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Babi Yar : Après 80 ans et des essais infructueux, Kiev inaugure un mémorial

Le président ukrainien a été rejoint par son homologue israélien pour inaugurer le mémorial dédié aux 33 000 Juifs assassinés lors du massacre ; le projet sera achevé en 2026

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky prend la parole lors des événements commémoratifs marquant le 80e anniversaire du massacre de Babi Yar des Juifs de Kiev perpétré par les forces d'occupation allemandes en 1941 à Kiev, en Ukraine, mercredi 6 octobre 2021. (Crédit : Bureau de presse présidentiel ukrainien via AP)
Le président ukrainien Volodymyr Zelensky prend la parole lors des événements commémoratifs marquant le 80e anniversaire du massacre de Babi Yar des Juifs de Kiev perpétré par les forces d'occupation allemandes en 1941 à Kiev, en Ukraine, mercredi 6 octobre 2021. (Crédit : Bureau de presse présidentiel ukrainien via AP)

KIEV, Ukraine (JTA) – Le gouvernement ukrainien a inauguré cette semaine un complexe commémoratif pour les victimes du massacre de Babi Yar, 80 ans après la tragédie qui a longtemps été un point chaud dans la mémoire collective de la Shoah dans le pays.

Le mémorial situé sur le site de Babi Yar, où les nazis et des collaborateurs locaux ont tué quelque 33 000 Juifs dans un ravin près de Kiev en septembre 1941, est encore en construction. Mais il comporte actuellement un « Mur des pleurs », orné de cristaux de quartz et conçu par la célèbre artiste serbe Marina Abramović, ainsi qu’une nouvelle synagogue en bois située au-dessus de la seule partie du ravin, dans laquelle les victimes devaient s’allonger avant d’être abattues, qui reste visible.

D’ici 2026, selon ses organisateurs, le centre abritera également un espace muséal et des monuments supplémentaires. Il coûte environ 100 millions de dollars et est financé par des fonds privés. Une grande partie du financement provient d’un groupe de milliardaires, dont le Russe Mikhail Fridman et l’Ukrainien Viktor Pinchuk, qui sont tous deux juifs.

Diverses initiatives visant à commémorer les victimes de Babi Yar n’avaient auparavant pas abouti et, pendant des décennies, les seuls rappels de la tragédie étaient quelques petits monuments négligés.

« Le temps de la mémoire est venu », a déclaré le président ukrainien Volodymyr Zelensky, qui est juif, lors de la cérémonie d’inauguration.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky (à gauche) et le président israélien Isaac Herzog passent en revue la garde d’honneur lors d’une cérémonie de bienvenue avant leur rencontre à Kiev, en Ukraine, le 5 octobre 2021. (Crédit : AP Photo/Efrem Lukatsky)

« Il est difficile de respirer à cet endroit – des milliers d’enfants ont rendu leur dernier souffle ici », a-t-il ajouté.

Le président israélien Isaac Herzog a passé trois jours dans le pays pour la cérémonie d’inauguration et d’autres événements, dont une rencontre historique entre deux présidents juifs, lorsqu’il a rencontré Zelensky mardi au palais Mariinsky de Kiev. Le père de M. Herzog, Chaim Herzog, a établi des relations diplomatiques avec l’Ukraine nouvellement indépendante en 1991, alors qu’il était président d’Israël.

« Le peuple juif a une histoire longue et complexe, étroitement liée à l’Ukraine », a déclaré M. Herzog lors de l’inauguration du centre. En Ukraine « s’est épanouie l’une des plus grandes et des plus importantes communautés juives du monde », comprenant « des dirigeants et des hommes d’État, des intellectuels, des poètes et de grands rabbins. Ils ont tous vécu, pensé et écrit sur le sol ukrainien.

« Un événement formateur et un chapitre qui ne doit jamais être effacé des annales de la famille des nations », a-t-il ajouté. « Une cicatrice éternelle sur la surface de notre planète ».

Le président Isaac Herzog (G) rencontre son homologue allemand à Kiev, la capitale ukrainienne, le 6 octobre 2021, avant la cérémonie commémorative du massacre de Babi Yar. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Le président allemand Frank-Walter Steinmeier a également assisté à l’événement de mercredi et y a pris la parole. Les dirigeants américains et d’autres pays occidentaux avaient été invités mais ont choisi de ne pas y assister. Les députés israéliens Moshe Arbel, Michael Malkieli et Evgeny Sova ont rejoint la délégation de M. Herzog dans la capitale ukrainienne.

Les plans du centre ont fait l’objet d’un examen minutieux ces dernières années lorsqu’il a été révélé que le controversé réalisateur russe Ilya Khrzhanovsky avait présenté un projet de série d’expériences immersives pour les visiteurs, impliquant la reconstitution de tortures nazies et d’autres images dérangeantes, sur le site. L’idée a été décrite comme un « Disneyland de la Shoah » et tournée en dérision par les critiques. Ces plans ont été abandonnés et remplacés par une série de monuments et autres mémoriaux.

Entre 1941 et 1943, environ 100 000 Juifs ont été assassinés à Babi Yar au cours de multiples massacres. Lors d’une autre inauguration historique liée au 80e anniversaire du massacre initial, mercredi, les chercheurs du nouveau centre ont publié une liste de noms de certains des plus de 150 auteurs nazis du massacre.

Les conséquences du massacre de Babi Yar à Kiev, en Ukraine, les 29 et 30 septembre 1941. 33 771 Juifs ont été assassinés en deux jours (Crédit : domaine public).

Dans un discours, Herzog a fait l’éloge du centre commémoratif, qui a été fortement soutenu par le gouvernement ukrainien, en déclarant qu’il « corrige l’injustice historique de nombreuses années de déni et d’oubli, et représente une leçon apprise, et une ressource d’étude pour les générations futures. »

M. Zelensky, qui ne parle pas hébreu, a salué les journalistes mardi au palais Mariinsky en leur disant « boker tov », ou « bonjour » en hébreu. L’ancien comédien et acteur qui a été élu président en 2019 a ensuite ouvert une conférence de presse après des réunions privées avec Herzog avec un « shalom. »

Lors de leur conférence de presse, Herzog a remercié Zelensky et le Parlement ukrainien pour l’adoption récente d’un projet de loi interdisant l’antisémitisme et a invité le président ukrainien à visiter Israël. Zelensky a déclaré publiquement qu’il s’attendait à ce que le soutien d’Israël à la souveraineté de l’Ukraine soit maintenu, notamment aux Nations Unies, dans le cadre de ses différends territoriaux en cours avec la Russie.

Selon certaines sources, M. Zelensky a insisté à huis clos auprès de M. Herzog sur cette question, demandant un soutien public plus fort aux efforts de l’Ukraine pour obtenir le retour de la Crimée annexée par la Russie et des territoires occupés dans l’est de l’Ukraine.

Le président Isaac Herzog (à gauche) et son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky se serrent la main à Kiev, en Ukraine, le 5 octobre 2021. (Crédit : Haim Zach/GPO)

Mais Zelensky aurait également reconnu qu’Israël a une relation bilatérale importante avec la Russie qu’il ne serait pas censé mettre en danger.

Herzog a déclaré à son homologue ukrainien que « concernant le conflit entre vous et la Russie, Israël pensait qu’une solution diplomatique au conflit était la solution correcte. »

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