Avec 6 millions de fans sur la Toile, Netanyahu est prêt pour les élections
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Avec 6 millions de fans sur la Toile, Netanyahu est prêt pour les élections

Dans une campagne pleine de méchanceté et de fake-news, le Premier ministre est bien placé pour toucher un large public. A-t-il un autre "les Arabes votent en masse" en stock ?

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu salue ses partisans et se réjouit de sa victoire aux élections générales au siège du Likud à Tel Aviv, le mardi 17 mars 2015. (Crédit photo : Miriam Alster/FLASH90)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu salue ses partisans et se réjouit de sa victoire aux élections générales au siège du Likud à Tel Aviv, le mardi 17 mars 2015. (Crédit photo : Miriam Alster/FLASH90)

Dans la semaine précédant les élections de 2015, des sondages d’opinion avaient montré que le Likud de Benjamin Netanyahu traînait quatre sièges derrière l’Union sioniste d’Isaac Herzog, et que la tendance était favorable à Herzog.

Netanyahu avait remis les gants et, avec une force acharnée, il avait retourné la situation, arrachant des mâchoires une victoire décisive face à une défaite potentielle et ce, « contre toute attente », comme il l’avait écrit dans son discours de victoire.

Le jour de l’élection, cet éminent et pugnace acteur politique avait attaqué Salim Joubran – alors président de la commission centrale électorale – pour lui avoir refusé (entre autres politiques) la permission de diffuser une conférence de presse, en direct.

« Ils ne nous feront pas taire ! Voilà ce que le juge et la gauche ne veulent pas que vous entendiez ! Regardez le discours du Premier ministre Netanyahu ici ! » avait-il fulminé.

« Ici » était la page personnelle du Premier ministre sur Facebook.

Netanyahu avait simplement contourné les médias conventionnels et s’était tourné vers l’un des géants des réseaux sociaux pour livrer directement un message désormais célèbre (ou tristement célèbre).

Benjamin Netanyahu délivre son message le jour des élections, le 17 mars 2015. (Capture d’écran : YouTube)

La « règle du droit » est en danger, avait-il averti. Les électeurs arabes affluraient « en masse ». Ils seraient « transportés en bus vers les bureaux de vote par les ONG de gauche » et ses partisans devaient simplement redoubler d’efforts pour remporter le suffrage « et combler l’écart ».

Selon certains instituts de sondage, dont les premiers sondages de sortie des urnes plaçaient Netanyahu plus ou moins au même niveau que Herzog, cette affirmation dramatique a bien pu être un facteur déterminant dans la victoire du Premier ministre.

Le magicien s’était alors contenté de sortir un lapin blanc démesuré d’un chapeau, l’exhibant à un vaste public. Par la suite, il s’était empressé de présenter des excuses à la communauté arabe pour avoir heurté sa sensibilité. A ce moment-là, bien sûr, il avait été réélu.

Les chiffres montrent que les électeurs arabes ne s’étaient pas présentés en masse, bien que leur taux de participation ait été alors plus élevé qu’à l’occasion des élections précédentes : 63,5 % s’étaient rendu aux urnes contre près de 55 % en 2013.

Et selon un sondage commandé par le Washington Post, dont les résultats ont été publiés la semaine dernière, 73,1 % des Arabes israéliens disent avoir l’intention d’aller voter lors des élections du 9 avril prochain.

Six millions de followers

En janvier 2015, Netanyahu comptait 1,1 million d’abonnés sur sa page Facebook privée (et non officielle).

Aujourd’hui, cette page compte 2,4 millions d’adeptes, et ce nombre ne cesse d’augmenter. Selon la société d’analyse en ligne Socialbakers, ce chiffre représente 100 000 fans de plus qu’en octobre.

Sur l’ensemble de ses réseaux sociaux, le Premier ministre compte plus de six millions de fans.

La position dominante de Netanyahu sur Internet est due en grande partie à son aversion pour les médias traditionnels qu’il considère, à l’instar de son allié Donald Trump, comme dominés par la gauche et hostiles à son égard.

Au cours de la campagne actuelle, son parti, le Likud, a ciblé à plusieurs reprises des journalistes qui enquêtaient sur les diverses affaires de corruption contre son dirigeant.

Netanyahu apparaît rarement dans les interviews à la télévision grand public, mais plutôt sur la Vingtième chaîne de droite ou sur la Neuvième chaîne russophone, (bien qu’il partage librement des articles des médias grand public s’ils le flattent ou dénigrent ses adversaires). Sa visite surprise samedi soir dans les studios de la Douzième chaîne, pour dénoncer ses rivaux politiques, a été l’exception qui confirme la règle – sa première interview télévisée grand public en quatre ans.

Une affiche de campagne du Likud montrant des journalistes (de gauche à droite) : Raviv Drucker, Guy Peleg, Amnon Abramovich et Ben Caspit, « Ils ne décideront pas. C’est vous qui déciderez » dans le centre d’Israël, 20 janvier 2019. (Crédit : Twitter)

Le principal support qu’il utilise pour un contact plus direct avec le public est Facebook, où il a passé des années à développer son énorme audience.

