Après 10 ans dans son ombre, Asaf Zamir veut remplacer son patron à Tel Aviv
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Interview

Après 10 ans dans son ombre, Asaf Zamir veut remplacer son patron à Tel Aviv

L'adjoint au maire de 38 ans, qui mène une campagne de longue haleine, promet de donner un nouveau souffle à la ville blanche qui ne dort jamais

Asaf Zamir, candidat à la mairie de Tel Aviv, s'adresse aux jeunes électeurs au siège de sa campagne, le 14 octobre 2018. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)
Asaf Zamir, candidat à la mairie de Tel Aviv, s'adresse aux jeunes électeurs au siège de sa campagne, le 14 octobre 2018. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Asaf Zamir, résident de Tel Aviv depuis toujours, est prêt pour un changement de décor.

« Ce n’est pas une bonne chose pour un dirigeant, qu’il soit bon ou mauvais, de rester au pouvoir pendant 20 ans », a déclaré Zamir, candidat à la mairie de la ville, seul véritable rival dans la longue trajectoire du maire Ron Huldai qui brigue un cinquième mandat.

« Quand on est là depuis 20 ans, on a déjà fait tout ce qu’on pouvait, [les employés municipaux] sont trop confortablement installés. On ne peut pas se dire : ‘Tout va bien’. On doit se réveiller tous les matins avec un couteau entre les dents. »

Zamir, l’un des fondateurs du parti Ha’Ir de Tel Aviv, a passé 10 ans à être l’adjoint de Huldai. Mais aujourd’hui, le politicien de 38 ans veut se débrouiller seul.

En juillet, Zamir était en troisième position dans la course à la mairie derrière la députée Stav Shaffir, selon un sondage du site d’information Walla, ne recueillant que 11 % des voix, selon les estimations. Après l’abandon de Shaffir, Zamir est passé du statut d’inconnu à celui de menace crédible pour son rival, Huldai, qui semblait jusque-là en bonne voie pour remporter l’élection.

Le candidat à la mairie Asaf Zamir lors d’un rassemblement de campagne devant 1 200 personnes, le 6 septembre 2018, à Tel Aviv. (Crédit : Ariel Beshor/Autorisation)

Selon un sondage Walla du début du mois d’octobre, Huldai est toujours en tête avec 32 % des voix, suivi de Zamir avec 23 %. Environ un tiers des électeurs sont encore indécis. Le candidat Asaf Harel, comédien devenu entrepreneur puis politicien, occupe la troisième place avec 9 %, suivi de Natan Elnatan, adjoint au maire et Haredi du parti Shas, qui est à 7 %. Un sondage Maariv a rapproché les deux meilleurs candidats, Huldai devançant Zamir de seulement 5,7 % avec toujours un tiers d’électeurs indécis.

Zamir et Huldai partagent la même approche sur de nombreuses questions. Les deux hommes veulent faire baisser le prix des logements, améliorer les transports publics et rendre la ville la plus chère d’Israël (de la région) un peu plus facile à vivre.

Des passagers attendent le bus à la gare Hashalom, au niveau des tours Azrieli, à Tel Aviv, le 22 septembre 2016. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Zamir veut construire vers le haut, en créant des tours de logements dans les artères commerçantes qui peuvent accueillir de plus hauts immeubles, comme le long de l’autoroute Ayalon ou sur la rue Namir. Il veut aussi élargir le centre urbain de Tel Aviv en rénovant les rues des quartiers les plus éloignés, comme Yad Eliyahu, avec des boulevards arborés ressemblant aux boulevards Ibn Gvirol et Rothschild. Les gens pourraient alors vivre plus loin du centre géographique de Tel Aviv, mais auraient toujours accès à ce qui caractérise Tel Aviv, à savoir ce mélange spécial de cafés de luxe, boutiques branchées et animalières omniprésentes. Il veut ainsi réduire la présence d’appartements en ruine dans les rues branchées traditionnelles.

Il veut aussi faire appel à des partenariats entre le secteur public et le secteur privé pour construire des appartements subventionnés, ce que la municipalité a déjà fait dans des quartiers en difficulté du sud de Tel Aviv.

Zamir détient actuellement le portefeuille de l’éducation au conseil municipal, et considère la construction de Neve Ofer, l’un des lycées les plus chers du pays dont le coût dépasse les 100 millions de shekels, comme une des réalisations les plus importantes de son mandat en tant que maire adjoint. L’école secondaire pourra accueillir plus de 1 000 élèves.

Le plus grand domaine que Zamir espère bouleverser est celui des transports. « Ron Huldai et Yisrael Katz [le ministre des Transports] ne se sont pas parlés au cours des dix dernières années », dit-il. « Nous devons améliorer cette relation. »

Un porte-parole de Ron Huldai a refusé de commenter la relation du maire avec Katz.

Le Beach Boys Brian Wilson (à droite) avec le maire adjoint de Tel Aviv, Asaf Zamir, avant le concert de Wilson le 8 juin 2016. (Crédit : avec l’aimable autorisation de la municipalité de Tel Aviv)

Zamir met l’accent sur le réseau de pistes cyclables et sur une intégration des transports en commun avec la grande région du Gush Dan, ce qui réduira le besoin de voitures, en particulier celles utilisées par les automobilistes venant des banlieues extérieures à la ville. « Les pistes cyclables qui remplacent les places de stationnement constituent une difficulté pour les commerçants, mais c’est dans cette direction que les villes doivent se diriger », explique-t-il.

« Je veux vraiment privilégier les bus plutôt que les voitures particulières », a déclaré M. Zamir.

La semaine dernière, quelqu’un a vandalisé le quartier général de Zamir sur la rue Ibn Gvirol avec des croix gammées. La police a ouvert une enquête sur cette affaire, que la campagne de Zamir a attribuée à sa popularité croissante contre Huldai.

