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Analyse

Après le départ de Silman, quels élus sont susceptibles de déserter la coalition ?

C'est le député Yamina Abir Kara qui pourrait le plus probablement faire défection, mais l'opposition devra faire beaucoup plus si elle espère reprendre le pouvoir

Les députés Idit Silman, au centre, Abir Kara, à gauche, dans la salle d'assemblée du parlement israélien, à Jérusalem, le 4 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Les députés Idit Silman, au centre, Abir Kara, à gauche, dans la salle d'assemblée du parlement israélien, à Jérusalem, le 4 novembre 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Suite au coup de théâtre de l’annonce du départ de la députée de Yamina Idit Silman de la coalition, mercredi, politiciens et observateurs s’intéressent avec fièvre à la possibilité de nouvelles défections au sein de l’alliance au pouvoir blessée, qui a été privée de sa majorité législative.

D’autres démissions pourraient être déterminantes dans les efforts livrés par le chef de l’opposition Benjamin Netanyahu pour renverser le gouvernement actuel et en installer un nouveau – ou pousser le pays à organiser de nouvelles élections.

Actuellement, le gouvernement détient 60 sièges au Parlement tandis que l’opposition est divisée en deux : 54 législateurs soutiennent une coalition religieuse de droite et et six appartiennent à la Liste arabe unie, qui est opposée à la fois au gouvernement actuel et à Netanyahu.

Pour obtenir la majorité nécessaire pour remplacer le gouvernement actuel par un nouveau, les partis de l’opposition doivent donc attirer sept nouveaux déserteurs dans leur camp -et ce n’est pas une mince affaire.

Le parti Yamina de Naftali Bennett est considéré, pour ce faire, comme un vivier prioritaire de potentiels rebelles même si la faction de six députés ne serait pas en elle-même suffisante pour garantir à Netanyahu une majorité de 61 voix.

Silman est la deuxième députée de Yamina à faire défection. Le premier avait été Amichai Chikli, qui n’avait pas accepté la formation du gouvernement l’année dernière. Et de nombreux regards se tournent dorénavant vers le parlementaire Abir Kara.

Selon la douzième chaîne, le vice-ministre aurait rencontré discrètement, mercredi, Silman et Chikli, et les trois législateurs auraient mis au point un accord potentiel qui leur permettrait de faire officiellement scission avec Yamina.

La Douzième chaîne aurait ajouté que Kara avait menti à Bennett au sujet de cette rencontre, lui disant qu’il allait tenter de convaincre Silman de revenir sur sa décision. Kara réfléchirait dorénavant à l’accord évoqué.

La composition de la Knesset après la défection d’Idit Silman. (Capture d’écran)

Les députés de Yamina auraient été soumis à de nouvelles pressions, mercredi après-midi, de la part du rabbin Chaim Druckman du mouvement sioniste-religieux – un mouvement dont se revendique la majorité de sa base électorale. Faisant une rare déclaration, Druckman a applaudi la démission de Silman et a encouragé les législateurs qui respectent la Torah à suivre son exemple.

« Je félicite la députée Idit Silman pour l’initiative digne et courageuse qu’elle a entreprise », a dit Druckman qui a ajouté que « j’appelle les autres membres de la Knesset, ceux pour qui la Torah a de l’importance, à rejoindre Idit et à former un gouvernement sioniste national dans les meilleurs délais ».

Le rabbin Chaim Druckman assiste au lancement de la campagne du parti de droite Yamina, avant les élections générales israéliennes, le 12 février 2020 (Tomer Neuberg/Flash90).

Autre pilier de Yamina lui aussi insatisfait du gouvernement d’unité, sa numéro deux, la ministre de l’Intérieur Ayelet Shaked.

Tandis que Silman aurait conclu en accord avec le Likud – sa défection en échange d’une place de choix sur la liste du parti et un possible portefeuille de ministre de la Santé – il est difficile de dire si le Likud serait prêt à montrer la même chaleur à l’égard de Shaked, dont les relations avec Netanyahu ont été teintées d’animosité.

Autre point faible au sein du parti Yamina, le député Nir Orbach, qui s’est ouvertement exprimé sur son malaise face aux politiques mises en place par la coalition, notamment face à celles qu’il considère comme hostiles au mouvement pro-implantation.

Chikli, toujours affilié à Yamina, s’est ouvertement aligné aux côtés de l’opposition depuis la formation de ce gouvernement éclectique – en large partie en signe de protestation contre sa composition, qui comprend des partis de gauche et arabe. Lundi, il a accordé une interview à la radio militaire qui semble dorénavant visionnaire – soulevant la possibilité de former une nouvelle faction à partir des membres de droite de la coalition, un parti qui pourrait faire un appel du pied aux électeurs déçus qui avaient accordé leurs suffrages à Yamina et à Tikva Hadasha.

Le député Nir Orbach assiste à une réunion du comité des arrangements à la Knesset, à Jérusalem, le 21 juin 2021. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les défections des législateurs de Tikva Hadasha sont moins probables – la formation étant composée d’anciens parlementaires du Likud dont le programme a largement porté sur l’opposition à Netanyahu et à son style de gouvernance.

Un butin plus précieux encore serait le ralliement de députés de la formation de centre-gauche Kakhol lavan qui, avec huit sièges, est la deuxième faction la plus importante au sein de la coalition. Des rumeurs, ces dernières semaines, ont laissé entendre que Michael Biton serait un candidat possible au grand saut. A la tête de la Commission des Affaires économiques, cela ferait longtemps que Biton est courtisé par le Likud.

Le putsh le plus éclatant serait de s’assurer du soutien du ministre de la Défense Benny Gantz, qui dirige le parti Kakhol lavan et dont les relations avec la coalition sont de plus en plus tendues.

Pendant la session d’hiver à la Knesset, Gantz avait été tellement frustré par son incapacité à faire avancer son programme législatif que sa faction avait lancé une semaine de grève des votes au sein du parlement.

Malgré tout, l’ancien chef d’État-major s’est brûlé les ailes en côtoyant Netanyahu, dans le passé, et il serait difficile de le rallier une fois encore à la cause de l’ex-Premier ministre. La décision prise par Gantz d’établir un partenariat avec le leader du Likud, en 2020, avait été largement considérée comme une bévue qui lui coûterait politiquement, même si les prédictions des experts, qui avaient annoncé que ses électeurs l’abandonneraient, ne se sont finalement pas réalisées.

Il est difficile de déterminer quelles promesses pourrait faire Netanyahu à Gantz pour le ramener dans son camp. En 2020, le chef du Likud s’était engagé dans un accord de rotation au poste de Premier ministre avec le chef de Kakhol lavan, un accord dont il s’était ensuite affranchi – ce qui avait provoqué le retour des Israéliens aux urnes.

A moins que l’opposition ne parvienne à créer la surprise et à retrouver sept sièges par un stratagème qui relèverait à la fois de la magie et du miracle, un autre cycle électoral pourrait bien être le scénario le plus probable concernant l’avenir de l’État juif.

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