Sa page officielle du Premier ministre d’Israël, financée par le Cabinet du Premier ministre, compte 1,2 million d’abonnés et traite principalement des activités officielles de Netanyahu.

La page officielle du Likud, financée par le parti, est suivie par 56 000 personnes. Elle existe aussi en français et compte près de 5 000 mentions ‘j’aime’.

Mais c’est sur la page personnelle de Netanyahu, créée en 2010, dont le financement reste un secret bien gardé, où se passe l’action.

A cela s’ajoutent des pages Facebook avec des noms tels que Davka Netanyahu (qui se traduit en gros par Justement Netanyahu) avec 19 200 adeptes, Haida Bibi (10 200), My Bibi (38 000), « We love Sara Netanyahu » (43 000), le peuple avec Netanyahu, et autres ; Des groupes Facebook, comme celui de Netanyahu (30 000 adeptes) ; des fans bien connus comme « Ronit HaBibibist », une voix très active du Likud qui (laquelle ?) s’inspire du profil Twitter d’une personne réelle appelée Ronit Lev ; et d’autres sites d’information en ligne alternatifs tels que « Mida », qui se décrit comme « libéral classique ou libéral conservateur », et Buzznet, hébergé sur Facebook et conçu pour ressembler au populaire site d’information israélien Ynet et pour sonner comme la société américaine de médias sociaux Buzznet, avec laquelle il n’a aucun lien.

En février, le Premier ministre a ajouté à cette liste de médias alternatifs une chaîne de télévision en ligne du Likud. En écho à la campagne électorale en ligne de Trump, la Likud TV assure ses diffusions chaque soir à 19 heures sur la page Facebook officielle de Netanyahu et sur une nouvelle page de Likud TV, depuis un studio du siège du parti à Tel Aviv.

Les émissions se moquent des rivaux et ont mis le Premier ministre et le parti en difficulté à plus d’une occasion.

En février, le Likud a été critiqué pour avoir affirmé dans une vidéo que si Gantz devenait Premier ministre, il y aurait « des centaines » de morts, utilisant comme toile de fond une image d’un cimetière militaire.

La chaîne de télévision du Likud se moque de l’apparence du journaliste Amnon Abramovich, blessé lors de la guerre du Kippour de 1973, le 22 mars 2019. A gauche, un acteur maquillé pour ressembler à Abramovitch ; à droite, le présentateur du Likud Eliraz Sadeh. (Capture d’écran)

Samedi, Eliraz Sadeh, présentateur à Likud TV, a interviewé un acteur dont le visage avait été maquillé pour ressembler à Amnon Abramovitch, journaliste de renom, grièvement brûlé lorsque son char d’assaut avait été touché lors de la guerre de 1973 lors des combats dans les environs du Canal de Suez.

« Est-ce que j’ai l’air bien ? » demandait l’acteur sur les images. « Vous avez l’air d’une bombe, comme toujours », lui répondait Sadeh, utilisant l’argot israélien pour quelqu’un qui a l’air bien.

Un réseau d’activités en perpétuel mouvement pour la promotion de Netanyahu

Tous ces sites sont reliés entre eux – aimant, partageant et commentant les messages, les clips vidéo et les photos à travers un réseau d’activités en perpétuel tourbillon – ce qui contribue à faire avancer les algorithmes de Facebook et à rehausser encore le profil de Netanyahu.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu, (à droite), et la célébrité de la télé-réalité Eliraz Sadeh lors d’une publicité pour Likud TV, diffusée sur Facebook, le 2 février 2019. (Capture d’écran : Facebook)

Sur Twitter – dans une certaine mesure réservé aux politiciens, aux chercheurs et aux médias – le Premier ministre jouit également d’une page officielle ainsi que d’une pléthore de sites de fans.

Son compte officiel, rédigé en anglais, compte 680 000 abonnés, le parti du Likud en hébreu accusant un retard de 25 000 personnes.

Encore une fois, c’est sa page personnelle, créée en 2008, qui a le plus de succès, avec 1,53 million de followers [abonnés).

Ajoutez à cela le compte du Premier ministre sur Instagram (15 430 likes) – un réseau préféré des adolescents et des jeunes adultes – et sa chaîne YouTube (82 445 abonnés) et vous atteignez six millions de personnes qui vous suivent.

Benny Gantz (à droite) et Yair Lapid du parti Kakhol lavan visitent un centre commercial dans la ville d’Ashdod, au sud d’Israël, le 8 mars 2019. (Flash90)

En comparaison, Yair Lapid, un politicien chevronné qui aurait créé une impressionnante infrastructure physique de contacts sur le terrain et dont le parti Yesh Atid s’est joint à Hossen LeYisrael de Benny Gantz pour former Kakhol lavan, compte 621 400 followers sur Facebook, Twitter et Instagram réunis.

