Avec l’approvisionnement en fioul du Qatar, les Gazaouis ont plus d’électricité
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Avec l’approvisionnement en fioul du Qatar, les Gazaouis ont plus d’électricité

Avec l'accord entre Israël et le Hamas qui a permis la livraison de fioul qatari dans l'enclave, la distribution d'électricité a déjà plus que doublé

Une Palestinien devant l'unique centrale électrique de Gaza, le 15 février 2018. (Crédit : AFP PHOTO / MOHAMMED ABED)
Une Palestinien devant l'unique centrale électrique de Gaza, le 15 février 2018. (Crédit : AFP PHOTO / MOHAMMED ABED)

A l’approche de l’hiver, les nuits gazaouies s’illuminent progressivement, depuis plus d’une semaine : dans l’enclave palestinienne contrôlée par le groupe terroriste palestinien du Hamas, qui survivait ces derniers mois avec environ quatre heures de courant par jour, l’électricité revient peu à peu.

Depuis le 25 octobre, la bande de Gaza est connectée à l’électricité en moyenne entre neuf et 11 heures par jour selon un rapport de l’ONU, des résidents affirmant même avoir reçu jusqu’à 16 heures de courant.

Cette rare bonne nouvelle dans l’enclave palestinienne soumise à un strict blocus terrestre, maritime et aérien par Israël depuis plus de dix ans et l’Égypte a été rendue possible par l’accord autour des livraisons de fioul, permettant d’augmenter la production de l’unique centrale électrique de Gaza.

L’arrangement a été obtenu alors que des négociations indirectes sont en cours entre Israël et le groupe terroriste islamiste du Hamas, qui dirige l’enclave, sous l’égide de l’Egypte et de l’ONU.

Elles visent à parvenir à une trêve durable après plus de sept mois de manifestations et de violents affrontements le long de la barrière qui sépare Gaza d’Israël.

L’objectif est d’éviter un nouveau conflit de grande ampleur entre l’enclave et Israël, qui se sont déjà livrés trois guerres depuis 2008.

Une citerne livre du fioul dans le bande de Gaza, le 24 octobre 2018. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Les résultats se font déjà sentir sur l’économie de l’enclave appauvrie : les entreprises peuvent travailler plus longtemps, les charges sont moins lourdes pour les restaurants et les glaces de retour en masse sur les étals.

Kamal Fattoum est patron d’une usine de carton. Les marges sont serrées et pourraient disparaître si jamais il devait faire fonctionner un générateur.

Ses journées de travail étaient jusqu’alors calquées sur les heures où l’électricité était disponible. Désormais, « au lieu de travailler quatre heures, nous pouvons travailler huit heures ou plus », explique-t-il.

L’opposition d’Abbas

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au centre, et le Premier ministre palestinien Rami Hamdallah, à gauche, lors de la présentation des résultats préliminaires du recensement général de la population, du logement et des établissements à Ramallah, en Cisjordanie, le 28 mars 2018 (Crédit : AFP/Abbas Momani)

Dans le cadre de l’accord conclu, le fioul qui entre à Gaza est payé à raison de 60 millions de dollars (52,5 millions d’euros) pour six mois par le Qatar, soutien de longue date du Hamas. L’ONU joue les intercesseurs et Israël laisse passer les citernes.

Cet arrangement a été conclu sans l’appui de l’Autorité palestinienne (AP), principale interlocutrice des dirigeants étrangers, qui n’exerce plus son pouvoir après un violent coup de force du Hamas en 2006, limité, que sur la Cisjordanie.

Depuis, les deux camps sont à couteaux tirés et les nombreuses tentatives de réconciliation au point mort.

En conséquence, Israël exerce un blocus sur l’enclave, afin d’éviter que le groupe terroriste du Hamas puisse se constituer un arsenal. Israël accuse le Hamas de détourner l’aide internationale pour acheter des armes.

Des responsables de l’ONU et d’organisations de défense des droits de l’Homme ont demandé à ce que le blocus soit levé, soulignant qu’il est une des causes principales de l’appauvrissement des près de deux millions d’habitants de l’enclave, dont 80 % sont dépendants d’une aide.

Mahmoud Abbas, chef de l’AP, refuse l’arrangement qui, selon lui, légitime le contrôle du Hamas sur l’enclave. Il a également imposé des mesures coercitives sur Gaza, bloquant puis diminuant les salaires des fonctionnaires versés par l’Autorité palestinienne.

Une Palestinienne brandit un drapeau palestinien devant la fumée produtie par les pneus brûlés lors des émeutes à la frontière le 26 ocotbre 2018. (Crédit : MAHMUD HAMS / AFP)

Espoir trompeur

Grâce à ces livraisons de fioul, couplées à l’électricité que Gaza recevait déjà de la part d’Israël, l’enclave reçoit aujourd’hui environ 200 mégawatts, affirme Mohamed Thabet, porte-parole de la société de distribution d’énergie.

C’est encore en deçà des 500 mégawatts nécessaires pour avoir le courant en permanence mais la distribution a déjà plus que doublé.

« Nous payions environ 800 shekels (190 euros) par jour pour 12 heures de courant fourni par un générateur », affirme Karam Al-Tali, responsable d’un restaurant de la ville de Gaza. « Maintenant, c’est juste trois heures ».

Dans un communiqué à l’AFP, l’émissaire de l’ONU pour le Proche-Orient, Nickolay Mladenov, souligne que l’aide du Qatar a fait « la différence de manière visible ».

« Cela devrait montrer la voie pour ce que les autres donateurs peuvent faire s’il veulent éviter une guerre et aider ceux dans le besoin », a-t-il ajouté.

Des enfants palestiniens chez eux en train de lire des livres à la lumière des bougies en raison d’une pénurie d’électricité dans la ville de Gaza, le 13 juin 2017. (AFP / THOMAS COEX)

Alors que les pourparlers continuent pour une trêve durable, les manifestations de vendredi dernier ont été parmi les plus calmes depuis le début du mouvement de protestation, le 30 mars, contre le blocus et pour le retour des Palestiniens sur les terres qu’ils ont fuies ou dont ils ont été chassés à la création d’Israël en 1948.

Mais le retour de l’électricité à Gaza peut être un espoir trompeur. Des diplomates occidentaux affirment que tant que le Hamas contrôle l’enclave, aucune reconstruction réelle ne pourra avoir lieu.

Et les coupures de courant pourraient bien reprendre rapidement, avec la mise en route des chauffages lorsque le froid hivernal s’installera à Gaza.

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