapide et publique », ont écrit Arkush et Goldstein.

Ils ont décrit un certain nombre de mesures concrètes que Corbyn doit prendre avant de les rencontrer.

Premièrement, ont-ils dit, Corbyn doit prendre personnellement la responsabilité de s’attaquer à l’antisémitisme dans son parti, parce que « seule votre voix peut persuader vos partisans que c’est une ligne de conduite nécessaire et juste ».

Pour ce faire, il doit nommer une commission indépendante chargée de superviser les efforts qui donneront des compte-rendus réguliers aux dirigeants travaillistes et de la communauté juive.

En outre, M. Corbyn doit s’engager à ne pas faire de compromis avec les membres du parti accusés d’antisémitisme, y compris l’ancien maire de Londres, Ken Livingstone.

« Ken Livingstone ne peut vraiment pas rester. Ses opinions sont honteuses et déshonorantes. Il devra partir », a déclaré Arkush lors du rassemblement de lundi, selon le rapport.

Lors de son interview sur J-TV diffusée le 21 juin 2016, l’ancien maire de Londres Ken Livingstone a dit qu’il inviterait à dîner celui qui réussirait à prouver qu’il avait tort sur le ‘fait’ qu’Hitler avait soutenu le sionisme. (Crédit : capture d’écran YouTube )

Le Labour [Parti travailliste] a suspendu Livingstone en avril 2016 après avoir affirmé qu’Adolf Hitler était initialement un partisan du sionisme « avant qu’il ne devienne fou et ne finisse par tuer 6 millions de Juifs ». Plus tôt ce mois-ci, le parti a prolongé sa suspension de deux ans en attendant les résultats d’une enquête interne.

Arkush et Goldstein ont également déclaré que Corbyn doit prendre publiquement ses distances par rapport aux critiques des députés travaillistes qui ont assisté à la manifestation de lundi.

Certains députés ont fait l’objet de violences sur leurs pages de réseaux sociaux alors qu’on leur reproche d’avoir attaqué Corbyn plutôt que de plaider en faveur d’une action contre la discrimination, a rapporté le journal The Guardian mercredi.

Le blog Skwakbox soutenant Corbyn a envoyé un courriel à cinq députés travaillistes qui étaient présents au rassemblement pour demander quelles mesures ils avaient prises contre d’autres formes de racisme, ce qui était perçu comme une suggestion que leur participation était politique plutôt que fondée sur des principes.

En réponse, plus de 40 députés et personnalités politiques ont publié mardi une lettre ouverte sur le site Web du Huffington Post accusant Skwakbox d’intimider ceux qui ont pris part à la manifestation.

David Lammy, député de Tottenham, était l’un de ceux qui ont assisté au rassemblement de protestation. Une page Facebook privée pour les membres du Parti travailliste dans sa circonscription a reçu un certain nombre de messages appelant à son remplacement, a déclaré le Guardian.

Les accusations d’antisémitisme du Parti travailliste se sont multipliées depuis que Corbyn, un socialiste pro-palestinien, a été élu chef du principal parti d’opposition britannique en 2015.

Certains membres du parti disent que Corbyn, un détracteur de longue date des actions israéliennes contre les Palestiniens, a permis que les abus ne soient pas réprimés.

Kalen Ockerman's mural 'The Enemy of Humanity' (photo credit: YouTube screen shot)
La peinture murale de Kalen Ockerman ‘The Enemy of Humanity’ (Capture d’écran YouTube)

La dernière colère a éclaté après un message Facebook, publié il y a six ans par Corbyn, soutenant l’artiste auteur d’une peinture murale de rue qui comportait des stéréotypes antisémites.

Corbyn a dit qu’il regrettait de ne pas avoir regardé de près la peinture murale « profondément troublante et antisémite » avant d’offrir son soutien à l’artiste.

Corbyn a écrit que « les attitudes antisémites sont apparues plus souvent dans nos rangs ces dernières années et que le parti a été trop lent à traiter certains des cas qui sont apparus ».

Il a dit qu’il était « sincèrement désolé pour la peine qui a été causée », et a promis que les travaillistes n’auraient « aucune tolérance pour les antisémites ».

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