Au MIT, un Juif et un Palestinien travaillent ensemble à un test COVID-19
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Au MIT, un Juif et un Palestinien travaillent ensemble à un test COVID-19

Jonathan Gootenberg et Omar Abudayyeh sont maintenant les seuls chercheurs autorisés au sein de l'Institut McGovern pour travailler sur un kit de dépistage à la COVID-19

  • Jonathan Gootenberg, assis, et Omar Abudayyeh, débout, à gauche, travaillent au McGovern Institute à l'Institut de technologie du Massachusetts, le 31 octobre 2019 (Crédit : Institute of Technology, October 31, 2019 (McGovern Institute for Brain Research at MIT/ Photo by Caitlin Cunningham Photography)
    Jonathan Gootenberg, assis, et Omar Abudayyeh, débout, à gauche, travaillent au McGovern Institute à l'Institut de technologie du Massachusetts, le 31 octobre 2019 (Crédit : Institute of Technology, October 31, 2019 (McGovern Institute for Brain Research at MIT/ Photo by Caitlin Cunningham Photography)
  • Omar Abudayyeh, à gauche, et Jonathan Gootenberg, à droite, dans leur laboratoire du MIT, le 31 octobre 2019 (Crédit : McGovern Institute for Brain Research at MIT/ Photo by Caitlin Cunningham Photography)
    Omar Abudayyeh, à gauche, et Jonathan Gootenberg, à droite, dans leur laboratoire du MIT, le 31 octobre 2019 (Crédit : McGovern Institute for Brain Research at MIT/ Photo by Caitlin Cunningham Photography)
  • Photo sur Zoom de l'équipe STOPCovid team. Omar Abudayyeh est en haut à droite et Jonathan Gootenberg au centre droit.  Julia Joung est en bas, au centre, et Alim Ladha est en bas à gauche (Crédit :Feng Zhang, Broad Institute of MIT and Harvard/McGovern Institute for Brain Research at MIT)
    Photo sur Zoom de l'équipe STOPCovid team. Omar Abudayyeh est en haut à droite et Jonathan Gootenberg au centre droit. Julia Joung est en bas, au centre, et Alim Ladha est en bas à gauche (Crédit :Feng Zhang, Broad Institute of MIT and Harvard/McGovern Institute for Brain Research at MIT)
  • Jonathan Gootenberg, à gauche, et Omar Abudayyeh, à droite, dans leur laboratoire, le 31 octobre 2019 (Crédit : McGovern Institute for Brain Research at MIT/ Photo by Caitlin Cunningham Photography)
    Jonathan Gootenberg, à gauche, et Omar Abudayyeh, à droite, dans leur laboratoire, le 31 octobre 2019 (Crédit : McGovern Institute for Brain Research at MIT/ Photo by Caitlin Cunningham Photography)
  • Jonathan Gootenberg, assis, et Omar Abudayyeh, debout, dans leur laboratoire du MIT, le 31 octobre 2019 (Crédit : McGovern Institute for Brain Research at MIT/ Photo by Caitlin Cunningham Photography)
    Jonathan Gootenberg, assis, et Omar Abudayyeh, debout, dans leur laboratoire du MIT, le 31 octobre 2019 (Crédit : McGovern Institute for Brain Research at MIT/ Photo by Caitlin Cunningham Photography)

CAMBRIDGE, Massachusetts — Dans un contexte de pandémie globale de coronavirus, un point positif est que des chercheurs issus de milieux culturels divers se rassemblent aujourd’hui pour travailler sur une réponse à apporter à la maladie.

Une réalité dont Jonathan Gootenberg, un Juif américain, et Omar Abudayyeh, un américano-palestinien, peuvent témoigner.

Gootenberg et Abudayyeh travaillent tous les deux au sein de l’Institut McGovern de recherche cérébrale au MIT (Massachusetts Institute of Technology). Ils collaborent avec le laboratoire du professeur en neurosciences Fen Zhang à l’Institut Broad – un laboratoire qui a émis, le 8 mai, un protocole de test de dépistage au coronavirus à effectuer chez soi.

« Je pense que c’est l’expression de l’une des nombreuses manières dont la science peut transcender les frontières culturelles », explique Gootenberg lors d’une visioconférence sur Zoom, en présence des membres du laboratoire de Zhang et avec le Times of Israel.

