Après le Musée juif, Bruxelles continue d’être un havre pour les jihadistes
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Après le Musée juif, Bruxelles continue d’être un havre pour les jihadistes

Un total de 494 "jihadistes belges" ont été identifiés : 272 sont en Syrie ou en Irak, 75 sont présumés morts, 134 sont revenus et 13 sont en route, selon les services de renseignement belges

Le périmètre de la station de métro à Bruxelles après les attentats du 22 mars 2016 (Crédit : AFP / EMMANUEL DUNAND)
Le périmètre de la station de métro à Bruxelles après les attentats du 22 mars 2016 (Crédit : AFP / EMMANUEL DUNAND)

Bruxelles, souvent décrite comme un sanctuaire d’islamistes radicaux en Europe, a vécu mardi la pire attaque de son histoire.

Les attentats à l’aéroport international et dans le métro de la capitale européenne, qui ont fait au moins 34 morts et plus de 200 blessés, surviennent quatre jours après la capture du suspect-clé des attentats de Paris, Salah Abdeslam.

En cavale depuis quatre mois, le Français de 26 ans a été appréhendé vendredi à Molenbeek, la commune bruxelloise où il a grandi, à quelques centaines de mètres du domicile familial.

« Il est très probable que l’attaque (de mardi) ait été planifiée et préparée bien avant l’arrestation de Salah Abdeslam, l’une des figures centrales » des attaques du 13 novembre, explique à l’AFP Shiraz Maher, du Centre international d’étude de la radicalisation (ICSR), au King’s College de Londres.

« Cela montre l’existence d’un réseau terroriste large et sophistiqué en Belgique, qui s’étend bien au-delà de celui qui a attaqué la France l’an dernier », analyse-t-il.

L’organisation État islamique (EI) a revendiqué quelques heures après – dans un communiqué mis en ligne en arabe et en français – les attentats contre la « Belgique croisée », accusant ce pays de n’avoir « cessé de combattre l’islam et les musulmans ».

La Belgique, petit pays de 11 millions d’habitants, est en Europe celui qui compte – proportionnellement à sa population – le plus grand nombre de volontaires partis combattre en Syrie ou en Irak.

Un total de 494 « jihadistes belges » ont été identifiés : 272 sont en Syrie ou en Irak, 75 sont présumés morts, 134 sont revenus et 13 sont en route, selon la Sûreté de l’Etat, les services de renseignement belges.

Cette proportion, par rapport à la population nationale, « c’est deux fois plus que pour la France et plus de quatre fois ce que connaît la Grande-Bretagne », relève l’expert britannique.

Malgré le renforcement de sa législation anti-terroriste, le démantèlement de filières de recrutement et de cellules terroristes depuis les années 1990 et les condamnations qui ont suivi, la Belgique semble donc être restée un havre pour les combattants du jihad.

Vaste nébuleuse

La commune de Molenbeek, caractérisée par une importante communauté musulmane, majoritairement d’origine marocaine, un haut niveau de chômage et une forte délinquance, constitue un cas exemplaire.

Outre Salah Abdeslam et son frère Brahim, qui s’est fait exploser à Paris le 13 novembre, c’est aussi à Molenbeek qu’avaient séjourné en 2001 les assassins du commandant Massoud, en Afghanistan.

Tout comme Hassan El Haski, condamné pour avoir été l’un des concepteurs des attentats de 2004 à Madrid (191 morts et 1.800 blessés), ou encore Mehdi Nemmouche, le principal suspect de l’attentat au Musée juif de Bruxelles en mai 2014.

Une photo prise avec un  téléphone portable le 14 novembre 2015 montre une camionnette de l'unité belge de déminage SEDEE tandis que les policiers bloquent une rue lors d'un raid de la police dans le quartier de Molenbeek à Bruxelles, peut-être en relation avec les attentats meurtriers du 13 novembre à Paris (Crédit : AFP Photo / Belga / Hendrik Devriendt)
Une photo prise avec un téléphone portable le 14 novembre 2015 montre une camionnette de l’unité belge de déminage SEDEE tandis que les policiers bloquent une rue lors d’un raid de la police dans le quartier de Molenbeek à Bruxelles, peut-être en relation avec les attentats meurtriers du 13 novembre à Paris (Crédit : AFP Photo / Belga / Hendrik Devriendt)

L’auteur de l’attaque en août du Thalys Amsterdam-Paris, Ayoub El Khazzani, y avait séjourné chez sa soeur avant de prendre le train. Enfin, une cellule terroriste démantelée en janvier à Verviers (est) avait également des attaches à Molenbeek.

L’un des organisateurs présumés des attentats de Paris, Abdelhamid Abaaoud, tué dans un raid policier français, venait lui aussi de Molenbeek.

L’enquête en cours depuis les attentats de Paris a révélé l’existence d’une nébuleuse jihadiste très étendue.

Salah Abdeslam semble d’ailleurs avoir bénéficié de soutiens lors de sa cavale de quatre mois. Il « était prêt à refaire quelque chose à Bruxelles », a affirmé dimanche le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, se basant sur les premières déclarations du suspect devant la justice.

« Et c’est peut-être la réalité », avait-il ajouté, « parce que nous avons trouvé beaucoup d’armes, des armes lourdes au cours des premières investigations, et nous avons trouvé un nouveau réseau autour de lui à Bruxelles ».

Les enquêteurs avaient aussi précisé lundi avoir retrouvé deux détonateurs dans un appartement perquisitionné la semaine dernière.

Abdelhamid Abaaoud, (Crédit : Capture d'écran YouTube)
Abdelhamid Abaaoud, (Crédit : Capture d’écran YouTube)
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