Gantz, nouveau en politique, a 166 600 suiveurs sur les trois plateformes.

Avi Gabbay, le chef du Parti travailliste, en a 163 800.

Qui sont les fans et les followers de Netanyahu ?

Certaines statistiques récentes montrent que l’utilisation de Facebook en Israël est en baisse, passant de 90 % de tous les internautes israéliens en février de l’année dernière à 77,6 % le mois dernier, par exemple.

Mais il reste encore plus de cinq millions d’utilisateurs israéliens réguliers de la plate-forme. Combien d’entre eux suivent Netanyahu sur l’une de ses pages ; et qui d’autre, et de quel autre endroit Netanyahu pourrait-il les atteindre ?

Entre 2015 et 2017, le Dr Anat Ben-David de l’Open University a analysé cinq millions de commentaires sur les pages Facebook personnelles de tous les politiciens de la session de la Knesset qui touche à sa fin.

Un commentaire sur la page Facebook du Premier ministre Benjamin Netanyahu de Elsie Skaggs, qui a rejoint Facebook en septembre 2018 et dont le titre d’introduction est « J’aime le Seigneur Jésus Christ ». (Capture d’écran)

Elle a découvert que parmi les plus de deux millions d’adeptes de Netanyahu sur Facebook, seulement 25 % venaient d’Israël, environ un million (environ 50 %) des États-Unis et le reste d’une variété d’États, notamment le Brésil, l’Inde et l’Indonésie. (Les chiffres de janvier 2015, au début de son projet, montraient que 42 % des 1,1 million d’abonnés du Premier ministre de l’époque venaient d’Israël).

Bien qu’elle ne soit pas en mesure de déterminer la proportion d’évangélistes chrétiens parmi les partisans américains, elle a remarqué que bon nombre des commentaires positifs venaient du Texas et comprenaient du contenu chrétien.

Une grande partie de ce soutien, pense-t-elle, passe par l’intermédiaire de Christians United for Israel, un lobby pro-israélien de 4,1 millions de membres aux États-Unis, dirigé par le pasteur John Hagee, qui a prononcé une bénédiction à l’ouverture de l’ambassade des États-Unis à Jérusalem l’an dernier.

Une ventilation des followers de Benjamin Netanyahu sur Facebook, 2017. (Avec l’aimable autorisation d’Anat Ben-David)

En ce qui concerne les adeptes d’autres pays, Ben-David a dit au Times of Israel qu’il était difficile de déterminer s’ils étaient authentiques.

Répétition de « j’aime » sur la page Facebook personnelle du Premier ministre depuis un profil brésilien. (Capture d’écran)

D’une part, l’engagement croissant de l’Inde et du Brésil pourrait s’expliquer par le réchauffement des relations entre Netanyahu et Narendra Modi et entre le Premier ministre et le nouveau dirigeant populiste de droite du Brésil, Jair Bolsonaro.

D’autre part, certains de ces profils cliquent sur « likes » à intervalles réguliers et semblent avoir peu d’autres présences en ligne.

La page de Netanyahu a également reçu un accueil positif du Maroc et de l’Indonésie, un pays à majorité musulmane qui est loin d’être favorable à Israël.

La raison pour laquelle un médecin indien du nom de Balamurali KS ou Vinod Suryavanshi du Madhya Pradesh pourrait prendre la peine d’afficher des commentaires génériques favorables sur le site Web de Netanyahu reste obscure.

Une ferme à clics chinoise. (Capture d’écran de YouTube)

Dans les fermes à clics, les gens, souvent dans les pays en développement, reçoivent un salaire dérisoire pour cliquer sur des sites Web afin de tromper les algorithmes en ligne et d’augmenter artificiellement la popularité d’un site.

Aucun politicien n’admettra utiliser les fermes à clics, mais le Times of Israel s’est fait dire par les employés de deux sites qui recrutent des gens pour les fermes à clics qui apparaissent en hébreu en ligne que « ils le font tous ».

Le vaste réseau en ligne du Premier ministre lui permet, ainsi qu’à son personnel, de répéter à un large public, comme ils le font souvent, qu’il est innocent de toutes les accusations d’actes criminels que le Procureur général Avi Mandelblit entend porter contre lui (sous réserve d’une audience), que Mandelblit a cédé à la gauche et aux médias, que les médias (et plusieurs journalistes de haut niveau en particulier) sont très hostiles. Et que le parti Kakhol lavan, avec ses trois anciens chefs d’état-major, est « de gauche », « faible » et laxiste envers l’Iran ; qu’il s’alignera avec le parti Meretz de gauche et les partis arabes si élus ; et donnera des terres aux Palestiniens et fera évacuer des dizaines de milliers de Juifs.

Ce slogan sur la page personnelle de Netanyahu sur Facebook dit : « Yair Lapid créera un Etat palestinien et évacuera des dizaines de milliers de Juifs ». (Capture d’écran)

Micro-ciblage et messagerie directe astucieux

Les gens des nouveaux médias de Netanyahu semblent plus savants que la plupart de ses rivaux sur plusieurs fronts.