Des croix gammées découvertes peintes dans le bureau de campagne du candidat à la mairie de Tel Aviv Asaf Zamir, le 14 octobre 2018 (Crédit : autorisation Campagne Rov Hair)

Zamir est marié à l’actrice Maya Wertheimer, connue entre autres pour son rôle dans la sitcom Shababnikim. Le grand-père de Wertheimer, Stef Wertheimer, est un milliardaire qui a fondé des entreprises de fabrication d’outils et plusieurs parcs industriels. Il a été membre de la Knesset de 1977 à 1981.

Huldai est né en 1944 au kibboutz Hulda, dans le centre d’Israël, ce qui a donné son nom à la famille. Il a fait une longue carrière dans l’armée et a été directeur du prestigieux lycée Herzliya Gymnasium de Tel Aviv pendant six ans, avant de devenir maire en 1998.

En tant que maire, il s’est attaqué à d’importants projets d’infrastructures comme la rénovation totale de la promenade en bord de mer. Il a aussi attiré des entreprises de haute-technologie dans la ville. Cependant, de nombreux résidents sont consternés par l’augmentation vertigineuse du coût de la vie et par les prix inabordables de l’immobilier.

Huldai, 74 ans, a remporté les quatre dernières campagnes à la mairie avec une large majorité, obtenant entre 50 % et 62 % des voix. Selon la loi israélienne, un candidat à la mairie doit obtenir au moins 40 % des voix, sinon un second tour est organisé avec les deux candidats qui ont obtenu le pourcentage le plus élevé des voix.

Ron Huldai, maire de Tel Aviv, prend la parole lors d’un concert sur la place Rabin à Tel Aviv le 14 mai 2018. (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

La plus grande menace à laquelle Huldai a été confrontée par rapport à son siège de maire, c’était en 2008, lorsque le député Dov Khenin (Hadash) s’est présenté sur une plate-forme axée sur les questions sociales et environnementales, et a obtenu 34 % des voix. Huldai avait alors obtenu 51 % des voix.

Le parti de Zamir se concentre sur des questions qui préoccupent les jeunes. Actuellement, son parti détient quatre sièges au conseil municipal.

Zamir s’efforce également de cibler les immigrants, tant anglophones que francophones, en organisant un certain nombre d’événements pour ces populations. Il a passé quatre ans aux Etats-Unis quand il était enfant, de 4 à 9 ans, car ses parents travaillaient à Sarasota, en Floride. Il y a trois olim sur la liste de Rov Ha’Ir, bien qu’aucun ne soit placé assez haut pour faire partie du conseil municipal. Rachel Schonwald, 33 ans, originaire de Washington, DC, qui vit à Tel Aviv depuis huit ans, est 13e sur la liste.

Schonwald est l’une des cofondatrices de Kol Oleh [Voix du Oleh], une initiative éducative pour les électeurs de langue anglaise, fondée lors des dernières élections municipales.

Les affiches de la campagne électorale municipale à Tel Aviv, le 9 octobre 2018. (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

« Les municipalités sont l’un des lieux les plus importants pour l’élaboration des politiques de nos jours, parce que ce sont ces politiques qui ont des conséquences sur votre vie quotidienne », a déclaré Mme Schonwald. « Ce sont les politiques qui font d’un endroit, un endroit où il fait bon vivre. »

Mme Schonwald a déclaré que les municipalités ayant une importante population d’olim peuvent jouer un rôle important pour faire en sorte que les nouveaux immigrants ne quittent pas le pays. Regrouper les services dont les nouveaux immigrants ont besoin, comme des cours de langue [oulpan], des programmes de formation professionnelle et le bureau du ministère de l’Intégration dans le même bâtiment serait une première étape importante.

« Mais les problèmes auxquels les olim sont confrontés à Tel Aviv ne sont pas seulement des problèmes propres aux olim », a déclaré Mme Schonwald, ajoutant que l’infrastructure des transports publics est particulièrement importante. « Les olim sont moins enclins à posséder une voiture, plus enclins à utiliser le vélo et les transports en commun. »

Un porte-parole de Huldai a déclaré que la ville attire beucoup, elle est la première destination du pays pour les nouveaux immigrants au cours des quatre dernières années. Le porte-parole a ajouté que la ville espère rénover les deux principaux oulpans d’enseignement de l’hébreu et, à l’instar du rêve de Schonwald, créer des « guichets uniques » pour les nouveaux immigrants combinant tous les services dont les nouveaux résidents ont besoin, en plus d’un centre de travail pour les nouveaux immigrants et les organismes qui les aident.

Un surfer sur la plage de Tel Aviv, Hilton Beach, considérée comme un lieu de rencontre pour la communauté LGBT, durant la semaine de la Gay Pride de 2015 (Crédit : Matthew Hechter/Flash 90)

Mme Schonwald espère que les immigrants ne laisseront pas la barrière de la langue les empêcher d’obtenir des renseignements sur les partis et les candidats pour le vote du 30 octobre.

Les informations pour les anglophones comprennent les événements de Kol Oleh à Jérusalem et à Tel Aviv et des informations plus détaillées en anglais sur les principaux partis sur son site Web. Le Times of Israel a également publié une brève présentation des candidats à la mairie de Jérusalem, Tel Aviv et Haïfa.

« Participer aux élections, c’est la raison pour laquelle nous avons déménagé ici, c’est la raison pour laquelle nous avons fait notre alyah : nous voulons prendre part au processus », a dit Schonwald. « Nous nous soucions tellement de ce pays et de ce qui lui arrive, et c’est la seule façon de pouvoir influer sur ce qui arrive ici. »

Les électeurs israéliens peuvent trouver leur lieu de vote sur ce site web (en hébreu).

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