Après les lauriers et la polémique, « J’accuse » de Polanski sort en France
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Après les lauriers et la polémique, « J’accuse » de Polanski sort en France

Le cinéaste a nuancé le parallèle qu'il avait dressé entre sa situation et l'histoire de Dreyfus, expliquant connaître "certains aspects" de la vie du capitaine visé par un complot

Le réalisateur Roman Polanski lors d'une séance photo à la projection du film "D'après une histoire vraie" à Paris, le 30 octobre 2017. (Photo AP / François Mori)
Le réalisateur Roman Polanski lors d'une séance photo à la projection du film "D'après une histoire vraie" à Paris, le 30 octobre 2017. (Photo AP / François Mori)

« J’accuse », le film de Roman Polanski sur l’Affaire Dreyfus, sort mercredi en France, deux mois après avoir séduit la Mostra mais aussi irrité ceux qui regrettent le parallèle avec ce scandale historique établi par le réalisateur, qui s’estime lui aussi « persécuté ».

Récompensé par le Grand prix du jury à Venise, le film du réalisateur franco-polonais, toujours poursuivi aux Etats-Unis pour le viol d’une mineure en 1977, arrive sur les écrans à l’heure où le mouvement #MeToo est revenu à la une en France, après les déclarations d’Adèle Haenel accusant le réalisateur Christophe Ruggia d' »attouchements » et de « harcèlement » alors qu’elle était adolescente.

Thriller sur fond d’espionnage, « J’accuse », raconte l’Affaire Dreyfus, scandale majeur de la IIIe République qui a duré douze ans (1894-1906), du point de vue du lieutenant-colonel Georges Picquart, chef des services de renseignement.

Personnage clé du dénouement de l’affaire, Picquart avait diffusé les preuves permettant d’innocenter le capitaine Dreyfus, Français d’origine alsacienne et de confession juive, injustement condamné.

Co-écrit par Roman Polanski et l’écrivain Robert Harris – avec qui le cinéaste avait déjà collaboré pour « The Ghost Writer » -, ce film ample, rigoureux et minutieusement composé, est solidement interprété par Jean Dujardin, tout en retenue dans le rôle du lieutenant-colonel Georges Picquart, tandis qu’Emmanuelle Seigner incarne sa maîtresse et Louis Garrel le capitaine Dreyfus.

« Histoire terriblement actuelle »

Jean Dujardin avait raconté à Venise à quel point Roman Polanski avait été un réalisateur « exigeant », qui « ne s’économise jamais ». « Roman m’a offert un très beau personnage », a pour sa part dit à l’AFP Emmanuelle Seigner, femme du cinéaste.

Annoncé depuis des années, initialement sous le titre « D. », et initialement prévu en anglais, ce film avait été repoussé à plusieurs reprises, jusqu’à ce que Roman Polanski décide de tourner en français cette histoire, qu’il juge « terriblement actuelle, vu la recrudescence de l’antisémitisme ».

Malgré les lauriers – « J’accuse » avait été récompensé à la Mostra également par le prix Fipresci de la critique internationale -, le film avait aussi suscité des réserves, notamment parce que Roman Polanski avait dit à plusieurs reprises qu’il voyait dans cette affaire un écho à sa propre histoire, s’estimant « harcelé » et « persécuté ».

‘Le traître : la Dégradation d’Alfred Dreyfus,’’ par Henri Meyer, qui dépeint la cérémonie de destitution de ses grades militaires du soldat juif. (Crédit : Wikimedia commons/ domaine public)

« Je connais bon nombre de mécanismes de persécution qui sont à l’oeuvre dans ce film », souligne le cinéaste de 86 ans dans le dossier de presse, estimant que « son ‘image’ a commencé à se former avec la mort de Sharon Tate », son épouse assassinée en 1969. La presse avait alors « insinué entre autres qu’il faisait partie des instigateurs de son meurtre ».

« Tout cela me poursuit aujourd’hui encore. Tout, et n’importe quoi. C’est comme une boule de neige, chaque saison en ajoute une couche ».

Le magazine américain Variety avait notamment jugé à Venise « obscène » le parallèle dressé par Polanski entre sa situation et l’histoire de Dreyfus, « un homme innocent ».

« Cas emblématique »

« Il y a dans le destin de Dreyfus certains aspects que je connais. Mais si on pense que je me compare à lui, je n’ai même pas envie d’en discuter, c’est complètement idiot ! », nuance toutefois le cinéaste cette semaine dans Le Point.

La polémique avait rattrapé Polanski à Venise avant même l’ouverture du festival, des féministes ayant regretté sa sélection en compétition, alors que le réalisateur, poursuivi par la justice américaine pour le viol d’une mineure en 1977, et accusé d’agression sexuelle par trois autres femmes ces dernières années, s’attire régulièrement leurs foudres.

En 2017, des féministes avaient manifesté en France contre une rétrospective de ses films à la Cinémathèque. La même année, il avait dû renoncer à présider la cérémonie des César.

Adèle Haenel a jugé lundi, sur Mediapart, que la situation de Roman Polanski constituait « malheureusement un cas emblématique » d’abus.

Jean Dujardin n’a pas été épargné par la controverse non plus, dans une moindre mesure, pour des propos accordés au magazine Elle au sujet de #MeToo. « Mon idée de la femme ne va pas sans celle de son respect. Mais être obligé de le dire c’est être suspect. C’est fatigant », a-t-il dit, suscitant de vives réactions sur les réseaux sociaux.

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