Facebook explique en partie pourquoi le Premier ministre a ciblé l’auteur de cet article avec un message particulier.

Mme Ben-David, qui, par le biais de son projet « Meturgatim » (ciblé) sur Twitter, recueille des exemples de publicités Facebook liées aux élections, affirme qu’elle a établi que si des partis comme Kakhol lavan et le Parti travailliste ont tendance à cibler ceux qui sont déjà convaincus, l’équipe de Netanyahu fournit à Facebook les noms des utilisateurs qui ont participé à certains messages spécifiques et demande ensuite à l’entreprise de sortir et de trouver des profils similaires afin d’attirer de nouveaux utilisateurs d’une manière très soigneusement ciblée.

Elle note que les messages privés sur Facebook dissimulent davantage les communications entre les politiciens et les utilisateurs de la plateforme.

L’équipe de Netanyahu s’adresse aux visiteurs de sa page via un chatbot ou chatbox (une fenêtre automatisée prétendant être le Premier ministre), qui lui demande s’il peut contacter les utilisateurs directement car « dans les prochaines élections, j’aurai besoin de vous plus que jamais ».

Un message chatbot prétendant provenir du Premier ministre a recueilli des informations sur les intentions de vote des utilisateurs avant que Facebook n’intervienne pour rappeler les règles d’utilisation des robots. (Capture d’écran du 21 mars 2019)

La semaine dernière, Facebook a tapé sur les doigts du Likud pour avoir utilisé ce robot afin de mener une enquête sur les intentions des électeurs alors que l’utilisation qui serait faite des informations glanées n’était pas claire. Dans un communiqué, l’entreprise a déclaré que si l’utilisation des robots n’était pas en soi contraire à la politique de l’entreprise, les règles d’utilisation de l’outil ont été réitérées au personnel des médias numériques du Likud.

Les utilisateurs qui ont répondu à l’enquête ont reçu le slogan familier de la campagne : « Les prochaines élections ne concernent qu’une seule question : le gouvernement de gauche du parti Lapid-Gantz et les partis arabes ou un gouvernement de droite du Likud dirigé par moi ».

Contrairement à Trump, qui tweete ses propres messages, le Premier ministre n’a pas de téléphone, de peur que des éléments indésirables ne l’écoutent. Au lieu de cela, il compte sur une équipe jeune, polie et dévouée dans le domaine des nouveaux médias.

Impossible de savoir ce qui est authentique

Que les internautes interprètent les affirmations du Premier ministre comme des mensonges, de la désinformation ou rien que la vérité est une chose. Au moins, il est clair d’où vient tout ce contenu.

Plus problématique est la campagne électorale dont les sources réelles ne sont pas claires.

Anat Ben-David dit qu’il est impossible de savoir combien de sympathisants du Premier ministre sont authentiques.

L’accès des chercheurs aux données de Facebook a été bloqué depuis le scandale entourant Cambridge Analytica, qui a recueilli des renseignements personnels auprès de plus de 80 millions d’utilisateurs de Facebook à des fins de publicité politique micro ciblée pendant les élections présidentielles américaines de 2016.

Dr Anat Ben-David, maître de conférences en sociologie, sciences politiques et communication et directrice de l’Open Media and Information Lab à l’Open University of Israel. (Capture d’écran YouTube)

Avant cela, elle pouvait regarder l’ID d’une page et voir combien de followers elle avait, et de quels pays. Aujourd’hui, avec ce qu’elle décrit comme la tentative « disproportionnée » de Facebook de protéger ses données, la plateforme de réseaux sociaux est effectivement coupée de l’examen public.

« Facebook contrôle les données qui sont importantes pour le débat public sur la façon de traiter la désinformation », dit-elle.

Capture d’écran d’un SMS anonyme envoyé le 18 mars 2019, qui renvoie à un reportage télévisé sur une fuite d’enregistrement du chef du parti Kakhol lavan, Benny Gantz, refusant d’exclure de siéger dans un gouvernement Netanyahu.

« Il est très difficile d’avoir une discussion sans l’information, et désormais, on est proche de l’ère post-vérité ».

En dehors de Facebook, des messages texte anonymes apparaissent sur les écrans téléphoniques des gens à l’approche du jour du scrutin du 9 avril, comme ils l’ont fait à l’approche des élections municipales d’octobre.

Ce journaliste, par exemple, a reçu un texte lié à un reportage télévisé sur l’enregistrement d’une fuite du chef du parti Kakhol lavan Benny Gantz refusant d’exclure la possibilité de siéger dans un gouvernement Netanyahu, malgré les déclarations publiques de Gantz affirmant le contraire. Le message demandait ensuite ce que l’utilisateur pensait de l’entrée de Gantz dans un gouvernement dirigé par Netanyahu.

WhatsApp et la « zone de destruction du bon sens »

Les rapports annuels (en hébreu) de la société de télécommunications Bezeq montrent qu’entre 2015 et fin 2018, le nombre d’internautes israéliens est passé de 6,3 millions à 6,6 millions.

