Après l’annulation d’un concert caritatif, Ezra Lemarpe lève 1 M de shekels
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Après l’annulation d’un concert caritatif, Ezra Lemarpe lève 1 M de shekels

Après le tollé suscité par l'exclusion d'artistes féminines, le concert de soutien à l'organisation d'assistance médicale a été annulé et un financement participatif a été lancé

Le rabbin Avraham Elimelech Firer, président et fondateur de ‘Ezra LeMarpeh’ (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)
Le rabbin Avraham Elimelech Firer, président et fondateur de ‘Ezra LeMarpeh’ (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

Des milliers d’Israéliens ont fait don de plus d’un million de shekels mercredi à une organisation haredi d’assistance médicale, après que le concert caritatif a été annulé au début de la semaine suite au tollé soulevé par l’absence d’artistes féminines.

Le concert prévu le 20 novembre à l’auditorium Charles Bronfman de Tel Aviv avait été organisé au profit d’Ezra Lemarpe, une organisation à but non-lucratif qui a aidé à sauver des milliers de vie, souvent sans aucun coût pour le malade, et en hommage à son fondateur, le rabbin Avraham Elimelech Firer.

Le rabbin, qui a consacré sa vie à aider des personnes gravement malades et à trouver les soins médicaux dont ils ont besoin, a annulé le concert lundi, après que l’exclusion de chanteuses, à la demande de Firer, a suscité un tollé et souligné les importants clivages existants entre les éléments religieux conservateurs et les éléments plus progressistes au sein de la société israélienne.

En réaction, de nombreux sympathisants du rabbin Firer et d’Ezra Lemarpe, orthodoxes et laïcs, ont fait des dons en ligne pour compenser le manque à gagner généré par l’annulation du concert.

Une page a été ouverte sur le site de financement participatif Charidy, et mercredi soir, plus de 5 400 donateurs avaient donné plus de 1,06 million de shekels.

Illustration: Tahunia Rubel, lauréate d’une émission de téléréalité israélienne, pose avec une patiente atteinte d’un cancer pendant une évènement caritatif au profit d’Ezra Lemarpé, à Tel Aviv, le 24 novembre 2013. (Crédit : Gideon Markowicz/Flash90)

« Plus d’un million d’Israéliens ont été aidés ces dernières 40 années par l’organisation Ezra Lemarpe, fondée par le rabbin Elimelech Firer », explique la page.

« Ils ont bénéficié de conseils médicaux qui leur ont sauvé la vie, emprunté gracieusement de matériel médical sophistiqué, été aidés à voyager pour être soignés à l’étranger, entre autres innombrables actes de bienveillance, avec chaleur et amour. Ces gens sont peut-être vos voisins, vos collègues, vos associés, ou même des proches… Ezra Lemarpe a aidé chaque personne, quelle que soit sa race, sa religion ou son genre, accueillant toute la nation avec amour, depuis plus de 40 ans. »

Le concert a fait l’objet de débats féroces, ces derniers jours, dans les médias comme sur les réseaux sociaux israéliens.

De nombreuses personnalités publiques, chanteurs et juristes ont exprimé leur avis sur l’exclusion des femmes, le positionnement adopté par la loi juive sur le chant féminin et le travail réalisé pendant sa vie par le rabbin Firer.

La loi juive orthodoxe interdit aux hommes d’écouter des femmes chanter, considérant leurs voix comme impudiques et s’apparentant à une forme de nudité.

A une période où de nombreux Israéliens laïcs considèrent que la religion empiète de plus en plus sur les libertés individuelles, la nouvelle de l’exclusion des femmes du concert a amené des artistes qui s’abstiennent habituellement d’intervenir dans de tels sujets à prendre parti.

Le chanteur israélien Shlomo Artzi se produit au Park Hayarkon, à Tel Aviv, le 2 juillet 2015 (Moshe Shai / FLASH90)

Mercredi, l’orchestre philharmonique israélien a fait savoir qu’il ne prendrait pas part à un événement qui « exclut les femmes ».

Le guitariste d’Artzi, Avi Singolda et Orly Vilnai, journaliste chargé d’animer le concert, et d’autres artistes, lui ont emboîté le pas. D’autres ont manifesté leur soutien à l’évènement de Firer et ont dit qu’ils seraient disposés à se produire gratuitement à l’évènement.

Artzi lui-même a noté sur Facebook qu’il prévoyait de faire « tout ce qui est possible pour faire changer d’avis le rabbin Firer ».

Lundi, les médias en hébreu ont fait savoir que Firer avait écrit une lettre à Efi Hershkowitz, en charge de l’organisation de l’événement, disant que « je demande à ce que ce concert caritatif n’ait pas lieu. Je ne suis jamais intervenu et je n’ai jamais pris en charge l’organisation d’événements de charité. L’association a eu l’honneur, jusqu’à présent, de servir plus d’un million de personnes, indépendamment de leur religion, de leur ethnie ou de leur sexe ».

Le Réseau israélien des femmes a salué l’annulation du concert dans un communiqué, rendant d’abord hommage à Firer pour ses accomplissements avant d’ajouter que « nous ne devons accepter aucun cas d’exclusion des femmes dans la sphère publique dans la mesure où cela affecte leur statut dans tous les domaines de la société – de l’université à l’armée, en passant par le lieu de travail ».

Le parti de l’Union nationale de droite, dirigé par le ministre radical des Transports Bezalel Smotrich, a réagi avec indignation à l’annulation du spectacle, parlant d’un « moment difficile pour la société israélienne ».

Les chanteurs israéliens Moshe Peretz et Lior Narkis avec une patiente atteinte d’un cancer pendant une évènement caritatif au profit d’Ezra Lemarpé, à Tel Aviv, le 24 novembre 2013. (Crédit : Gideon Markowicz/Flash90)

« La folie libérale l’a emporté », a-t-il ajouté. « Tous les hommes et toutes les femmes, tous les citoyens d’Israël, doivent ressentir de l’embarras et de la honte face à cette humiliation imposée à un immense philanthrope ».

La question de l’égalité des sexes est au coeur des frictions, en Israël, entre les orthodoxes et les Israéliens non pratiquants. Des affrontements violents ont ainsi eu lieu au mur Occidental avec des fidèles orthodoxes, furieux de voir des femmes y organiser des services et des lectures de la Torah.

Les soldats orthodoxes ont également boudé de manière répétée les événements organisés par l’armée israélienne où des femmes sont amenées à se produire.

Au mois d’août, la Haute-cour de justice avait fait interdire un concert où les deux sexes devaient être séparés dans un parc public d’Afula, dans le nord du pays. Ce jugement avait été rendu trop tard pour empêcher l’événement.

La décision prise par les magistrats avait entraîné une indignation vive parmi les députés de droite et particulier chez les législateurs ultra-orthodoxes, qui avaient estimé que la cour empêchait les Israéliens haredim de maintenir leurs coutumes religieuses de pudeur. Les opposants au concert avaient pour leur part affirmé que cet acte de ségrégation à l’encontre des femmes était une forme de discrimination et qu’elle était donc illégale dans l’espace public.

JTA a contribué à cet article.

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