Arbitre potentiel, Feiglin pourrait se recommander comme Premier ministre
Rechercher

Arbitre potentiel, Feiglin pourrait se recommander comme Premier ministre

Le chef du parti ultra-nationaliste Zehut pourrait ouvrir la porte du pouvoir à Gantz ou Netanyahu. Pour une source, encore faut-il qu'ils accèdent à ses demandes

Raoul Wootliff est le correspondant parlementaire du Times of Israël

Le leader du parti Zehut Moshe Feiglin au marché Mahane Yehuda pendant la campagne électorale, le 4 avril 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)
Le leader du parti Zehut Moshe Feiglin au marché Mahane Yehuda pendant la campagne électorale, le 4 avril 2019 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le responsable du parti Zehut, Moshe Feiglin, songerait à se recommander lui-même au poste de Premier ministre à l’issue du scrutin de cette semaine, a confié dimanche soir au Times of Israel une source issue de sa formation – une initiative qui pourrait potentiellement nuire à l’avantage perçu de Benjamin Netanyahu dans ses calculs de coalition post-électoraux.

Tandis que Feiglin insiste sur le fait qu’il n’a aucune préférence entre Netanyahu et son principal adversaire Benny Gantz, le leader de Kakhol lavan, la formation Zehut de Feiglin pourrait bien jouer le rôle d’arbitre dans cette course qui semble très serrée.

La source de Zehut a précisé que si Netanyahu et Gantz étaient des options, aucune décision n’avait encore été prise, aucun des deux n’étant parvenu à accepter les demandes soumises par le parti. C’est précisément ce qui a amené Feiglin à envisager de se recommander pour le poste de chef de gouvernement, a ajouté la source.

Le scénario de Feiglin promu au poste de Premier ministre est évidemment peu réaliste mais le fait que sa formation évoque cette possibilité souligne le rôle d’arbitre que pourrait être amené à jouer le politicien, soulignant également le pouvoir de négociation dont il pourrait disposer si les prédictions des enquêtes d’opinion sur la composition de la prochaine Knesset devaient s’avérer exactes.

Zehut devrait glaner cinq à sept sièges au Parlement, selon les sondages récents. Feiglin, un ultra-nationaliste, député du Likud de 2013 à 2015 et qui, la semaine dernière, a expliqué vouloir faire construire la Troisième temple, est la surprise de cette campagne électorale. Il a fait de la question de la légalisation du cannabis le pilier de son programme.

Une fois que les sièges, à la Knesset, seront distribués conformément aux résultats du scrutin de mardi, les hauts-responsables des formations ayant fait leur entrée à la Knesset seront réunis par le président Reuven Rivlin pour lui faire part de la personnalité qui, selon eux, devra être chargée de la formation d’une coalition. Les enquêtes d’opinion, ces dernières semaines, ont laissé entendre que c’est Netanyahu qui serait alors recommandé par une majorité des députés élus – mais le positionnement de Feiglin pourrait bien changer cette équation.

Feiglin, dont le parti a été qualifié « d’ultra-nationaliste libertaire », a expliqué qu’il insisterait pour prendre la tête du ministère des Finances s’il devait entrer dans le prochain gouvernement.

La Douzième chaîne a fait savoir dimanche soir que Feiglin ne s’engagera pas à soutenir Netanyahu ou Gantz mais qu’il fera son choix entre les deux hommes à l’issue de pourparlers préalables – faisant part alors à Rivlin de sa préférence. Il inverserait alors, ce faisant, le cours habituel des événements en cherchant à négocier ses doléances de coalition avant même que le chef de l’Etat n’ait choisi un candidat pour la former.

Feiglin a précisé vendredi qu’il n’avait pas de préférence entre Benjamin Netanyahu et son principal rival Benny Gantz au poste de futur Premier ministre « Je ne suis motivé ni par la colère, ni par la vindicte. Ni Gantz ni Netanyahu ne m’intéressent », a-t-il confié au micro de la station Radio 103FM, indiquant qu’il souhaitait travailler avec l’un ou avec l’autre dans un futur gouvernement.

