Après avoir suscité un tollé, les plans pour l’établissement d’un centre Arafat dans une ville arabe ont été abandonnés
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Après avoir suscité un tollé, les plans pour l’établissement d’un centre Arafat dans une ville arabe ont été abandonnés

Un homme d'affaires de la ville arabe d'Abu Ghosh a indiqué que l'opposition 'vigoureuse' au plan a conduit à son abandon ; Le maire affirme que le projet n'était qu'une idée

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Les plans visant à établir un centre culturel en l’honneur du défunt dirigeant palestinien Yasser Arafat dans la ville arabe israélienne d’Abou Ghosh ont été annulées en raison de l’opposition populaire, a déclaré lundi une source locale au Times of Israël, alors qu’un fonctionnaire de la ville a indiqué que le projet n’a jamais été qu’une idée.

Les plans pour établir un centre culturel afin de rendre hommage au chef défunt de l’OLP et lauréat du prix Nobel de la paix ont été immédiatement abandonnés une fois que les habitants de la ville en ont entendu parler, a déclaré lundi par téléphone Jawdat Ibrahim, le propriétaire millionnaire du célèbre restaurant Abu Ghosh de la ville.

Situé à 10 kilomètres à l’ouest de Jérusalem et avec une population d’environ 7 000 personnes, Abu Ghosh est connue pour entretenir des relations amicales avec les villes à majorité juives qui l’entourent.

Arafat, qui est mort en 2004, reste une figure vénérée parmi les Palestiniens mais est considéré par beaucoup en Israël comme un terroriste qui a voué à l’échec les pourparlers de paix de Camp David en 2000, a orchestré les attentats-suicides de la Seconde Intifada et a diffusé parmi les Palestiniens une version de l’histoire, toujours prédominante parmi eux, qui nie l’histoire et la légitimité des Juifs en Terre Sainte.

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d'un rassemblement commémorant le cinquième anniversaire de la mort de Yasser Arafat dans la ville cisjordanienne de Ramallah, en 2009. (Crédit : Issam Rimawi / flash 90)
Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas lors d’un rassemblement commémorant le cinquième anniversaire de la mort de Yasser Arafat dans la ville cisjordanienne de Ramallah, en 2009. (Crédit : Issam Rimawi / flash 90)

« Même pendant les périodes les plus difficiles, en temps de guerre, lors de l’opération Bordure Protectrice, ils n’ont pas pensé à faire une chose pareille. Pourquoi voudraient-ils faire quelque chose comme cela à Abu Ghosh. Pourquoi voudraient-ils endommager les relations ? », demanda Ibrahim, faisant référence aux deux mois de guerre en été 2014 entre Israël et le Hamas à Gaza.

Mais le maire d’Abu Ghosh, Issa Abu Ghosh, a nié avoir jamais eu des plans pour établir un centre au nom du leader controversé de l’OLP.

« Je vous promets qu’il n’y a jamais eu un tel projet. Ils ne vont pas mettre en place une telle chose; nous ne disposons pas de place pour cela », a-t-il dit.

Pourtant, dans une interview diffusée dimanche sur la Dixième chaîne, le maire d’Abu Ghosh avait indiqué qu’il existait un plan pour établir un centre Arafat dans le complexe d’une récente mosquée mégalithique construite en ville, mais qui serait limité aux affaires spirituelles, dit-il.

« L’intention était de consacrer une salle au sein de la mosquée pour les questions religieuses », a-t-il précisé dans l’interview télévisée. « Arafat était un dirigeant palestinien et arabe bien connu, avec lequel Israël a conclu des accords », a poursuivi le maire.

Capture d'écran du maire d'Abu Ghosh Issa Jaber Abu Ghosh, qui a parlé avec la Dixième chaîne le 1 mai 2016 au sujet des plans pour construire un centre culturel Arafat dans sa ville. (Capture d'écran Dixième chaîne).
Capture d’écran du maire d’Abu Ghosh Issa Jaber Abu Ghosh, qui a parlé avec la Dixième chaîne le 1 mai 2016 au sujet des plans pour construire un centre culturel Arafat dans sa ville. (Capture d’écran Dixième chaîne).

Ibrahim a déclaré que lui-même et d’autres personnes de la ville se sont « vigoureusement » opposés au plan. « Ce n’est tout simplement pas approprié », a-t-il dit.

Ibrahim, qui a investi des millions gagnés a la loterie américaine pour transformer la ville en modèle de coexistence, a accusé le maire et d’autres fonctionnaires d’essayer de se soustraire à leur responsabilité en disant que ce n’était qu’ « une idée. »

Les plans visant à établir le centre ont tout d’abord été publiés par le Times of Israel, qui a appris cette l’initiative via un communiqué de presse envoyé le 27 avril par le Fonds de dotation de Jérusalem, une organisation qui dit travailler à renforcer les domaines de l’économie et de l’éducation des Palestiniens à Jérusalem et à renforcer l’identité arabe de la ville.