Dans ce contexte, l’utilisation de WhatsApp – un service de messagerie cryptée appartenant désormais à Facebook – est passée d’un peu moins de 80 % des utilisateurs à 95 %, tandis que Facebook est restée stable à environ 60 %. L’utilisation de Twitter n’a pas fait l’objet d’un sondage.

Pour son enquête 2018, Bezeq a demandé quelles applications téléphoniques les gens seraient les moins enclins à abandonner. Près de 80 % ont répondu WhatsApp, et seulement 40 % Facebook.

Boaz Dolev, PDG de la société israélienne de cybersécurité ClearSky, qui a découvert le ciblage d’Israël et des Israéliens par l’Iran, a désigné WhatsApp comme « l’arène la plus sauvage et la plus débridée » pour des informations fabriquées de toutes pièces dans la période précédant immédiatement le jour des élections.

En écrivant lundi dernier dans l’édition en hébreu du journal Haaretz, il a suggéré que les infrastructures de WhatsApp avaient déjà été mises en place et que de faux profils avaient été créés et rendus légitimes, afin que dans les 72 heures précédant le jour des élections, et le jour même du scrutin, ils puissent entrer en action lorsque tout le monde était occupé et n’avait pas le temps de faire des recherches et de les supprimer.

Boaz Dolev, PDG de ClearSky (Autorisation)

Un tel faux devrait être sensationnel, a-t-il écrit – une fuite, un document ou un enregistrement, ou une vidéo comme celle de la période précédant les élections présidentielles américaines qui montrait Hillary Clinton trébuchant sur le chemin de sa voiture comme une preuve ostensible qu’elle était incapable de fonctionner comme présidente. Elle contenait des informations partielles, suggérant une grande vérité, et elle a eu une influence décisive sur les électeurs.

Il a prédit sombrement : « Il n’est pas nécessaire d’être un cyber génie pour savoir à quoi ressembleront les 72 dernières heures avant les prochaines élections. La période pendant laquelle il est interdit de publier des enquêtes s’est transformée, ces dernières années, en un terrain fertile pour le bon sens démocratique – une période au cours de laquelle les rumeurs effrénées se multiplient, les dénégations et les données se transforment en poussière, et les mots ‘faits’ et ‘vérité’ deviennent relatifs ».

Les trolls robots

Les bots (messagers automatisés) et les trolls (personnes, parfois rémunérées, qui répandent des informations polémiques) sont utilisés pour amplifier des points de vue particuliers ou attaquer des personnes ayant des opinions opposées.

Aujourd’hui, les milieux qui tchattent – politiciens, universitaires, journalistes – sont beaucoup plus conscients de ces outils et des fausses nouvelles qu’ils ont souvent diffusées qu’en 2015, grâce aux révélations de l’ingérence russe et au micro ciblage des électeurs par Cambridge Analytica lors des élections présidentielles américaines en 2016.

Cela dit, il faudra au moins un cycle électoral de plus avant que la plupart des Israéliens n’acquièrent les connaissances informatiques nécessaires pour faire la distinction entre informations réelles et manipulation.

Les journalistes ont besoin d’informations sur les manigances en ligne dans les derniers jours de cette campagne sur le travail d’entreprises telles que Vocativ, appartenant à l’investisseur israélien Motti Kochavi. En janvier, Vocativ a révélé que des centaines de bots iraniens travaillaient pour accroître les divisions sociales et politiques parmi les Israéliens. Au cours des huit dernières semaines, le cabinet a publié des rapports hebdomadaires sur les fausses nouvelles politiques diffusées en ligne.

Les recherches de Vocativ indiquent que la plupart des bots et des trolls sont conduits par des forces pro-Netanyahu. Semaine après semaine, les bots et les trolls traitent Netanyahu principalement positivement, faisant pleuvoir les fausses nouvelles négatives sur ses rivaux, selon ses rapports.

Chaque semaine, pendant huit semaines consécutives à ce jour, Benny Gantz apparaît comme la cible principale des fausses nouvelles négatives, et d’autres objets de mépris vont et viennent selon leur position vis-à-vis du Premier ministre.

Un des nouveaux venus est Gabi Ashkenazi, numéro quatre sur la liste du parti Kakhol lavan, qui avait fait les manchettes (réelles) plus tôt ce mois-ci lorsque les transcriptions d’une enquête policière il y a plusieurs années ont révélé qu’il avait traité Gantz « d’idiot ».

Le principal mensonge répandu au sujet de l’ancien général était qu’il avait agi contre les intérêts d’Israël en matière de sécurité conjointement avec l’administration de l’ancien président américain Barack Obama.

