Annulation du concert caritatif excluant les artistes féminines
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Annulation du concert caritatif excluant les artistes féminines

Le rabbin qui a consacré sa vie à guérir des malades dit être "fier" de son mode de vie et a annulé le spectacle en son honneur après la défection d'artistes

Le chanteur israélien Shlomo Artzi se produit au Park Hayarkon, à Tel Aviv, le 2 juillet 2015 (Moshe Shai / FLASH90)
Le chanteur israélien Shlomo Artzi se produit au Park Hayarkon, à Tel Aviv, le 2 juillet 2015 (Moshe Shai / FLASH90)

Un rabbin orthodoxe qui a consacré sa vie à prendre en charge gratuitement les personnes gravement malades a annulé, lundi, un concert de collecte de fonds, après l’indignation suscitée par l’exclusion des artistes féminines de l’événement.

Le concert prévu le 20 novembre à l’auditorium Charles Bronfman de Tel Aviv avait été organisé au profit d’Ezra Lemarpe, une organisation à but non-lucratif qui a aidé à sauver des milliers de vie, souvent sans aucun coût pour le malade, et en hommage à son fondateur, le rabbin Avraham Elimelech Firer.

Mais cet événement, auquel devaient initialement participer l’orchestre philharmonique d’Israël et un grand nombre d’artistes de haut-rang, a mis en exergue les divisions profondes qui existent au sein de la société israélienne.

La controverse a éclaté, la semaine dernière, après qu’il a été révélé que Firer avait demandé qu’aucune femme ne monte sur scène lors du spectacle.

La loi juive orthodoxe interdit aux hommes d’écouter des femmes chanter, considérant leurs voix comme impudiques et s’apparentant à une forme de nudité.

Le concert a fait l’objet de débats féroces, ces derniers jours, dans les médias comme sur les réseaux sociaux israéliens.

De nombreuses personnalités publiques, chanteurs et juristes ont exprimé leur avis sur l’exclusion des femmes, le positionnement adopté par la loi juive sur le chant féminin et le travail réalisé pendant sa vie par le rabbin Firer.

A une période où de nombreux Israéliens laïcs considèrent que la religion empiète de plus en plus sur les libertés individuelles, la nouvelle de l’exclusion des femmes du concert a amené des artistes qui s’abstiennent habituellement d’intervenir dans de tels sujets à prendre parti.

Mercredi, l’orchestre philharmonique israélien a fait savoir qu’il ne prendrait pas part à un événement qui « exclut les femmes ».

Le guitariste d’Artzi, Avi Singolda et Orly Vilnai, journaliste chargé d’animer le concert, lui ont emboîté le pas. Artzi lui-même a noté sur Facebook qu’il prévoyait de faire « tout ce qui est possible pour faire changer d’avis le rabbin Firer ».

Le rabbin Avraham Elimelech Firer, président et fondateur de ‘Ezra LeMarpeh’ (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Lundi, les médias en hébreu ont fait savoir que Firer avait écrit une lettre à Efi Hershkowitz, en charge de l’organisation de l’événement, disant que « je demande à ce que ce concert caritatif n’ait pas lieu. Je ne suis jamais intervenu et je n’ai jamais pris en charge l’organisation d’événements de charité. L’association a eu l’honneur, jusqu’à présent, de servir plus d’un million de personnes, indépendamment de leur religion, de leur ethnie ou de leur sexe ».

« Je tire mon énergie de la loi juive, je suis fier de mon mode de vie et je resterai fidèle à la mission qui est celle de toute ma vie – sauver des vies et aimer les autres », a-t-il ajouté dans son courrier.

Le Réseau israélien des femmes a salué l’annulation du concert dans un communiqué, rendant d’abord hommage à Firer pour ses accomplissements avant d’ajouter que « nous ne devons accepter aucun cas d’exclusion des femmes dans la sphère publique dans la mesure où cela affecte leur statut dans tous les domaines de la société – de l’université à l’armée, en passant par le lieu de travail ».

« Nous saluons les artistes et l’orchestre philharmonique qui n’ont pas accepté l’effacement et la réduction au silence des femmes. Même un objectif noble ne peut être poursuivi au détriment des femmes », a continué le communiqué.

Le parti de l’Union nationale de droite, dirigé par le ministre radical des Transports Bezalel Smotrich, a réagi avec indignation à l’annulation du spectacle, parlant d’un « moment difficile pour la société israélienne ».

« La folie libérale l’a emporté », a-t-il ajouté. « Tous les hommes et toutes les femmes, tous les citoyens d’Israël, doivent ressentir de l’embarras et de la honte face à cette humiliation imposée à un immense philanthrope ».

La question de l’égalité des sexes est au coeur des frictions, en Israël, entre les orthodoxes et les Israéliens non pratiquants. Des affrontements violents ont ainsi eu lieu au mur Occidental avec des fidèles orthodoxes, furieux de voir des femmes y organiser des services et des lectures de la Torah.

Les soldats orthodoxes ont également boudé de manière répétée les événements organisés par l’armée israélienne où des femmes sont amenées à se produire.

Au mois d’août, la Haute-cour de justice avait fait interdire un concert où les deux sexes devaient être séparés dans un parc public d’Afula, dans le nord du pays. Ce jugement avait été rendu trop tard pour empêcher l’événement.

La décision prise par les magistrats avait entraîné une indignation vive parmi les députés de droite et particulier chez les législateurs ultra-orthodoxes, qui avaient estimé que la cour empêchait les Israéliens haredim de maintenir leurs coutumes religieuses de pudeur. Les opposants au concert avaient pour leur part affirmé que cet acte de ségrégation à l’encontre des femmes était une forme de discrimination et qu’elle était donc illégale dans l’espace public.

JTA a contribué à cet article.

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