Le Juif et le Palestinien, qui ont tous les deux grandi aux Etats-Unis, ont travaillé très étroitement au cours des cinq dernières années. Selon Abudayyeh, une partie de leurs résultats obtenus est liée à leurs origines diversifiées.

Photo sur Zoom de l’équipe STOPCovid team. Omar Abudayyeh est en haut à droite et Jonathan Gootenberg au centre droit. Julia Joung est en bas, au centre, et Alim Ladha est en bas à gauche (Crédit :Feng Zhang, Broad Institute of MIT and Harvard/McGovern Institute for Brain Research at MIT)

Parmi leurs travaux, ils ont aidé à développer une technique de détection virale appelée SHERLOCK – ou déverrouillage du rapporteur enzymatique à haute-sensibilité spécifique. En utilisant SHERLOCK, ils ont œuvré à développer un test – qu’ils comparent à un test de grossesse – avec les membres de l’équipe du laboratoire de Zhang. Ce test nécessite seulement un échantillon nasopharyngé ou un échantillon de salive pour détecter si un individu est porteur du coronavirus.

« Notre objectif principal est de simplifier les choses autant que possible pour un dépistage à effectuer chez soi, sur le lieu de traitement », note Abudayyeh.

Le laboratoire a commencé à travailler sur un test dès le mois de décembre ou le mois de janvier, explique l’une des membres de l’équipe, Julia Joung. Un protocole de la première version du test a été rendu public en date du 14 février. Depuis, les chercheurs travaillent sur une deuxième version, ajoute Joung, même si elle n’a pas encore été soumise à la révision de leurs pairs et qu’elle n’a pas obtenu pour le moment une approbation de la FDA.

Le test mis au point par le laboratoire de Zhang, qui s’appelle STOPCovid, n’a donc pas été réévalué par les scientifiques et il n’a pas obtenu l’approbation de la FDA.

Le protocole précédent mis au point par l’équipe, qui avait été agréé par Sherlock Biosciences, a récemment reçu une autorisation d’urgence de la FDA – ce qui n’est pas encore le cas de STOPCovid.

L’équipe travaille donc d’arrache-pied pour développer STOPCovid et valider, dès maintenant, les essais cliniques, selon un porte-parole du MIT.

« Je pense que cette pré-publication n’est que le début de ce que nous sommes en mesure de faire », s’exclame Joung. « C’est formidable, on obtient énormément d’attention. Il faut qu’on travaille plus que jamais pour faire entrer le test dans des laboratoires cliniques non-complexes, puis dans les habitations. Il y a beaucoup à faire pour arriver à notre objectif ultime qui est le dépistage dans toutes les habitations ».

Jonathan Gootenberg, assis, et Omar Abudayyeh, débout, à gauche, travaillent au McGovern Institute à l’Institut de technologie du Massachusetts, le 31 octobre 2019 (Crédit : Institute of Technology, October 31, 2019 (McGovern Institute for Brain Research at MIT/ Photo by Caitlin Cunningham Photography)

Le dépistage en général est déterminant dans la réponse à apporter à la crise du coronavirus, dit Abudayyeh, qui le qualifie de « principale modalité » qui aidera à « immédiatement traquer les nouveaux cas avant une seconde vague ».

C’est un objectif immédiat à atteindre pour parvenir, à long-terme, à l’immunité de groupe, explique-t-il.

Abudayyeh cite une recommandation prônant 500 000 à un million de tests par jour avant que la société et le travail puissent rouvrir. En six à huit semaines, les Etats-Unis n’ont effectué que sept millions de dépistage.

« Il y a encore beaucoup de chemin à parcourir avant que nous en soyons là », ajoute-t-il. « Cela exige de nouvelles approches qui ne s’appuient pas sur les laboratoires centraux ».