Un faux post déclarant que l’ancien chef d’état-major de l’armée et candidat actuel du parti Kakhol lavan Gabi Ashkenazi a dit au chef de l’armée américaine qu’Israël n’était pas capable de frapper l’Iran et que ce faisant, il avait trahi la sécurité de son pays. (Capture d’écran de Vocativ / 14 mars 2019)

Cette désinformation et d’autres faux messages sur Ashkenazi ont été diffusés par seulement 150 personnes dans des milliers de messages en ligne, avec un public potentiel de plus de 350 000 visiteurs, selon Vocativ.

Les bots et les trolls ont aussi récemment pris pour cible le mannequin, l’actrice et présentatrice de télévision Rotem Sela, qui a critiqué la rhétorique anti-arabe du Likud.

La jeune femme de 35 ans a écrit sur Instagram : « Quel est le problème avec les Arabes ? Mon Dieu, il y a aussi des citoyens arabes dans ce pays. Quand diable quelqu’un au sein de ce gouvernement va-t-il dire au public qu’Israël est un État de tous ses citoyens et que tous les peuples ont été créés égaux, et que même les Arabes et les Druzes et les LGBT et – c’est un choc – les gauchistes sont humains. »

Netanyahu lui a répondu en soulignant qu’Israël n’était « pas un État-nation de tous ses citoyens », mais plutôt « l’État-nation du peuple juif ».

Une fausse vidéo représentant le mannequin, l’actrice et présentatrice de télévision Rotem Sela assise sur les genoux du député arabe Ahmad Tibi. (Capture d’écran/Vocativ/14 mars 2019)

Un faux visuel repéré par Vocativ suggérait que Sela était la maîtresse d’un Arabe en la représentant assise sur les genoux d’Ahmad Tibi.

Un rapport antérieur de Vocativ a constaté que les bots et les trolls étaient occupés à essayer de convaincre le public israélien que le procureur général est une personne faible qui subit des pressions de la part du bureau du procureur de l’État pour qu’il mette en accusation le Premier ministre afin de nuire au Likud, et en particulier au Premier ministre.

Devenir natif

La publicité native (ou intégrée) – la mise en ligne de matériel qui ressemble au contenu éditorial du site mais qui est payé par un annonceur pour promouvoir un produit particulier – est un autre canal par lequel le matériel de campagne anonyme a été glissé dans la conscience publique.

Deux plateformes, Taboola et Outbrain, toutes deux créées par des Israéliens et maintenant basées aux États-Unis, font la promotion de contenus qui apparaissent sous des titres tels que « Around the Web » et « Recommended For You » au bas de nombreux articles de presse sur un grand nombre de sites Web.

Le contenu promu par Taboola est présenté sur des sites d’information israéliens tels que Ynet, Walla, Globes, Israel Hayom et Reshet TV. Parmi les clients des médias israéliens d’Outbrain figurent Haaretz, The Marker, Calcalist, Mako et The Times of Israel.

Le 10 février, le groupe de presse d’information en hébreu Maariv a publié un véritable article affirmant que Gantz avait fait preuve d’un « leadership zéro » et d’une « capacité de gestion zéro » alors qu’il présidait une entreprise de renseignement israélienne appelée Fifth Dimension, [la Cinquième dimension].

Cette histoire est par la suite réapparue sous différents titres sur divers sites Web, cette fois sous forme de contenu sponsorisé promu à la fois par Taboola et Outbrain, comme l’a révélé le quotidien économique Globes.

Le 14 février, l’édition en hébreu de Globes rapportait que cette histoire, ainsi que d’autres publiées par d’autres organes de presse sur la disparition de Fifth Dimension, avait été poussée par les deux sociétés sur plusieurs grands sites israéliens par une agence de publicité employée par le Likud.

Les deux sociétés ont par la suite informé les agences de relations publiques et de publicité impliquées dans la campagne électorale israélienne qu’elles ne publieraient plus de matériel négatif de ce type.

Faire « disparaître » les commentaires négatifs

En juin 2017, le contrôleur de l’État est intervenu pour tenter de mettre fin à une pratique dans laquelle les politiciens de nombreux partis bloquaient les utilisateurs de Facebook dont les commentaires étaient critiques sur leurs pages financées par les fonds publics.

Le contrôleur a écrit que toute personnalité publique utilisant une page Facebook devrait rendre publique sa politique concernant l’utilisation de la page d’une manière « compatible avec le droit à la liberté d’expression » et comprenant des « contre-mesures proportionnées » à prendre à l’encontre des auteurs de violations de la politique de la page en question. Il a également déclaré que les sanctions devaient être justifiées et leur imposition dûment documentée.

Le journaliste d’investigation Tomer Avital (Crédit : Facebook)

Cette décision fait suite aux recherches (en hébreu) du journaliste d’investigation et militant pour la transparence Tomer Avital et à son projet 100 Days of Transparency maintenant connu sous le nom de Shakuf (Transparent) – une organisation de médias de la société civile « pour et appartenant au public ».