Le centre Arafat était apparemment l’initiative du milliardaire et du magnat de l’énergie palestinien Munib al-Masri, qui est le président du Fonds de dotation de Jérusalem. Masri a visité la grande mosquée d’Abou Ghosh le 22 avril, selon les nouvelles locales. Selon la dixième chaîne dans son rapport du 1er mai, le centre était destiné à servir de «centre de patrimoine culturel Arafat. »

En outre, le rapport de la dixième chaîne indique que les conseillers municipaux avaient déjà visité un « centre similaire » construit par Masri à Naplouse, avant de prendre leur décision.

Le communiqué de presse de l’organisation de Masri n’avait fait aucune mention d’une « salle pour les questions religieuses. » Au contraire, la déclaration précisait qu’Abu Ghosh avait été choisie pour commémorer l’héritage d’Arafat en raison de sa persévérance contre l’ « occupation » israélienne.

Munib Al-Masri à son domicile, Beit Falasteen, surplombant Naplouse, le 8 avril 2014 (Suha Halifa / Times of Israel)
Munib Al-Masri à son domicile, Beit Falasteen, surplombant Naplouse, le 8 avril 2014 (Suha Halifa / Times of Israel)

« Abu Ghosh est une ville qui a survécu à la Nakba [catastrophe], » précise le communiqué, se référant à la défaite et au déplacement de centaines de milliers d’Arabes pendant la guerre de 1948 lors de laquelle Israël a gagné son indépendance.

Abu Ghosh, qui a choisi de rester neutre pendant la guerre de 1948 et est donc restée intact, et est définie dans le communiqué de presse comme symbole de l’unité et de la fermeté du mouvement national palestinien et de sa future capitale souhaitée, Jérusalem.

Masri est un ardent défenseur d’une solution à deux Etats, a dénoncé la violence et a été fortement critiqué par le mouvement de boycott palestinien pour ses tentatives d’amélioration des relations entre les deux parties, y compris pour sa rencontre avec l’homme d’affaires israélien Rami Levy dans l’un des supermarchés de Levy en Cisjordanie, afin de discuter de l’Initiative de paix arabe en août 2012.

Pourtant Masri, aussi connu comme le duc de Naplouse, reste un admirateur indéfectible d’Arafat, pour qui il a servi comme ministre et confident.

Yasser Arafat (Crédit : AFP PHOTO / Thomas COEX)
Yasser Arafat (Crédit : AFP PHOTO / Thomas COEX)

Dans un éditorial publié dans le Times of Israel en 2014, intitulé « Comme Arafat, je reconnais les liens juifs à Israël », il a décrit les relation de l’ancien chef de l’OLP aux Israéliens et au peuple juif comme « complexes », mais a dit qu’il était « de tout cœur » d’accord avec l’approche d’Arafat.

Quand Masri a été interrogé à propos du centre culturel par le Times of Israel la semaine dernière, il a répondu que « cela ne vous regarde pas où je construis », et a refusé de répondre aux questions sur le sujet par téléphone.

Une réunion inexplicablement annulée ; une pierre de fondation non posée

Une cérémonie qui devait avoir lieu à la mosquée massive et orné d’Abou Ghosh le 27 avril pour célébrer la pose de la première pierre du centre a été soudainement annulée sans raison.

Une invitation publique à la cérémonie avait été comprise dans le communiqué de presse du Fonds de dotation de Jérusalem. Lorsque ce journaliste est arrivé à la réunion, seul environ 20 hommes priaient dans la massive mosquée.

Après que les hommes aient fini de prier, l’Imam a annoncé que la cérémonie concernant le centre Arafat avait été annulée mais qu’il ne savait pas pourquoi. Aucun des hommes à la mosquée ce jour-là n’avait entendu parler du futur centre, sauf l’imam, qui l’a appelé le « centre Yasser Arafat pour la paix ».

Bientôt, deux personnes arrivèrent pour la cérémonie annulée. C’étaient des moines bénédictins français du monastère d’Abou Ghosh.

Moines bénédictins français du monastère d'Abou Ghosh
Moines bénédictins français du monastère d’Abou Ghosh

Un homme d’âge mûr portant un costume noir et une cravate noire est également arrivé pour la cérémonie. Il a dit avoir fait tout le chemin depuis Naplouse. Il était accompagné d’un enfant et d’un chauffeur âgé, qui a reconduit l’homme dans un véhicule noir impressionnant.

L’homme d’aspect officiel a refusé de dire qui il était. Tout en déposant plus tard ce journaliste hors du village, il a dit qu’il n’était pas au courant des plans concernant un centre culturel mais qu’il pensait que la réunion concernait un nouveau terrain de football pour Abu Ghosh.

Le maire d’Abu Ghosh a également dit au Times of Israel que Masri pensait faire un don de millions de shekels pour la construction d’un terrain de jeu, qui serait nommé d’après le magnat de l’énergie.

Un jeune homme dégingandé d’environ 24 ans qui est resté près de la mosquée après la prière ce jour-là a dit que la construction du centre était sans importance.

« C’est juste un nom. Cela n’aura pas une quelconque influence. Nous avons une forte relation avec les Juifs », a-t-il dit.

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