Omar Abudayyeh, à gauche, et Jonathan Gootenberg, à droite, dans leur laboratoire du MIT, le 31 octobre 2019 (Crédit : McGovern Institute for Brain Research at MIT/ Photo by Caitlin Cunningham Photography)

Le laboratoire de Zhang a reçu une autorisation en urgence sans précédent de la FDA pour utiliser dans le test une technologie appelée le CRISPR (clustered regularly interspaced short palindromic repeats) qui s’appuie sur un type particulier d’enzyme, le Cas9. Dans le test, des échantillons de salive ou des écouvillons peuvent être utilisés pour libérer l’ARN viral, qui est ensuite chauffé dans l’eau à une température de 60 degrés Celsius – les résultats apparaissant ensuite sur une bande latérale.

Le laboratoire voudrait que la procédure toute entière puisse ne durer qu’une heure au total.

Le test peut détecter jusqu’à cent molécules appartenant au profil génétique du virus. Il a correctement identifié et diagnostiqué 12 cas positifs et cinq cas négatifs sur la base d’échantillons nasopharyngés. Il a par ailleurs détecté le coronavirus dans trois reproductions sur onze des cas positifs, et au moins deux sur trois reproductions dans les 12 cas.

Le laboratoire de Zhang publie ses données sur un site internet, STOPCovid.science, pour que les membres de la société scientifique et pour que le public en général puissent partager des retours d’information. Il envoie également des tests de dépistage et des réactifs à des collaborateurs du monde entier – depuis l’université de Yale à la Thaïlande, en passant par Seattle – avec l’espoir d’augmenter le nombre de patients testés.

Quand les membres de l’équipe du laboratoire ont échangé avec le Times of Israel, 28 kits de dépistage avaient d’ores et déjà été envoyés, et 70 de plus réclamés et en préparation.

Jonathan Gootenberg, à gauche, et Omar Abudayyeh, assis, dans leur laboratoire du MIT, le 31 octobre 2019 (Crédit : McGovern Institute for Brain Research at MIT/ Photo by Caitlin Cunningham Photography)

« Partout dans le monde, les gens se rassemblent, la science se rassemble, il y a davantage de collaboration », estime Gootenberg.

Les membres du laboratoire de Zhang font la différence entre leur technologie et la plus ancienne CPR – réaction en chaîne par polymérase – qui a été utilisée dans les premiers dépistages à la maladie par l’Organisation mondiale de la Santé et par les CDC (Centers for Disease Control and Prevention) pour détecter l’ARN viral. Pour Gootenberg, le test mis au point par son laboratoire est moins onéreux et plus rapide à utiliser.

Pour développer la mouture actuelle du test, les chercheurs du laboratoire de Zhang ont modifié la protéine Cas qui était utilisée dans une version précédente. La version actuelle utilise l’acidophilus, un bacille présent dans les jus et les boissons aux fruits. Elle utilise également de la taurine, un additif chimique, qui se retrouve dans certaines boissons énergétiques.

Jonathan Gootenberg, assis, et Omar Abudayyeh, debout, dans leur laboratoire du MIT, le 31 octobre 2019 (Crédit : McGovern Institute for Brain Research at MIT/ Photo by Caitlin Cunningham Photography)

« J’ai envie de dire que le test combine deux avancées innovantes avec de nombreuses opérations de mises au point rigoureuses », dit Gootenberg.

Le travail a dû s’effectuer en équipe réduite. Sur les 40 personnes qui évoluent d’habitude dans le laboratoire Zhang, seules quatre travaillent en ce moment et toutes au sein de l’équipe COVID-19. L’Institut McGovern compte habituellement sept à huit personnes, mais Gootenberg et Abudayyeh sont les seuls à arpenter le bâtiment en ce moment.

Le fait que Gootenberg et Abudayyeh se connaissent depuis la période qui avait précédé l’obtention de leur diplôme au MIT, lorsqu’ils s’étaient rencontrés en dernière année, est un plus. Les deux étaient restés en contact et, après des études de médecine pour Abudayyeh suivies d’un cursus du troisième cycle, les deux camarades ont commencé à travailler ensemble, avec le laboratoire de Zhang.

Pendant tout ce temps-là, ils ont appris à connaître leurs traditions respectives.

« J’ai eu l’occasion d’aller à des dîners de rupture du jeûne pendant le ramadan », raconte Gootenberg. « Et Omar raffole vraiment des latkes. C’est formidable de pouvoir interagir en se plaçant au service de la science, en particulier maintenant : On peut vraiment constater comment le monde peut s’unir pour tenter de devenir meilleur ».

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