Quelque 350 membres du public ont fourni au projet 372 exemples dans lesquels ils avaient été bloqués par des personnalités publiques. Parmi les cinq principaux bloqueurs, Netanyahu a pris la première place, ayant bloqué 83 postes, suivi de Yair Lapid (71), Gilad Erdan (35), ministre de la Sécurité publique du Likud, Anat Berko, également du Likud, qui a ensuite arrêté la pratique (20). Viennent ensuite Naftali Bennett (aujourd’hui de HaYamin HaHadash) et Shelly Yachimovitch de ce qui est aujourd’hui le Parti travailliste (les deux 18), et Zehava Galon, l’ancienne dirigeante de la gauche Meretz (13).

Une analyse des partis a révélé que c’est le Likud qui détient la palme du blocage (81 posts) suivi par Yesh Atid (qui a dorénavant intégré l’alliance Kakhol lavan) avec 74 et l’ex-Union sioniste (constituée du parti Travailliste et du défunt Hatnua) avec 49.

Mais les propos du contrôleur de l’Etat n’ont pris la forme que d’une recommandation seulement.

Avital a expliqué au Times of Israel que les députés continuaient à bloquer les commentaires critiques sur Facebook et que lui, aux côtés d’autres activistes soucieux de transparence, étudiaient ce phénomène.

« Comme le Far West »

La loi électorale (Méthodes de propagande) de 1959 s’applique à la presse écrite, à la télévision et à la radio – mais pas aux médias numériques.

Le parti du Likud de Netanyahu a bloqué toutes les initiatives d’amendement pour permettre de combler cette faille, arrêtant un projet de loi en amont de son dernier vote en plénière et devenant la seule formation au mois de janvier à rejeter une supplique émanant du président de la commission centrale électorale, Hanan Melcer, magistrat à la cour suprême, qui réclamait que les normes de transparence de base puissent s’appliquer à la campagne en ligne.

Le mois dernier, alors qu’il s’adressait aux journalistes à Varsovie, Netanyahu a indiqué qu’en général, il s’opposait « aux restrictions dans le cyberespace ».

Au mois de février, Melcer avait estimé que la loi électorale actuelle « hurlait » son besoin d’être réactualisée.

Tehilla Shwartz Altshuler, chercheur à l’Institut israélien pour la démocratie (Autorisation)

Au cours d’une interview réalisée à l’automne dernier au sujet de la désinformation massive qui avait envahi internet en amont des élections municipales, la docteure Tehilla Shwartz Altshuler, membre du conseil d’administration du Conseil national de la presse, chercheuse pour l’Institut israélien de la démocratie et militante du droit à la protection de la vie privée, avait estimé que « nous sommes tous exposés ».

« Le gouvernement ne fait rien actuellement pour nous protéger », s’était-elle insurgée. « Nous ne comprenons pas à quel point nous pouvons être placés sous influence et d’un point de vue légal, les campagnes électorales sur les médias numériques ressemblent au Far West ».

L’outil de transparence des publicités de Facebook

Le mois dernier, Sean Evins, qui est à la tête des programmes politiques et gouvernementaux pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique au sein de Facebook, a admis lors d’une conférence de presse que la compagnie avait été prise de cours par la campagne présidentielle américaine en 2016.

Depuis, a-t-il affirmé, des initiatives majeures ont été prises pour assurer l’intégrité des scrutins partout dans le monde – répression des faux profils, réduction de la distribution des Fake news, accroissement de la transparence des publicités de campagne, disqualification des acteurs malveillants en plus d’une aide apportée en termes d’information aux instances gouvernementales et au grand public.

Sean Evins, de Facebook, explique le fonctionnement des publicités politiques transparentes dans les bureaux de Facebook Israel, à Tel Aviv, le 26 février 2019. (Crédit : Facebook)

Il a déclaré que l’entreprise avait recours à l’intelligence artificielle et employait 30 000 personnes pour identifier et démasquer les faux profils.

Il a expliqué le fonctionnement de l’outil de transparence publicitaire, déjà en place aux États-Unis, au Brésil, en Inde et au Royaume-Uni, et qui est exploité en Israël depuis le 17 mars.

Dans un effort visant à réprimer les faux profils et à éviter des ingérences depuis l’étranger, la compagnie exige dorénavant de tous les annonceurs de se faire connaître et de suivre un processus de vérification de leur identité.

La bibliothèque de publicité de Facebook montrant des posts payés par le parti du Likud (Crédit :Facebook)

Les publicités politiques seront mises à la disposition du public pendant sept ans dans une bibliothèque spécialisée sur internet. Il sera possible de savoir, pour chacune d’entre elle, le nom de son financeur, le montant payé (selon une échelle de valeur), le moment choisi pour la présenter, son public potentiel, le pourcentage d’hommes et de femmes l’ayant vue ainsi que leur localisation.

Une fois ces archives mises en place et en fonctionnement, il sera plus facile pour le public de déterminer quels sont les partis ayant dépensé le plus en relations publiques – tout du moins sur Facebook.