« S’ils offrent quelque chose, alors ils obtiendront quelque chose en retour », a-t-il continué. « Et s’ils n’offrent rien, alors ils n’obtiendront rien ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et Moshe Feiglin à la Knesset le 2 juillet 2013 (Crédit : Flash90)

Feiglin, après avoir été poussé au départ par le Likud il y a quatre ans pour son attitude frondeuse et ses positions extrémistes, a déclenché une tempête dans la campagne électorale en cours, plaçant le cannabis au premier plan des priorités nationales et en forçant les candidats à prendre position sur le sujet. Il est également l’une des quelques personnalités à la tête d’un parti à n’avoir soutenu ni Netanyahu ni Gantz.

Moshe Kahlon dirige une réunion de faction au Parlement israélien, le 24 décembre 2018. (Yonatan Sindel/Flash90)

Compliquant encore davantage les choses pour Netanyahu, Moshe Kahlon, chef du parti Koulanou, un autre leader de droite, a répété qu’il ne rejoindrait pas la coalition s’il ne conservait pas son portefeuille des Finances – celui qui est convoité par Feiglin.

Feiglin a noté dans l’entretien donné vendredi à la radio qu’il rejoindrait une coalition avec « celui qui me permettra de faire avancer mon programme le plus largement et de façon la plus significative ».

Les sondages semblent montrer que le parti Zehut pourrait gagner cinq à sept sièges à la Knesset, forte de 120 membres. Bénéficiant d’un large soutien – en raison de son programme pro-cannabis en grande partie – Feiglin prône également des politiques radicales et libertaires, saupoudrées d’une touche de nationalisme et de religion.

Le manifeste politique de la formation Zehut – qui signifie « identité » en hébreu – comprend l’abandon des accords signés avec les Palestiniens, l’adoption d’un test de loyauté que devront passer les citoyens arabes israéliens, et l’offre d’incitations financières pour leur permettre d’émigrer s’ils doivent refuser d’accepter la souveraineté israélienne. Il s’est également exprimé dans le passé contre les femmes, les homosexuels et les Juifs réformés. En 1995, peu avant l’assassinat du Premier ministre Yitzhak Rabin, il avait orchestré des manifestations bruyantes contre les accords d’Oslo. La Haute-cour l’avait condamné à six mois de prison pour sédition, une peine qui avait été plus tard transformée en service communautaire.

Au cours de sa campagne, Feiglin a minimisé son passé d’activiste ultra-nationaliste, affirmant se concentrer dorénavant sur les seules questions civiques.

Benny Gantz, chef du parti Kakhol lavan, lors d’une campagne électorale à Petah Tikva, le 13 mars 2019. (Gili Yaari /Flash90)

A vingt-quatre heures du scrutin israélien, Netanyahu a appelé les électeurs de droite à le soutenir, leur disant qu’ils pourraient perdre le pouvoir si Kakhol lavan, de Benny Gantz, devait émerger avec plus de quatre ou cinq sièges d’avance sur le Likud, comme le prévoient de récentes enquêtes d’opinion.

Alors que de nombreux sondages ont suggéré que Kakhol lavan pourrait gagner plus de sièges, ils montrent tous que c’est Netanyahu qui serait le mieux à même de former une coalition.

Malgré une majorité attendue des factions de droite dans la Knesset de 120 membres, Netanyahu a évoqué des récents propos tenus par le président Rivlin qui s’interrogeait sur la manière de choisir celui qui devrait former un gouvernement, disant que le président choisirait le parti le plus important si aucun candidat au poste de Premier ministre n’avait un nombre suffisant de recommandations des autres chefs de parti pour former une coalition.

« Nous n’avons pas 61 recommandations parce que quelques partis de droite refusent de dire clairement qu’ils vont me recommander. Dans une situation comme celle-là [vous] regardez vers le plus grand parti, a dit Netanyahu devant les caméras de la Douzième chaîne, samedi soir.

Le Premier ministre n’a pas précisé le nom du parti de droite qui ne lui avait pas accordé son soutien, mais il semblerait qu’il s’agisse du Zehut de Feiglin.

Dans plusieurs interviews, dimanche, Netanyahu a répété que ses chances de réélection n’étaient pas assurées et qu’il n’avait pas non plus de garantie de former une coalition de majorité.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...