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Après un projet pilote de 2 ans, Tsahal déploiera des équipages de chars 100% féminins

Un compagnie de Merkava IV défendra la frontière égyptienne en tant qu'élément permanent du bataillon mixte Caracal ; Kohavi salue ce succès

Emanuel Fabian est le correspondant militaire du Times of Israël.

Des soldates utilisent un char dans le désert du Néguev sur une photo non datée. (Crédit : armée israélienne)
Des soldates utilisent un char dans le désert du Néguev sur une photo non datée. (Crédit : armée israélienne)

L’armée israélienne a déclaré jeudi qu’un programme pilote de deux ans pour une compagnie de femmes opérateurs de chars avait été un succès et a annoncé que ce rôle deviendrait permanent dans l’armée.

La compagnie, dans le bataillon mixte d’infanterie légère Caracal, opère le long de la frontière égyptienne – pas dans les guerres ou dans les combats situés en profondeur derrière les lignes ennemies.

Le projet pilote a été lancé en 2020 après qu’un premier essai, qui consistait à inclure des femmes dans des unités de chars de 2017 à 2018, a été jugé non concluant.

L’armée a déclaré que le chef d’état-major Aviv Kohavi a accepté les recommandations de Tamir Yadai, chef des forces terrestres, qui a qualifié l’essai de succès, « et à partir de maintenant, elles seront affectées de manière permanente à ce poste. »

« La décision a été prise au vu de considérations professionnelles et opérationnelles et conformément aux besoins de l’armée, après que les troupes féminines ont satisfait aux critères prédéfinis », a ajouté Tsahal.

« Nous concluons avec succès un processus professionnel et approfondi, dans le cadre du concept selon lequel l’armée ouvre de plus en plus de rôles de combat aux femmes », a déclaré Kohavi dans des remarques publiées par l’armée israélienne.

« Je suis convaincu que les soldates chargées de défendre les frontières s’acquitteront de leur tâche avec professionnalisme et succès et qu’elles constitueront une part importante de l’effort opérationnel de Tsahal », a-t-il ajouté.

Illustration. Une soldate du Corps de l’artillerie prépare un obus sur la base militaire israélienne de Shivta, dans le désert du Néguev, le 18 novembre 2008. (Crédit : unité des portes-paroles de l’armée/Flickr)

La compagnie blindée utilise des chars Merkava IV, dotés des capacités et des systèmes technologiques les plus récents de l’armée.

Dans un changement significatif par rapport au reste de l’armée, le commandant de la compagnie de chars répond directement au chef du bataillon Caracal. Ailleurs dans Tsahal, alors que les unités du corps blindé et celles du corps d’infanterie servent souvent en étroite collaboration, elles sont séparées, avec des structures hiérarchiques distinctes.

Le nouveau commandant du bataillon Caracal, l’une des quatre unités d’infanterie mixtes du Corps de défense des frontières de Tsahal, est une femme officier, pour la première fois dans l’histoire du corps.

Le major Or Livni, qui a été blessée lors d’une fusillade avec des contrebandiers en 2014, a été nommée à la tête de Caracal en juillet et sera promue au rang de lieutenant-colonel dès son entrée en fonction.

Le Corps de défense des frontières est chargé de défendre les frontières d’Israël avec la Jordanie et l’Égypte. Bien qu’Israël maintienne des traités de paix avec Amman et Le Caire, ces frontières sont le théâtre de fréquentes tentatives de contrebande et, à l’occasion, d’autres incidents violents.

Le désert du Sinaï abrite une branche réduite mais compétente du groupe terroriste État islamique, connue sous le nom de province du Sinaï, qui a commis des attentats terroristes dans la région ces dernières années.

Les soldats du bataillon mixte Caracal pendant un exercice de préparation à un assaut de l’Etat islamique dans le sud d’Israël, fin mars 2017. (Crédit : unité des porte-paroles de l’armée israélienne)

Afin de libérer les unités d’infanterie lourde – les Parachutistes, les Brigades Givati, Golani, Kfir et Nahal – qui servaient autrefois à ces frontières, ces dernières années, Tsahal les a remplacées par les unités d’infanterie légère du Corps de défense des frontières : les bataillons Caracal, Bardelas, Lions de la vallée du Jourdain et Lions de la vallée.

Contrairement aux brigades d’infanterie lourde, ces bataillons mixtes ne sont pas considérés comme des « unités de manœuvre ». Cela signifie qu’ils ne sont pas entraînés à pénétrer profondément en territoire ennemi, mais plutôt à rester largement à l’intérieur des frontières d’Israël et relativement près de leurs bases d’attache. Cela signifie que les soldats servant dans ces unités ne doivent pas répondre aux mêmes exigences physiques que les troupes des brigades d’infanterie lourde, qui doivent être capables de transporter du matériel lourd sur de longues distances, ce pour quoi les hommes sont en moyenne mieux préparés physiquement que les femmes.

Les détracteurs de la participation des femmes aux unités combattantes soulignent souvent que ces normes inférieures sont la preuve des dangers de l’intégration du genre dans l’armée, tandis que les partisans soutiennent que ces critères ne sont pas significatifs en soi mais sont déterminés par les besoins opérationnels.

Le général Guy Hasson, au centre, chef de la brigade du corps blindé de l’armée israélienne, pose sur un char d’assaut avec les premières femmes commandantes de char de l’armée, qui ont terminé leur formation le 28 juin 2018. (Forces de défense israéliennes)

Le programme pilote 2017-2018 de Tsahal pour des équipages blindés entièrement féminins a été officiellement considéré comme un succès, mais a été vu au sein de l’armée comme ayant été profondément imparfait, ne tenant pas compte de tous les aspects impliqués dans le fonctionnement d’un char.

L’armée a interrompu l’intégration des unités blindées à la suite de cet essai initial, mais a accepté de la relancer au début de 2020 après de multiples pétitions auprès de la Haute Cour de justice.

L’armée ne fonctionne qu’avec des équipages de chars séparés par sexe, en grande partie en raison de questions de pudeur, car dans certains cas, les membres d’équipage doivent utiliser les toilettes et effectuer d’autres fonctions corporelles dans l’espace confiné du char.

Les détracteurs de l’intégration des femmes dans l’armée la décrivent souvent comme une expérience sociale dangereuse avec des ramifications potentiellement dangereuses pour la sécurité nationale, tandis que ses défenseurs la qualifient généralement de mesure nécessaire depuis longtemps, en accord avec les politiques de nombreux autres pays occidentaux.

Les détracteurs notent également l’abaissement des exigences pour les femmes soldats – qui, selon eux, est un signe que l’efficacité est sacrifiée – et le fait que les femmes militaires souffrent davantage de traumatismes liés au stress.

L’armée insiste sur le fait qu’elle autorise davantage de femmes à servir dans des postes de combat pour des raisons pratiques et non en raison d’un programme social, affirmant qu’elle a besoin de toutes les femmes et de tous les effectifs disponibles.

Ces dernières années, on a également constaté une tendance croissante des femmes à servir dans les unités de combat et dans d’autres rôles précédemment occupés par des hommes, l’armée ayant ouvert davantage de postes de combat aux femmes en juin.

Judah Ari Gross a contribué à cet article.

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