Les publicités politiques, en Israël, portaient déjà le nom de leurs sponsors depuis plusieurs jours lorsque les régulations sur Facebook ont été mises en vigueur le 17 mars, grâce à l’intervention, à la fin du mois de février, du juge Melcer de la commission centrale électorale – dont les appels lancés à Facebook en faveur de l’activation de son outil de transparence n’avaient jusque-là pas reçu de réponse.

Au début du mois, Facebook a aussi annoncé avoir passé un partenariat avec une organisation de Fact-checking israélienne au sein du quotidien Globes appelée Le sifflet (ou HaMashrokit en hébreu).

Toutefois, avec seulement cinq fact-checkers à peu près et sans aucun plan d’augmentation significative de ce personnel dans l’immédiat, l’importance concrète de la contribution de cette organisation-tierce reste pour le moins peu claire.

Pionniers de la vérité et mission sisyphéenne

Anat Ben-David est l’une des quelques universitaires pionnières en technologie qui tente d’étudier, de révéler et d’exposer l’usage illégitime des plateformes en ligne en amont du scrutin du 9 avril.

La professeure Karine Nahon, présidente de l’Association internet israélienne et professeure-associée à l’université de Washington et au centre disciplinaire de Herzliya. (Crédit : Adi Cohen Zedek)

A la mi-mars, l’Association d’internet israélienne, l’Institut israélien de la démocratie et le centre de droit, des technologies et du cyberespace de l’université de Haïfa ont lancé BotReport, un outil en ligne (en hébreu seulement) dont l’objectif est d’encourager le public à signaler les posts suspects sur l’ensemble des plateformes des réseaux sociaux.

Noam Rotem, hacker indépendant qui traque les fake news sur Internet, à Petah Tikva, le 23 janvier 2019. (Crédit : JACK GUEZ / AFP)

Les posts seront examinés et s’il ne sont pas conformes aux règles, ils seront alors signalés à la commission centrale électorale et à l’unité chargée d’internet au sein du bureau du procureur de l’Etat qui pourront décider de les supprimer.

Une autre initiative, appelée le Big Bot Project (en hébreu) se concentre exclusivement à Twitter. Mis en place par les activistes et experts en technologie Noam Rotem et Yuval Adam, il a organisé plusieurs opérations pour dévoiler les réseaux robots – qu’il a signalés aux autorités pour qu’ils soient supprimés.

Réussir le jour des élections

La tactique de peur utilisée en 2015 lors de l’élection de Netanyahu – en déclarant que les Arabes allaient se ruer dans les bureaux de vote – a été soigneusement parodiée par le parti Hadash et son leader Ayman Odeh, ainsi que par le mouvement arabe pour le Renouveau (Taal) et son chef Ahmad Tibi.

Ils sont récemment apparus dans une publicité de campagne, se tenant devant des bus, avec la légende : « Déferlant vers les urnes ».

Une publicité de campagne de la liste conjointe Hadash-Taal montrant, à gauche, Ayman Odeh et Ahmad Tibi devant des bus avec la légende : « Déferlement aux urnes » (Crédit : Facebook)

Mais les 1,8 million d’Arabes israéliens ont peu de raison de s’esclaffer.

La veille de la campagne électorale israélienne de 2015, le Likud avait publié une vidéo sur Facebook d’une conférence de presse en hébreu durant laquelle Netanyahu avait mis en garde : Si les électeurs ne choisissaient pas son parti, ils auraient alors droit à un gouvernement d’extrême-gauche, dépendant du vote arabe. Il avait même colporté la Fake news qu’Isaac Herzog avait promis le ministère des Affaires étrangères à Tibi.

La gauche donnerait la Cisjordanie et Jérusalem-Est aux Palestiniens, avait affirmé Netanyahu, elle exposerait les communautés du sud aux barrages de roquettes du Hamas à Gaza et elle ferait entrer l’argent étranger pour renverser le Likud, seul protecteur réel de l’Etat, de la terre et du peuple d’Israël.

Les messages transmis aujourd’hui par Netanyahu et le Likud, en cette fin de campagne, sont similaires. Et en effet, si la formule fonctionne, peut-on se dire, pourquoi changer un stratagème qui a déjà fait ses preuves ?

Netanyahu a ainsi averti de manière répétée ces dernières semaines – face aux démentis stricts de Kakhol lavan, seul concurrent sérieux du Likud – que Gantz se presserait de construire une coalition avec les partis arabes israéliens si l’opportunité lui en était donnée, qu’il ramènerait Israël à ses frontières d’avant 1967 et qu’il déracinerait des dizaines de milliers d’habitants d’implantations en Cisjordanie – en plus d’être « faible, médiocre ».

Utilisant toutes les occasions données de délégitimer les Arabes israéliens et de laisser entendre qu’ils forment une « cinquième colonne », il n’a également cessé de répéter le slogan « C’est Bibi ou Tibi », utilisant son propre surnom.

Et grâce à un empire sans pareil sur les réseaux sociaux – à côté duquel ses rivaux font figure de nains – le Premier ministre est mieux placé cette fois qu’il ne l’était en 2015 pour toucher le public le plus large.

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